La Prière de Saint Robert Bellarmin « Ô mon âme, n’appelez personne votre père sur la terre car vous n'avez qu'un seul Père qui est dans les cieux » :

« Ô mon âme, qui vous a tirée de ce néant où vous étiez plongée naguère ? Ce ne sont certainement pas vos parents ; s'ils ont engendré votre corps, vous savez que ce qui est né de la chair n'est que chair : « Quod natum est ex carne, caro est ». Mais vous êtes une substance spirituelle. Ce n'est ni le ciel, ni la terre, ni les astres qui vous ont produite. Ces choses sont corporelles et vous êtes spirituelle. Ce ne sont pas non plus les anges, ni aucune autre créature spirituelle, car vous n'avez été formée d'aucune matière, mais tirée du néant, et il n'y a que la toute-Puissance de Dieu qui de rien puisse faire quelque chose. C'est donc Lui seul qui, sans coopérateur, sans le ministère de qui que ce soit, vous a créée quand il l'a voulu, de ses propres Mains, qui sont son Intelligence et sa Volonté. Mais peut-être ce n'est pas Dieu qui produit votre corps, peut-être le devez-vous à quelqu'être créé ; Dieu aura formé votre âme, et vous devez votre corps à vos parents ? Vous vous trompez, c'est Dieu qui en est l'auteur : il est le véritable Architecte et le Père non seulement de votre âme, mais encore de votre corps ; vos parents n'ont été employés en cela que comme les derniers manœuvres le sont dans la construction d'un édifice ; vous appartenez entièrement à Dieu. En effet si vos parents avoient eu par eux-mêmes le pouvoir de former votre corps, ils connaîtraient le nombre des muscles, des veines, des nerfs, des os qui en composent la structure, et plusieurs autres merveilles qu'on y admire ; cependant ils ignorent, à moins qu'ils ne l’aient appris par l'anatomie. Bien plus, lorsque le corps est malade, qu'un membre se dessèche, ou qu'il est amputé, ils pourraient le rétablir, si c'était eux qui l'eussent formé, de même que l'horloger répare sa montre et l'architecte restaure l'édifice qu'il a construit. Mais vos parents ne peuvent rien de semblable. Que dirons-nous de l'union de l’âme avec le corps, de l'esprit avec la matière, de ces deux substances qui n'ont entre-elles aucune ressemblance, aucune proportion, et qui sont néanmoins unies par des liens si forts, qu'elles ne font qu'une même substance ? N'est-ce pas là évidemment l'ouvrage d'une Puissance infinie ? C'est donc au seul Auteur des grandes merveilles, « Qui facit mirabilia magna solus » (Ps. 135, 4), qu'il faut attribuer la création et l'union de l’âme avec le corps. L'Esprit-Saint parlait donc par la bouche de Moïse, lorsque celui-ci disait aux Hébreux : « N'est-ce pas Dieu qui est votre père, qui vous a possédés comme son héritage, qui vous a faits et qui vous a créés » (Dt 36, 6). Le Saint homme Job nous enseigne la même vérité (Jb 10, 11). « Vous m'avez », dit-il à Dieu, « vous m'avez revêtu de peau et de chair, vous m'avez affermi et soutenu par les os et des nerfs » ; cette vérité est confirmée par le Prophète Royal (Ps. 118). « Vos mains », dit-il, s'adressant à Dieu, « vos mains m'ont fait et m'ont formé et fortifié » ; « c'est vous qui m'avez formé et qui avez mis la main sur moi pour me tirer du néant » (Ps. 138). La mère des Machabées disait aussi à ses enfants : « Je ne sais comment vous avez été formés dans mon sein, car ce n'est pas moi qui vous ai donné l'esprit, l’âme et la vie, ni qui ai joint vos membres pour en faire un corps ; mais c'est le créateur du monde qui a formé l'homme dans sa naissance et qui a donné l'origine à toutes choses » (1 M, 7). Jésus-Christ lui-même nous dit : « N’appelez personne votre père sur la terre ; car vous n'avez qu'un seul Père, qui est dans les cieux » (Mt 7). Courage donc, ô mon âme ! Si Dieu est votre Créateur, s’il est votre Père, votre Appui, votre Nourricier ; si tout votre être, tout ce que vous avez est de Lui, et vient de Lui ; si tout ce que vous espérez, vous ne l'attendez que de Lui, pourquoi ne pas vous glorifier d’un tel Père ? Pourquoi ne pas L'aimer de tout votre cœur ? Pourquoi ne pas mépriser, pour l'amour de Lui, tout ce qui est terrestre ? Pourquoi vous laisser dominer par de vains désirs ? Elevez vers Lui vos regards, et, ayant un Père si puissant dans le Ciel, ne craignez point d'ennemis sur la terre. Imitez la confiance et l'amour de David lorsqu'il disait : « Je vous appartiens, ô mon Dieu, sauvez-moi » (Ps. 118). Ô mon âme ! Si vous considériez comment l'Eternel, le Tout-Puissant, qui n'a nul besoin de vos biens, qui ne perd rien en vous perdant, veut cependant arrêter continuellement sur vous ses Regards et daigne vous aimer, vous protéger, vous diriger, vous favoriser comme si vous étiez pour Lui un trésor précieux, certainement vous mettriez en Lui toute votre confiance ; vous Le craindriez comme votre Seigneur, vous L'aimeriez comme votre Père ; et les biens ni les maux de cette vie, quelque grands qu'ils fussent, ne sauraient vous séparer de son Amour. Amen. »

Saint Robert Bellarmin (1542-1621) - « l'Echelle du Ciel » (1°: considération de l’homme)

Robert-Bellarmin.jpg

Voir également de Saint Robert Bellarmin :
« Saint Robert Bellarmin » d’après la Catéchèse de Benoît XVI
La Prière de Saint Robert Bellarmin « Élevez donc, ô mon âme, vos yeux au ciel »
La Prière de Saint Robert Bellarmin « Ô mon âme, n’appelez personne votre père sur la terre car vous n'avez qu'un seul Père qui est dans les cieux »
La Prière de Saint Robert Bellarmin « Ô mon âme, vous devez détester le péché par-dessus tout »
La Prière de Saint Roberto Bellarmino « Ô mon âme, ne ressemblez pas à ceux qui confessent Dieu de bouche et Le nient par leurs actions »
La Prière de Saint Roberto Bellarmino « Ô mon Père, donnez-moi de cette eau qui purifie toutes mes souillures »
La Prière de Mgr Robert Bellarmin « Ô Seigneur, qui êtes Suave, Doux et rempli de Miséricorde »
La Prière de Roberto Bellarmino « Ô mon Dieu, je Vous cherche sérieusement et de tout mon cœur »