La Prière de Victor de Laprade « Seigneur, que j'aille en Vous servant jusqu'à la fin du jour » :

« Et moi, Seigneur, aussi, je fus rebelle à croire !
Le doute, en ses déserts, m'a longtemps égaré ;
Loin du puits de Jacob, où les âmes vont boire,
Indocile au pasteur, j'ai vécu séparé.

Je tentai l'inconnu dans mon orgueil avide.
Je voulais une source à l'écart du troupeau,
J'ai marché dans la nuit, j'ai sondé dans le vide,
Et l'orgueil m'a partout creusé des puits sans eau.

Un mirage m'appelle à des sources lointaines,
Mais l'onde, au loin, recule ou tarit devant moi ;
De tout humain savoir j'ai goûté les fontaines,
Et j'en ai rapporté la soif de Votre foi.

Mon esprit altéré me devient un supplice ;
Faites pleuvoir en lui quelques larmes du ciel.
Rendez à mes désirs, rendez Votre calice,
J'y veux boire, ô mon Dieu, même avec tout son fiel !

J'ai dans ma fièvre encor, j'ai des rêves funèbres ;
Cette langue qui prie est prête à blasphémer.
Éclairez ma raison, je connais mes ténèbres,
Faites-moi croire, ô Dieu, je me charge d'aimer !

Seigneur, vous écoutez la plus humble prière,
Et le cri de l'insecte et celui de l'oiseau,
Et cet agneau perdu qui demande sa mère,
Et cette herbe séchée à qui manque un peu d'eau.

Votre Nom prononcé rafraîchit la pensée ;
Il rayonne dans l'ombre où je m'enveloppais.
Toute larme pieuse, à Vos genoux versée,
Est, pour un cœur souffrant, le baume de la paix.

Vous m'entendrez, Seigneur, car je pleure et j'espère !
J'élève à Vous mon cœur par le monde abattu.
J'espère ! Et Votre loi, tendre comme une mère,
De la douce espérance a fait une vertu.

Redonnez-moi, Seigneur, la vie et le courage ;
Que j'aille en Vous servant jusqu'à la fin du jour ;
Dissipez des erreurs le stérile nuage
Au rayon de la foi rallumé par l'amour.

L'orgueil ferme le cœur aux innocentes joies
Et tient la porte ouverte à l'ennui triomphant.
Donnez-moi, pour marcher humblement dans Vos voies,
La raison du vieillard et la foi de l'enfant.

Alors, Seigneur, alors, mon âme calme et forte
Souffrira sans colère et sans fougueux transports,
Le mal que chaque jour et chaque nuit apporte
À cette argile de mon corps.

Ainsi soit-il. »


Victor de Laprade (1812-1883) - « Les oeuvres de la foi »

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Voir également de Victor de Laprade :
La Prière du matin de Victor de Laprade « Disons vite au bon Dieu notre bonjour ! »
L’Hymne à la mort de Victor de Laprade « Pourquoi, vous qui rêvez d'Unions éternelles, maudissez-vous la mort ? »
La Prière de Victor de Laprade « Seigneur, que j'aille en Vous servant jusqu'à la fin du jour »