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La Prière de Vincenzio da Filicaia « Ô Vierge Bénie, Tu sais l'heure opportune pour parler et pour se taire » :

« Nous voici arrivés à l'heureuse étable. Amour, Amour, Toi qui, à travers les champs étoilés, fus mon compagnon et mon guide, reste ici avec moi. Il faut ici fléchir le genou, ici adorer cette faible lumière, qui jaillit naguère d'une Aurore vierge, et qui maintenant fait ruisseler dans ces murs le Jour de la Vérité. Mais les regards de l'Enfant-Dieu jettent des éclairs si luisants, que mes faibles yeux s'émoussent aux rayons de cette Lumière, nouvellement apparue sur la terre. Donc, ô Amour, adorons Celle qui, seule au monde, fille de son Enfant, couvre, de l'ombre de son humilité, le Soleil de ses beaux Yeux. Vois quelle pudeur respirent les vives roses de Son angélique Visage, puis, à travers la joie et la tristesse, quelle abondante rosée de perles lucides tombe de Ses yeux ! Vois comme le rire gémit dans Ses cils gracieux, et comment, ô prodige ! Les affections éternelles s'y montrent, ainsi qu'en leur séjour. Son beau Visage s'épanouit à une douce pensée. Qui sait, qui sait ? Peut-être se rappelle-t-Elle le moment où l'ange, qui Lui dit : « Salut », Lui ouvrit le cœur avec un trait amoureux ; le Jour où, surprise, à la nouvelle du grand Enfantement, Elle se troubla ; l'instant où Elle ajouta foi à la grande Nouvelle, et fit place, dans Son sein, au Feu sacré, éternel, tout-puissant. De même que le rameau germe du rameau, de même en Elle la pensée germe de la pensée et peut-être qu’Elle se dit à part soi : « Ô Adam, combien je suis redevable, faut-il dire à ta faute ou à ma destinée ! » Peut-être que la noble tige de Jessé, que le buisson enflammé et incombustible, que la rosée amie, tombant sur la toison, reviennent maintenant à Sa pensée. Voilà qu’Elle succombe à la joie, en regardant son Fils, et que Ses yeux se repaissent de ce beau Visage. Voilà qu’Elle Lui présente Son sein rempli d'une céleste ambroisie, et qu’Elle Le presse contre son Cœur. Ô Amour, permets à mes yeux de se reposer sur un si beau spectacle, qui inonde l'âme de bonheur et de joie, et que ma faible langue entonne ces chants pieux : « Ô Toi, qui as été choisie entre toutes les femmes, pour être la Mère de ton Créateur ; ô Toi, qui as été conçue dès l'éternité, dans l'éternelle Pensée, Vierge bénie, en qui a mis toute Son affection Celui qui gouverne le Ciel, qu'ils sont gracieux, les rayons de ces beaux Yeux, de ces beaux Yeux qui ont embrasé, d'un éternel Amour, le Cœur du Tout-Puissant ! Jaloux de chasser les ombres de l'antique esclavage, le rayon du Soleil divin pénétra dans Ton sein chaste et virginal, sans en blesser la pureté ; par Toi, le roi du sombre empire s'abîma dans le fond de la terre ; par Toi, cessèrent les maux des infortunés mortels, et le monde changea en une douce joie sa longue et profonde tristesse. Telle que, poussée par les vents, la mer, fuyant la mer, trouve, dans un port tranquille, et le repos et le calme ; tel, poussé par les douces brises d'un affectueux instinct, je trouve dans cette étable un port ami, quand mon âme fait naufrage. Toi, qui préviens les désirs, ô Vierge, viens à mon aide ; viens à mon aide, car, à travers les péchés et les malheurs, j'errai trop longtemps loin du vrai. Viens à mon aide, car je suis au bout de ma carrière, je tombe au terme fatal. Si Tu daignes m'obtenir Grâce de ton Fils, Juste et Bon, oh ! Comme je Te bénirai ! Tu as des Paroles divines, Tu as des manières célestes ; Tu sais l'heure opportune pour parler et pour se taire, et, avec Tes prières, Tu forces, Tu convaincs, Tu entraines. Belle Reine du ciel, si Tu crois aux beaux Yeux de ton Fils, ne Te semble-t-il pas qu’Il dise : Demande-moi ? Ah ! demande-Lui donc, et dis-moi ensuite si j'aurai la guerre ou la paix ici-bas ; impatient, je suis attaché à Tes lèvres, et j'attends le souverain décret ».

Ainsi soit-il.


Vincenzio da Filicaia (1642-1707) – « Poésie toscane di Vincenzio da Filicaia », page 263, Firenze (1708)

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Voir également de Vincenzo da Filicaja :
La Prière du poète Vincenzo da Filicaja « Ô Vierge Mère, vers qui, tremblant et faible, j'élève la voix »
La Prière de Vincenzo da Filicaia « La Renommée, Vierge Sainte, voilà de quoi pleurer ! »
La Prière de Vincentio da Filicaia « Ô Vierge Sainte, viens m'aider en une grande détresse »
La Prière de Vincenzio da Filicaia « Ô Vierge Bénie, Tu sais l'heure opportune pour parler et pour se taire »