La Prière de l’Abbé Perreyve « Ô mon Dieu, j'ai peur du jour qui commence » :

« Ô Dieu ! Ô mon Dieu ! Je m’éveille et je Vous appelle avant l'aurore. Soutenez-moi, Seigneur, dès le commencement du jour ; car, Vous le savez, je suis faible dès ce commencement, et je regarde avec effroi la longue suite des heures qui vont s'écouler pour moi dans l'inaction et dans la peine. Je pèse dès ma première pensée la suite de ces heures fatigantes. Me pardonnerez-Vous, ô mon Dieu, si je Vous dis que je la trouve bien lourde ! J'en connais d'avance, j'en prévois tous les détails. Il faudra supporter dans le corps cette même souffrance, persistante et ennuyeuse, que rien ne peut fléchir, qui résiste à tous les efforts et ne laisse pas un seul moment de trêve. Il faudra demeurer dans cette même inaction, plus fatigante cent fois que le plus énergique travail. Il faudra voir la même affliction de ceux qui m'aiment et me sont chers, et le prolongement de leurs angoisses, plus cruelles pour moi-même que ma propre inquiétude. Il faudra reprendre ou abandonner les mêmes remèdes, consentir à des expériences déjà tristement faites. Il faudra subir avec un visage aimable les consolations banales des indifférents, et sourire à des promesses qui se mentent à elles-mêmes. Il faudra supporter les exhortations de ceux qui n'ont jamais souffert, entendre passer et rire les heureux de ce monde, et demeurer jusqu'à la prochaine nuit dans la sévère clôture de cette chambre, car la chambre du malade est tout son univers. Seigneur, je prévois ces choses dès le matin, et voilà pourquoi le réveil, loin d'être une joie comme jadis, n'est pour moi qu'une cruelle blessure. Cette blessure, je ne la maudis ni ne m'en plains, ô mon Dieu, car elle est pour mon âme comme l'aiguillon qui la presse de se jeter dans Vos bras. Docile à cet appel de la souffrance, avant que le journalier ait recommencé sa journée de travail, avant que la sentinelle de la nuit ait été relevée de son poste, mon cœur est déjà vers Vous dans la prière. Ô Dieu, entendez mes cris et tournez vers moi votre Visage, car Vous seul êtes ma Force, et j'ai peur du jour qui commence. Ô Seigneur, qui nous avez appris à dire : Père, que votre Volonté soit faite, inspirez à mon cœur le goût divin de cette Parole, afin qu'abandonné entre Vos mains, je ne mette désormais mon bonheur et mes espérances que dans l'accomplissement adoré de vos Volontés éternelles. »

Ainsi soit-il.


Abbé Henri Perreyve (1831-1865) – « La Journée des Malades »

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Voir également de l’Abbé Henri Perreyve :
La Prière de l’Abbé Henri Perreyve « Ô Marie, qu'il est bon de Vous rencontrer à l'heure de la détresse »
La Prière de l’Abbé Henri Perreyve « Je Vous adore, Seigneur Jésus, succombant sous le bois de la Croix »
La Prière de l’Abbé Henri Perreyve « Consacrer sa vie à Dieu, ce n'est pas toujours se séparer du monde »
La Prière de l’Abbé Henri Perreyve « Vierge sainte, ayez pitié de ceux qui s’aimaient et qui ont été séparés »
La Prière Testamentaire de l’Abbé Henri Perreyve « Je meurs dans la foi de l'Église catholique, au service de laquelle, dès l'âge de douze ans, j'ai eu le bonheur de consacrer ma vie »
La Prière de l’Abbé Perreyve sur l'Humilité « Ô Jésus, donnez-moi d'être humble dans la constatation de ma misère et relevez-moi »
La Prière de l’Abbé Perreyve pour le Samedi Saint « Ô Maître, dites-moi ce que je dois apprendre dans ce dernier Acte de votre Passion »
La Prière dans l'épreuve de M. l’Abbé Perreyve « Ô Jésus chargé de la Croix, donnez-moi l’Amour qui transforme toutes choses »
La Prière du malade à son réveil de l’Abbé H. Perreyve « Ô mon Dieu, j'ai peur du jour qui commence »
La Prière du malade pour la nuit de l’Abbé Perreyve « Si vous pleurez, que ce soit avec Jésus, car Il a pleuré »