Dieu.jpg

La Prière du Révérend Père Antoine Franc « Sauvez-moi, mon Dieu, je suis perdu, si Vous ne venez au plus tôt à mon secours » :

« Sauvez-moi, mon Dieu, je suis perdu, si Vous ne venez au plus tôt à mon secours : les eaux de la tribulation m’ont investi de toute part, elles ont pénétré jusques dans mon âme. Je suis comme dans une fosse bourbeuse et sans fond. Je me trouve comme au milieu d’une mer orageuse, la tempête s’est élevée, et j’ai été enveloppé dans les flots. Dans cette extrémité j’élève mes yeux vers Vous, Seigneur, et Vous adresse mon humble prière : il est temps, ô mon Dieu ! Il est temps de me montrer vôtre Bienveillance. J’avoue que mes péchés méritent les peines que je souffre, et de bien plus grandes : mais faites attention à l'étendue de vos Miséricordes, et à la Vérité de vos Promesses ; que j'éprouve l'une et l'autre dans le danger pressant, où je me vois ! Arrachez-moi à la fureur des ennemis de mon salut, retirez-moi au plus tôt du bourbier, où ils m'ont jeté, et du gouffre où ils m'ont plongé, que la tempête ne me submerge pas, et que les eaux ne m’engloutissent pas, ô mon Dieu ! Eh ! Seigneur, Vous êtes si Bon et si Miséricordieux, faites le voir en m’exauçant avec vôtre Charité ordinaire. Jetez sur Votre serviteur un de ces doux regards qui portent le calme et la joie. Je suis tourmenté intérieurement et troublé jusqu’à l'excès, hâtez-Vous de m’exaucer. Considérez mes peines et daignez m'en délivrer ; faites-le pour l'honneur de votre Nom, afin que mes ennemis ne se glorifient pas d'avoir eu l'avantage sur Vous. Voyez l’état pitoyable, où je me trouve, mon cœur est dans un trouble affreux ; il n'a plus ce courage, et cette ardeur pour vôtre Service, dont il se sentait autrefois animé. Mon esprit est plongé dans d’épaisses ténèbres, nul de ces lumières dont Vous daignez l’éclairer. Toute la substance de mon âme est dans la désolation, ce n’est que crainte, que dégoûts, que pensées importunes, que sentiments déréglés, que tentations violentes, qui la tourmentent et la réduisent presque au désespoir. Au milieu de cet orage, dans cette triste nuit, je Vous ai cherché, ô mon Dieu, avec empressement, sans pouvoir jamais Vous trouver. Vous Vous êtes toujours éloigné de moi. D’où vient donc, Seigneur, d'où vient, ô doux Jésus, que Vous me caché ainsi vôtre Visage, et que Vous me regardez comme Vôtre ennemi ? Je crie vers Vous, et Vous ne m’écoutez pas ; je me tiens auprès de Vous, et Vous ne me regardez pas. Vous êtes devenu sévère à mon égard, Vous qui me paraissiez autrefois si Bon. Vous avez appesanti Vôtre main sur moi, Vous, qui me traitiez si doucement. Reprenez, Dieu d’Amour, Vos premiers sentiments, usez en avec moi de la manière, que Vous en avez toujours usé : cette manière est plus propre de votre Bonté, quoi qu'elle convienne moins à ma malice. Serait-il bien possible, ô mon Dieu, que Vous laissassiez plus longtemps Votre serviteur dans cet abîme de peines ? Vous, Seigneur, qui prêtez l’oreille aux cris des pauvres et de tous ceux qui espèrent en votre Miséricorde ; pourriez-Vous, rejeter ce pauvre affligé, qui n’a jamais manqué de confiance dans le temps même que Vous paraissiez l'avoir entièrement abandonné ! Non, Dieu de Bonté, puisque j’ai espéré en Vous, Vous m’exaucerez, je m’assure. Il m’a exaucé, ce Dieu Bon et Fidèle, Il a reçu favorablement ma prière, ce Dieu tout Miséricordieux, le calme a succédé à la tempête, le jour à la nuit, la joie à la tristesse. Que les ennemis de mon âme soient couverts de confusion et saisis de trouble ; qu’ils prennent au plus tôt la fuite. La Droite du Seigneur s’est signalée en ma faveur : Elle m’a fait triompher au milieu des plus rudes attaques : la Droite du Seigneur s’est signalée en ma faveur : je ne mourrai pas, mais je vivrai et j'annoncerai partout ses Merveilles. Béni soyez-Vous, mon Dieu, du prompt et puissant secours que Vous m’avez accordé ! Béni soit le Seigneur, qui n'a pas rejeté ma prière, ni éloigné de moi sa Miséricorde ! Je Vous offrirai de bon cœur, mon Souverain et tout aimable Libérateur, des sacrifices d'actions de grâces, et je louerai sans cesse votre Nom, qui est si salutaire à ceux qui L’invoquent. Je publierai partout que Vous m'avez délivré de toutes mes peines, et que Vous m'avez mis au-dessus de mes ennemis. Gloire soit à Vous, divin Jésus, qui par la vertu de votre Croix, avez vaincu les puissances de l’enfer et m’avez donné le pouvoir de les vaincre ».

Ainsi soit-il.


R. P. Antoine Franc (1669-1774) – « Méthode pratique pour converser avec Dieu », pages 455-459, chez les Frères Bruyset, 1741


Voir également du Révérend Père Antoine Franc :
- La Prière du matin du R. P. Antoine Franc « Courage, voilà le Seigneur qui t'appelle, lève-toi vite ! »
- La Prière du R. P. Antoine Franc « Je Vous prierai, mon Dieu, non pas simplement de bouche, mais d'esprit et de cœur »
- La Prière du Révérend Père Antoine Franc dans la souffrance « Sauvez-moi, mon Dieu, je suis perdu, si Vous ne venez au plus tôt à mon secours »