La Prière du Père Jean-Émile Anizan « Mon Dieu, vos Désirs sont mes désirs » :

« Mon Dieu et mon Tout ! Je sais que Vous m'avez conçu et créé. Infiniment sage, Vous avez, Vous aviez Vos vues sur cette chétive créature, vues admirables : votre Gloire et mon bonheur. Le désir le plus intime et le plus ardent de mon cœur, c'est que Vos vues soient remplies en moi, que Votre but soit pleinement atteint et Vos volontés miséricordieuses pleinement réalisées. Mon Dieu, vos Désirs sont mes désirs ; vos Volontés mes volontés. Oh ! Puissiez-Vous être satisfait et Vous applaudir de Votre œuvre ! Hélas ! Les faiblesses ne manquent pas en moi et bien des fois j'aurais pu dire comme Saint Paul : « Ce que je ne veux pas je le fais et ce que je veux je ne le fais pas ». Mon Dieu, Vous êtes Tout-Puissant, daignez fortifier ma volonté et me donner la force de faire toujours et en tout ce que Vous voulez et de ne jamais faire ce que Vous ne voulez pas ».

Ainsi soit-il.


Père Jean-Émile Anizan (1853-1928)

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Fondateur, à la fin de sa vie, des Fils de la Charité et des Auxiliatrices de la Charité, le Père Anizan est une figure emblématique de ce Catholicisme français de la fin du XIXème siècle et des débuts du XXème, issu de la terrible crise anticatholique révolutionnaire, tourmenté par la question sociale en externe et la crise moderniste en interne confronté à la violence laïcarde de la Ille République. Très tôt son désir comme Prêtre de se mettre au service des plus pauvres devient prééminent. Il doit, avec patience, attendre l'autorisation de son évêque à Orléans, pour entrer chez les frères de Saint Vincent de Paul. Il y fait si bien, se dévouant corps et âme aux œuvres, qu'en 1907 il en est élu Supérieur Général. Tout semble lui réussir, quand la crise moderniste vient frapper sa Congrégation et, après une enquête romaine, il est destitué pour « modernisme ». Beaucoup de ses frères demandent alors à être relevés de leurs vœux et quittent la Congrégation. Ce sont eux qui, quelques années après, formeront la base lors de la création des Fils de la Charité, Fondation soutenue par le même Saint-Siège (mais on a changé de Pape) qui avait destitué le Père Anizan ! Cet épisode - qui révèle aussi la profonde spiritualité du Père Anizan et son obéissance - nous invite à une saine vision de l'Institution Ecclésiale (ou du « Système Clérical ») dans l'Église. Même au plus haut niveau, celle-ci n'est pas infaillible dans ses décisions disciplinaires. Nombre de Saints ont été ainsi persécutés et condamnés dans un premier temps par des clercs en charge du pouvoir, avant d'être réhabilités par l'Église - de leur vivant ou non. Soyons donc des fils obéissants de l'Église - et cela passe par le respect en effet de sa hiérarchie -, mais non pas aveugles - par peur ou lâcheté - sur les déficiences, parfois énormes, qui entachent cette même hiérarchie. Il y a là un difficile équilibre à trouver. Mais le Seigneur Jésus ne nous a jamais promis la facilité en ce monde ! (Abbé Christian Venard dans Parole et Prière N°101, novembre 2018)