Priere-de-repentance.jpg

La Prière du R. P. Antoine Castillon « Qui suis-je, moi, qui n'ai pas redouté d'offenser un Dieu ? » :

« Qui suis-je, moi, qui n'ai pas redouté d'offenser un Dieu ? Hélas ! Une chétive créature, un peu de terre, un néant ; créature néanmoins qu’Il a aimée entre mille millions, qu’Il a appelée à sa Connaissance et à son Amitié, qu’Il a prévenue d'une infinité de Faveurs et de Grâces. Etant son obligé par toutes sortes de titres, étant de Lui tout ce que je suis, étant à Lui, n'étant rien sans Lui, j'ai néanmoins été si téméraire et si insolent que de L'offenser ; et je l'ai fait hardiment, impudemment, à la vue des anges et des hommes, à Sa vue même. Je L'ai méprisé, je L'ai déshonoré, je Lui ai préféré une vile et sale créature, j'ai contrevenu à toutes ses Volontés, je me suis moqué de toutes ses Lois, je me suis servi de tous les biens qu’Il m'avait faits, comme d'autant d'armes pour L'outrager. J'ai abusé de l'être qu’Il m'avait donné, de toutes les puissances de mon esprit et de mon corps. J'ai abusé des créatures qu’Il avait produites pour se faire connaître à moi ; je m'en suis servi pour Lui déplaire et pour m'éloigner de Lui ; je l'ai fait servir Lui-même à mon péché, abusant de Sa propre Puissance, de son Action et de son Concours contre Lui-même. Mais ce qui me rend encore plus coupable, je L'ai traité si indignement dans le temps qu’Il me témoignait plus de bonté, qu’Il me supportait avec patience, que me pouvant perdre pour jamais, Il soutenait ma vie criminelle, lors même qu’Il m'obligeait par de nouveaux Bienfaits, qu’Il me prévenait, qu’Il me recherchait, qu’Il me sollicitait par ses Grâces ; je me suis raidi contre Ses sollicitations, j'ai méprisé Ses recherches obligeantes pour me rendre à son ennemi et pour m'abandonner au désordre. Et pourquoi me suis-je porté à de si furieux excès ? Hélas ! C’est ce qui me jette dans la dernière confusion, quand j'y pense : pour une vanité, pour un point d'honneur, pour un intérêt, pour un gain infâme, pour une sale volupté, pour des choses de néant et de peu de durée ; j'ai rompu franchement avec Lui, j'ai quitté lâchement Son service, j'ai renoncé brutalement à son Amitié, â toutes ses Faveurs, à la Gloire même qu’Il me préparait dans l'éternité ; et je l'ai lait, non pas une fois, dans une surprise, dans un désordre d'affaires, dans un trouble d'esprit, dans un subit emportement, mais tous les jours, à toute heure, à toute occasion ! J'épuiserais presque tous les nombres que je puis penser, et je ne dirais pas le nombre des péchés que mon esprit a conçus durant le cours de toutes mes années. Voilà mon état, voilà ma vie ; Vous savez, ô mon Dieu et mon Juge, ce que j'ai mérité par une si déplorable conduite ».

Ainsi soit-il.


R. P. André-Antoine Castillon (1599-1671) - « Sermon pour le quatrième Dimanche de l’Avent » dans la Collection intégrale et universelle des Orateurs sacrés de Jacques-Paul Migne, tome II, page 1159, aux Ateliers Catholiques, 1863