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La Prière du R P François Desplanques « Ô Mort magnifique du chrétien » :

Dans une chambre modeste
Aux rideaux tirés, tous sont à genoux
Autour d'un chrétien étendu dont on entend les souffles courts et précipités.
Comme l'esprit a du mal à se désincarner !
Ce travail de l'enfantement de la Mort est aussi laborieux, aussi douloureux que celui de la vie.
Comme il faut suer pour mourir !
Doucement, sur le front du moribond, une main passe avec un linge qui boit les gouttes.
Et c'est le dernier souffle.
Votre Serviteur Paul, Jacques, ou Louis nous a quittés, Seigneur,
Tandis qu'on récitait les Litanies des Saints.
Deux ou trois jours après
L'enterrement de 3ème classe, au village.
Quelques hommes suivent, qui parlent du prix du blé ou du maïs ou des bestiaux.
Quelques femmes en noir, qui pleurent.
Dix à quinze mètres de cortège.
Un chantre avec un surplis jeté comme un sarrau sur son pantalon,
Qui chante faux, appuyant les versets du Miserere aux rauques poussées d'un bugle enrhumé.
Tristesse. Moins de la mort elle-même que de la médiocrité dont on l'entoure, que de la vulgarité des pensées où baigne ce cercueil.
Toujours les mêmes apparences mesquines sur...
Un événement grandiose
Vous qui pleurez, vous qui l'aimiez, vous qui, après l'Extrême-Onction, récitiez avec tant de ferveur les Prières des Agonisants,
Autour de ce chrétien bien confessé et bien nourri et bien sanglé pour le Retour,
N'avez-vous pas entendu une voix – une voix humaine sans doute – mais qui semblait prêtée à
Quelqu'un de lointain et de plus grand, la voix d'un chef qui commande, douce, ferme, et peut-être – après tout – divine.
Cette voix disait :
Pars, âme chrétienne !
Au nom du Père Tout-Puissant qui t'a créée,
Au nom du Fils de Dieu vivant qui a souffert pour toi sa Passion,
Au nom du Saint-Esprit qui t'a remplie de sa Grâce,
Que le cortège des Anges t'accompagne !
Que le Sénat des apôtres qui doivent juger Israël vienne à ta rencontre !
Que l'armée rayonnante des martyrs marche avec toi !
Que la troupe blanche et lumineuse des confesseurs t'environne !
Que le chœur des Vierges joyeuses te reçoive !
Que l'assemblée des patriarches t'ouvre le sein de la Paix bienheureuse !
Et que le Christ Jésus t'apparaisse enfin, doux et radieux, comme aux joins de fête, pour te donner ta place au milieu des élus !
N'est-ce pas l'entrée d'une reine
En sa capitale, avec de la douceur jointe à la magnificence ?
Et ce n'est pourtant qu'un petit chrétien qui part... et dans quel accoutrement !
Mais qui a voulu se perdre pour gagner son Christ et son Dieu et qui Lui a dit simplement :
Mon Père, j'ai péché contre le Ciel et contre Vous.
Et tout le Ciel s'est précipité pour le recevoir.
Ô Mort magnifique du chrétien !

Ainsi soit-il.


Révérend Père François Desplanques (1876-1960) – « Le Christ sur tous nos chemins », Méditations pour Aujourd'hui, aux éditions Spes (1936)