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La Prière du R-P. Frédéric Spée von Langenfeld « Ô Jésus, Vous me brûlez d’une manière merveilleuse » :

« Le matin, quand brille l’aurore, annonçant de ses feux argentins l’éclat du soleil que la nuit retenait dans l’ombre, l’Amour divin allume dans mon cœur une petite flamme qui me consume, pareille à un flambeau que personne ne peut éteindre. Si je l’agite avec violence dans tous les sens pour étouffer son ardeur, je ne puis goûter de paix ni de repos ; nul souffle ne peut vaincre cette petite flamme. Ô tourment de mon âme ! Ô angoisses du cœur ! Que ferai-je ? Que deviendrai-je ? Ah ! Pleurer, pleurer sans cesse, voilà mon unique désir, puisque je me vois livré à une douleur sans fin. Tandis que le jour se plonge dans les ténèbres, tandis que le soleil incline ses rayons dans les profondeurs de la nuit, la petite flamme qui me tourmente conserve toute sa vivacité, et à chaque heure je me sens dévoré par ses ardeurs. La petite flamme dont je parle est le doux Nom de Jésus ; Il pénètre dans le plus intime de mon âme, et me brûle d’une manière merveilleuse. Ô douceur dans la souffrance ! Ô souffrance dans la douceur ! Ah ! Restez, restez toujours dans mon cœur, restez pour l’éternité ! Les jours de la vie s’écoulent ainsi au milieu de la souffrance, lorsque Jésus darde Ses rayons sur le cœur et sur les sens, ou qu’Il les perce de Ses flèches brûlantes ; mais, tout en consumant le cœur et les sens, Jésus les conserve, les réjouit et les enivre de bonheur. Ô petite flamme qui est tout à la fois d’une amertume infinie et d'une douceur sans bornes, Tu me dégoûtes pour jamais de tout plaisir et de tout amusement terrestre... Il est vrai, Tu consumes mon âme, Tu blesses mon cœur, mais ne lui donnes-Tu pas en même temps le don précieux de la paix, et ne lui apportes-Tu pas la félicité ? Adieu monde, adieu pour toujours ; laisse-moi ! Voilà trop longtemps que tu m’es à charge. Désormais je ne vis que dans l’Amour de Jésus, et, malgré la blessure de mon cœur, je nage, oui, je le déclare avec sincérité, je nage dans l'allégresse. »

Ainsi soit-il.


R-P Friedrich Spee von Langenfeld (1591-1635) – « Le Cœur de Jésus », Ascétisme et littérature d’après le R-P Eugène Desjardins, pages 535-537, aux éditions Julien-Lanier, 1855

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