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La Prière du R. P. Juan Eusebio Nieremberg « Ô ma très adorable Princesse, que je sois par Votre moyen le frère de Jésus, le fils de Dieu et le Votre » :

« Je Vous salue, Marie, la plus humble de toutes les créatures, je Vous salue pleine de Grâce et toute environnée de Gloire, je Vous salue avec tout le respect que je dois à votre Grandeur, illustre Mère de mon Dieu. Je Vous salue notre Mère très aimable et la seule espérance des enfants infortunés du premier Adam ; je Vous salue la vraie consolation de ceux qui souffrent et qui sont affligés sur la terre. Tout misérable que je suis, j’ose Vous demander que Vous ayez en mon endroit des entrailles de Mère et les Mêmes que Celles que Jésus notre aimable Rédempteur a consacrées par le séjour qu’Il y a fait pendant neuf mois. Agréé aussi que j’entre dans ce Cœur infiniment tendre et très affectueux, qui fut rempli du Saint Esprit lorsque Vous eûtes le bonheur de concevoir le Verbe divin ; et accordez-moi, s’il Vous plaît, un regard favorable de Ses beaux yeux qui virent les premiers, mon adorable Sauveur quand Il naquit dans l’étable de Bethléem. Jetez, ô très Sainte Vierge, une douce et pitoyable œillade sur celui que votre Fils a daigné racheter par l’effusion de tout son Sang, afin que je puisse ainsi satisfaire le désir très ardent qu’Il a eu en se faisant homme ; je suis persuadé qu’Il n’en a point eu d’autre que de nous engager à honorer son Père et à Vous aimer de toutes nos forces. Vous le savez, incomparable Marie, Il a eu pour Vous tant de reconnaissance, que l’imagination ne peut aller au-delà et parce que Vous L’avez reçu et logé dans Votre sein virginal et que Vous avez bien voulu être sa Mère, Il a voulu aussi que j’eusse l’honneur d’être votre fils et que Vous fussiez la Mère de tous les hommes. Ne me refusez donc pas la Grâce que je Vous demande, donnez-moi quelque place parmi Vos esclaves ; souffrez, grande Princesse, que j’entre dans Votre famille, je serai bien glorieux, si Vous me permettez d’occuper le dernier rang et de me mettre au-dessous de tous ceux qui Vous servent. À la vérité, quand je fais réflexion sur l’énormité de mes fautes, je me juge indigne de ressentir quelques effets de votre Bonté, mais après tout je ne perds pas courage, et si cette vue m’étonne, elle ne laisse pas de m’inspirer de la confiance et elle devient plus forte quand je considère que Vous voulez bien qu’on Vous appelle l’espérance des pécheurs, la Mère de Miséricorde et que Vous faites une estime toute particulière de cette glorieuse qualité. Il paraît en effet que Vous êtes plus Mère, où il y a plus de misère, c’est-à-dire que jamais on ne connaît mieux jusqu’où peut aller votre Douceur et votre Bonté, que quand elle s’emploi pour les pécheurs qui sont sur le penchant de leur ruine. Je n’ai, ô mon illustre Reine, nul autre ambition que d’être toute ma vie le plus soumis de Vos esclaves. Mon cœur ne soupirera jamais pour d’autres que pour Vous, la plus forte passion qu’il ait, est de Vous aimer avec toute la tendresse qu’un enfant doit avoir pour La plus aimable de toutes les mères. Si Vous ne m’obtenez de Dieu cette haute faveur, je serai le plus à plaindre de tous les hommes, et je ne dois attendre que la fin la plus malheureuse et la plus funeste du monde. Eh ! De Grâce, Vierge très pure, devenez sensible à mes misères et souvenez-Vous, s’il Vous plaît, de l’excès de vos Miséricordes, je Vous en supplie par toute la douceur et la pitié qui est dans votre Cœur, je Vous en conjure par ce glorieux titre de Mère de l’aimable Jésus, j’emploie encore cet adorable et auguste Nom de Jésus, donnez-Lui cette satisfaction et accordez-moi cette Grâce, que je Vous aime toujours ainsi que ma Mère et que je Vous serve avec tout l’attachement que doit avoir pour Vous le plus fidèle de Vos esclaves. Hélas ! Je ne suis que trop persuadé que Vous n’avez nullement besoin de mon service et que c’est inutilement pour Vous que je Vous l'offre, puisque les séraphins sont dans la dernière soumission devant Vous, puisque les chérubins Vous adorent comme leur Reine, puisque les trônes s’humilient quand il considère Votre élévation, puisque les dominations s’abaissent en votre Présence, puisque ces hautes intelligences que nous connaissons sous le nom de puissances, Vous obéissent, puisque les vertus s’humilient devant votre Trône, puisque les princes du royaume céleste s’anéantissent, puisque les archanges Vous rendent leur hommages, enfin puisque tous les anges s’estiment fort honorés d’être Vos sujets. Je n’ignore pas encore que les patriarches Vous louent, que les apôtres Vous donne mille bénédictions, que les martyrs annoncent vos Grandeurs, que les saints pontifes portent partout votre Gloire, que les confesseurs en sont aussi les fidèles échos, que les vierges Vous suivent avec respect, et que Dieu même a bien voulu Vous obéir. Je ne puis pas douter après cela que je ne Vous sois entièrement inutile : et je confesse que je ne mérite pas d’être du nombre de ces illustres esclaves. J’ose pourtant espérer, ô ma très adorable Princesse, que Vous aurez la Bonté de me recevoir, et je ne crains point de Vous dire que ce ne Vous sera pas un petit avantage de donner place à un aussi méchant serviteur parmi ces âmes si pures, si saintes et si élevées, parce qu’étant en une compagnie si sainte, j’apprendrais inconsciemment par leurs exemples à Vous aimer et à Vous servir. Et de vérité, je sens naître dans mon cœur une ardente et très pure affection pour Vous, quand je pense à l’amour que les anges Vous apportent et sans qu’ils soient poussés par aucun intérêt comme moi ; les patriarches, qui Vous ont chérie avant que d’avoir reçu des preuves sensibles de votre Charité, me donnent une sainte envie de les imiter. Les apôtres aussi m’engagent à Vous servir, lorsque je fais réflexion qu’auparavant que Vous eussiez été couronnée Reine du Ciel et de la terre, ils Vous ont honorée et servie comme leur Souveraine. Ce pourrait-il donc bien faire que je demeurasse de toutes les obligations que je Vous ai ? Quoi ? Je n’aurais aucun ressentiment d’un million de saveurs qu’il Vous a plu de me faire, sans que je pensasse seulement à Vous les demander ? Ah ! Ingrat que je suis ! J’ai tant de fois été secouru par cette grande Princesse, Elle m’a délivré de la cruelle tyrannie du démon, j’ai si souvent fait preuve de sa Douceur et de sa Bonté, Dieu L’a établie Reine et Lui a donné une souveraine Puissance sur tout ce qu’il y a dans le Ciel et sur la terre, Il m’a fait l’honneur de me La donner pour Mère, et après tout cela mon cœur demeure insensible, il ne se fond pas tout en dévotion ? Quoi ? Je ne brûle pas d’amour pour cette admirable Personne ? Eh ! Quand aurais-je donc de la reconnaissance, de l’affection et de l’ardeur pour mon Dieu, et de l’amour pour moi-même, si je ne la fais paraître en aimant Celle qui m’aime si chèrement, qui est la Source de tous les biens que je possède, de ceux que je peux encore espérer, et le principe de tout mon bonheur ! Illustre Princesse, si je manque de m’adresser à Vous, je ne dois point attendre d’autres secours, puisque c’est de Vous uniquement que viennent les Grâces dont j’ai tant de besoin. Hélas ! Vierge très Sainte et très Aimable, si Vous n’avez quelque bonté pour moi, je perds toute espérance. Ah ! Je suis persuadé que c’est Vous après Dieu qui m’aimez le plus. Oui Vous m’aimez avec une confiance et une fidélité qui n’eut jamais d’égale ; Vous m’aimez incomparablement davantage que je ne m’aime moi-même. Hélas ! Si Vous me refusez votre Assistance, que deviendrai-je et qui est-ce qui me protégera ? Il n’y a que Vous, ô très digne Mère de mon Dieu, Sainte entre tous les saints, qui ayez un pouvoir absolu. La Justice de Dieu ne respecte que Vous seule ; Votre Fils Vous aime de telle force, qu’Il n’aura pas de peine à s’adoucir et à pardonner à ses ennemis si Vous avez la bonté de L’en prier. Je le répète encore : c’est Vous seule qui êtes mon unique espérance, et certainement si Vous me rebutiez, souffrez que je le dis par un excès de confiance que j’ai en votre Bonté, je ne pourrai pas m’empêcher de former quelques plaintes contre Vous. Car enfin il ne sert de rien d’avancer que j’ai déplu à votre Fils et que je suis dans sa Disgrâce, puisque Vous pouvez L’apaiser et que Vos mérites sont capables de Le satisfaire mille fois davantage, que mes ingratitude ne peuvent Le fâcher ; sans doute qu’il est en votre pouvoir de nous Le rendre favorable, étant infiniment Doux et plein de Bonté pour des personnes qui ne lui sont rien, manquerait-Il de complaisance pour sa Mère ? Ah ! Vierge Sainte, il n’est point de marque d’affection et de tendresse que ce Fils très aimable et très chèrement aimé ne soit prêt de Vous donner, si Vous Lui en témoigner le moindre désir. On ne Vous appelle pas Mère de Miséricorde et Vous n’êtes pas la Mère du très doux Jésus que pour nous faire éprouver la bonté, la clémence et la douceur de votre Fils, aussi bien que Votre incomparable charité. Vous avez rendu la vie à tous les hommes, et où pourrais-je donc chercher autre part le remède à mes maux ? Je ne saurais m’imaginer que Celle qui a fait du bien à tout le monde, refuse de m’aider à cette heure. Souvenez-Vous, ma très honorée Dame, que votre Fils est descendu du Ciel et qu’Il est venu chercher en ce monde une brebis, qui après avoir été longtemps dans l’égarement, allait infailliblement se perdre. Voudriez-Vous donc la laisser courir à son malheur, quand Jésus-Christ prend Lui-même le soin de la chercher ? Votre Fils n’a point eu d’autre dessein en ce faisant homme, que de sauver les pécheurs qu’Il invite sans cesse à Le suivre. Comment donc n’écouteriez-Vous pas favorablement le plus infortuné de tous les pécheurs qui Vous conjure d’avoir pitié de lui ? Votre Fils a prié pour ceux qui L’ont crucifié ; comment donc n’écouteriez-Vous pas la très humble prière que je Vous fait de Lui demander pardon pour moi ? Témoignez maintenant, ô très pitoyable Marie, en recevant favorablement mes soupirs et mes vœux, que Vous êtes en effet la Mère de mon Rédempteur, l’asile des pêcheurs, l’espérance du monde, la toute Puissante auprès de Dieu, l’intendante des trésors du Saint Esprit, et la fidèle Dispensatrice de ses Grâces. Ce serait un fort grand sujet d’étonnement pour ceux qui savent à quel point Dieu Vous a élevée, que David ait obtenu si facilement la rémission de son péché lorsque Vous n’étiez pas encore dans le monde, qu’il ne pouvait pas s’appuyer sur votre Intercession, et que moi je sois assez malheureux de ne pas l’obtenir, Vous ayant pour Médiatrice, et pour Rédempteur votre Fils, qui n’a souffert la mort que pour nous rendre la vie, à quoi Vous avez aussi la bonté de consentir, dans la vue des grands et merveilleux avantages que j’en dois retirer. Ah ! Glorieuse Vierge, faites-moi, s’il Vous plaît, connaître par expérience, que Vous êtes la Source et le Principe de mon bonheur avec Jésus-Christ mon adorable Sauveur. Divin Jésus, regardez Votre très sainte Mère qui verse des larmes en abondance ; et Vous, incomparable Marie, considérez Votre très cher Fils tout couvert de Sang ; aimable Jésus, en considération de votre Sainte Mère, ne me rebutez pas ; Marie, pour l’Amour du divin Jésus, ayez pitié de moi. Jésus le plus respectueux de tous les enfants ; Marie la plus tendre de toutes les mères, faites-moi, s’il Vous plaît, Miséricorde. Ce que je Vous demande ne Vous obligera pas à faire rien d’extraordinaire pour moi. Non, mon doux Jésus, il n’est pas nécessaire de donner encore du Sang, Vous en avez assez versé autrefois. Vierge très Sainte et très Pure, je n’exige pas de Vous des soupirs et des larmes. Ô souverain Juge des vivants et des morts, à qui aurais-je recours qu’a la pitoyable Avocate des pécheurs, qu’à Celle qui s’est bien voulu charger de tous nos intérêts et de réconcilier les hommes avec Vous. Hélas ! Si mon Avocate et ma Protectrice vient à m’abandonner, quelle apparence y a-t-il que le Juge très équitable et très redoutable de toutes les créatures veuille me faire Grâce ! Ô Mère de salut, pour qui Vous emploierez Vous que pour celui qui est sur le point de se perdre ? Ô Mère du Rédempteur, n’est-il pas juste que Vous intercédiez pour moi qu’Il a daigné racheter ? Ô Mère de Miséricorde, n’êtes-Vous pas obligée d’arrêter Vos yeux sur un misérable ? Si Vous ne daignez pas m’écouter, au moins faites-moi la Grâce de me dire à quel autre puissance il faut que je m’adresse ; suggérez-moi donc une personne plus tendre et plus sensible à mes maux, apprenez-moi où est la créature qui a plus de crédit que Vous auprès de Dieu. Si cela n’est pas, Vous ne sauriez Vous dispenser de me donner quelque soulagement, et je ne comprends pas de quelles excuses Vous pourriez Vous servir. Peut-être allèguerez-Vous mon peu de fidélité à Vous servir, ma froideur et ma dureté pour Vous et pour Jésus-Christ, mes péchés qui sont sans nombre m'empêcheront peut-être de Vous avoir pour Mère, pour Protectrice et pour Avocate ? Eh ! Vierge très Sainte c’est justement ce que je demandais, car enfin j’ai besoin pour cela d’une Grâce extraordinaire ; et c’est cette extrême besoin qui doit Vous porter à entreprendre quelque chose qui soit digne de Vous. Ne méritant pas de paraître devant Vous, il faut que Vous m’écoutiez ; devant être condamné, il faut que Vous me sauviez, devant être délaissé, il faut que vous me protégiez ; d’un enfant de colère, faites-en, s’il Vous plaît, un enfant de miséricorde ; que je sois par Votre moyen le frère de Jésus, le fils de Dieu et le Votre »

Ainsi soit-il.


R. P. Juan Eusebio Nieremberg (1595-1658) – « L'Aimable Mère de Jésus, ou Traité contenant les divers motifs qui peuvent nous inspirer du respect pour la très-sainte Vierge », pages 529-541, chez Antoine Briasson, 1688

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Voir également du R. P. Juan Eusebio Nieremberg :
La Prière du R. P. Jean Eusèbe de Nieremberg « Ô Cœur Sacré de la Mère de Jésus tout brûlant d’Amour pour nous »
La Prière du R. P. Juan Eusebio Nieremberg « Ô ma très adorable Princesse, que je sois par Votre moyen le frère de Jésus, le fils de Dieu et le Votre »