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La Prière du R. P. Nicolas Avancin « Ô mon Dieu, laissez-moi serrer avec bonheur dans mes bras votre Croix bien-aimée » :

« Prosterné à Vos pieds, j’embrasse la Croix sur Laquelle sont étendus Vos bras livides, et où Vous allez mourir, ô mon divin Jésus, Âme de mon âme, Amour de mon amour. Rien ne pourra m’arracher d’auprès de Vous, ni la barbare cruauté de Vos ennemis en fureur, ni leurs menaces, ni leur violence, ni les joies et les pompes du monde, ni les amorces de la volupté, ni les attraits de la séduction. Ici j’adore Vos blessures et Vos larges plaies, ici je puis baiser votre Sang. Traitre sacrilège, bourreau de l'innocence, infâme déicide, ce n’est pas toi qui m’inspires de l’horreur ; ce n’est pas toi non plus, troupe perfide, toi qui as percé les Mains, les Pieds et le Cœur de mon Dieu, et déchiré tout son Corps par de cruelles meurtrissures ; non ; s’il faut un châtiment à ces attentats criminels, c’est moi qui l’ai mérité, c'est moi qui dois le souffrir. Plus cruel que le tigre, plus féroce que le lion, plus sanguinaire que le léopard, c’est moi, ô Jésus, qui, dans ma barbarie, Vous ai couvert de si horribles blessures, et qui ai tiré de Vos veines votre Sang précieux. C’est moi qui ai excité la fureur des soldats et qui ai rendu leur cœur aussi dur que le bronze ; c’est moi qui les ai poussés à aller chercher jusque dans la moelle de Vos os, par la flagellation et les coups, votre Vie qui s’y était réfugiée comme dans une retraite sûre ; c’est moi qui ai rendu plus acérée la pointe de ces épines qui, transperçant votre Front sacré, vinrent blesser et déchirer profondément les parties les plus intimes de votre Tête auguste. Dans mon cœur comme dans une forge infernale ont été façonnés les énormes clous de vos Mains ; là aussi a été trempée la lance cruelle qui devait Vous percer le flanc. Infâme bourreau que je suis ! C’est moi qui ai fabriqué la Croix pour Votre dernier supplice, c’est moi qui Vous ai tué ! Je reste ici, étendu sous ce gibet, et prosterné en suppliant aux pieds de mon Dieu, qui y est suspendu ! Mais quoi ! Les blessures élèvent la voix et me reprochent mes iniquités passées ! Est-ce bien ici, disent-elles, que tu oses espérer ton pardon, misérable ? Ne vois-tu pas toutes ces Plaies ouvertes qui attestent hautement tes forfaits ? Ce Visage plus radieux que le soleil, ces Yeux plus étincelants que les étoiles, tu les as souillés de tes crachats. Jésus me dit : Tu m'as accablé d’une grêle horrible de coups, tu as percé, tu as meurtri mes mains et mes pieds, tu m’as ouvert le côté d’un coup de lance ; c’est toi, sacrilège, qui as hérissé d’épines mon front toujours pur et serein ; et tu oses, impie, quelle horreur ! Tu oses ici espérer le pardon de ton crime ? Oui, je l’ose, ô bon Jésus, la Croix n'est pas un tribunal implacable, c’est un tribunal de miséricorde en faveur des criminels. Pour me mettre à couvert, Vous avez pris sur Vous la sentence, et quoique, en votre qualité de Juge, Vous puissiez porter des arrêts de mort, Vous ne cessez pas d’être Père. Votre Clémence et votre Bonté empêchent le bras de votre rigueur de s’appesantir. Non, non, je ne me retirerai point ; je suis résolu de mourir avec Vous ; ô mon Dieu, laissez-moi expirer au pied de ce gibet et rendre le dernier soupir en serrant avec bonheur dans mes bras votre Croix bien-aimée ! »

Ainsi soit-il.


Révérend Père Nicolaus von Avancini (1611-1686) – « Le Cœur de Jésus », Ascétisme et littérature d’après le R-P Eugène Desjardins, pages 449-453, aux éditions Julien-Lanier, 1855