La Prière du R. P. Thomas Suavet « Regardez, Seigneur, ceux que Vous m'avez confiés » :

« Regardez, Seigneur, ceux que Vous m'avez confiés. Soyez attentif surtout à ceux qui souffrent. Ecoutez leur plainte qui monte vers Vous comme une prière dépouillée de toute convention. Donnez-leur la force d'accepter leurs peines comme la croix que chacun de nous doit porter et qui seule permet d'être appelé votre disciple. Donnez à tous le courage d'entreprendre la lutte contre le péché qui est en eux, et contre le péché qui est dans les autres, pour les en délivrer. Aidez-les à vaincre l'inertie, les habitudes, la pression sociale, le poids des structures. Remplissez-les de votre Amour. Elargissez leur cœur, pour qu'ils deviennent, au plein sens du mot, catholiques, et que personne ne soit plus pour eux l'ennemi ou même l'étranger. Eclairez-moi, soutenez-moi, purifiez-moi pour que je les aide tous à progresser sûrement, osant leur rappeler tout ce que Vous attendez d'eux, sans pourtant jamais exiger d'eux des efforts inutiles. Avivez en moi le sens de l'Evangile pour que je puisse Le leur communiquer plus sûrement et plus profondément. Amen. »

Révérend Père Thomas Suavet (1908-1975)

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La vie du Révérend Père Thomas Suavet :
Maurice Suavet est le fils de Joseph Suavet, d’origine savoyarde, salarié à la Compagnie des chemins de fer du PLM, et de Jeanne Laguet, d’origine bourguignonne. Il a une sœur, Renée, née en 1912. Cette année-là, la famille quitte Bellegarde pour s’installer à Lyon dans la paroisse Sainte-Blandine à proximité de la gare de Perrache et des ateliers de chemins de fer. À la fin de l’année 1918, la famille déménage à nouveau, pour Saint-Mandé en région parisienne. Après deux années de scolarité à l’école Notre-Dame, il entre à l’école primaire supérieure Arago. En 1926, Maurice est reçu à l’École des Arts et Métiers à Paris, dont il sortira cinquième en 1930. En 1927, au cours d’un stage qu’il effectue à Cologne, il contracte une pleurésie qui le contraint au repos pendant un an. À sa sortie de l’École, il travaille un temps comme ingénieur à la raffinerie de sucre Say, puis dans une société de chauffage central. En 1933, son directeur l’envoie à Casablanca pour quelques mois.
Les raisons et les circonstances de ce séjour marocain ne sont pas connues mais paraissent déterminantes dans sa vocation car dès son retour, il annonce à sa famille qu’il veut entrer dans l’Ordre dominicain. Le maître des novices du couvent d’Amiens qu’il rencontre, Joseph Périnelle, lui demande de se former une année au séminaire de la ville pour apprendre le latin. Il entre au noviciat en septembre 1934 au couvent d’Amiens et prend le nom de frère Thomas. Sa profession a lieu une année plus tard au Saulchoir de Kain, alors couvent d’études de la Province de France. Il y est ordonné prêtre le 16 juillet 1939 par Mgr Amoudru et célèbre sa première messe au couvent Saint-Jacques à Paris. C’est la période du déménagement de Kain à Étiolles, où il poursuit ses études avec un groupe de frères dirigé par Marie-Dominique Chenu, avant le repli à Biarritz pendant la défaite de mai-juin 1940. Thomas Suavet a été réformé pour raisons de santé.
Il est nommé aumônier de l’École des Arts et Métiers de Paris en 1940. Dans le cadre de l’« Amicale catholique des gadz’arts », il publie trois opuscules de direction spirituelle, principalement pour la préparation au mariage. En 1941, il rédige un petit bulletin polycopié de nouvelles pour les frères encore mobilisés ou prisonniers. C’est au cours de cette période fondatrice d’Économie et Humanisme qu’il rencontre Louis-Joseph Lebret. Dans son Journal rédigé en 1947, il raconte cette entrevue : « Lorsque fut décidée mon assignation à Économie et Humanisme, Lebret de passage à Étiolles vient me voir (ce devait être en octobre-novembre 1941), me raconta le « roman de Lamort », édition abrégée, et me dit : « Il nous faudra des compétences dans toutes les branches d’activité : dans les corps gras, le textile, l’énergie ; vous êtes ingénieur, vous vous occuperez des mines et de la sidérurgie, comme je me suis occupé des pêcheurs ». Avant de partir pour Marseille, Thomas Suavet soutient en février 1942 sa thèse de lectorat en théologie morale sous la présidence du père Chenu. Elle porte sur l’imperium dans l’acte volontaire chez Thomas d’Aquin.
Thomas Suavet collabore à la revue Économie et Humanisme depuis 1942. Il en sera le directeur de 1957 à 1967. En avril 1942, il s’établit donc à Marseille où « Économie et Humanisme » a été fondée quelques mois plus tôt. Il est placé en tandem avec Alexandre Dubois pour élaborer la doctrine de l’association sur l’entreprise. Il y rencontre Jacques Loew (pour lequel il écrit « Les litanies de saint Réginald », un examen de conscience en forme de boutade), qui le décrit comme « précis, infatigable, efficace, ponctuel, soucieux de ne rien avancer qui ne soit sûr, précieux dans une équipe naissante, un des disciples les plus attentifs de Lebret dans la rigueur des observations des réalités économiques et sociales de son temps ». De fait, Thomas Suavet a été d’emblée un collaborateur écouté et apprécié, notamment dans la mise en œuvre des sessions d’élaboration pionnières, par exemple celle de la Sainte-Baume sur la propriété. Dès le départ, il collabore activement à la revue « Économie et Humanisme ». Lebret lui en confie la rédaction en collaboration avec François Malley alors qu’ils n’ont pas d’expérience en la matière. Les conditions de travail sont difficiles (imprimeur localisé à Largentière en Ardèche, papier rare, sources d’information limitées, censure vigilante) mais la revue parvient à s’imposer rapidement. Parallèlement à cette activité très prenante d’homme de revue, il prend des contacts avec des prêtres et des militants jocistes du bassin minier de Gréasque, dont il réalise une étude complète.
De sa formation d’ingénieur de haut niveau, il tire une exigence de rigueur et de précision qui en font un équipier parfois rugueux et agaçant par son souci de la compétence et du détail, mais qui font merveille dans le travail de recherche très technique voulu par Lebret. Son excellente connaissance des réalités économiques, renouvelée au prix de lectures incessantes dont il donne des comptes rendus dans les revues de l’association, modère le prophétisme de plusieurs de ses équipiers. Par son travail ascétique d’élaboration, la réforme ou la révolution souhaitées à « Économie et Humanisme » dans la perspective de l’économie humaine deviennent valables techniquement parce que leur calcul intègre les contraintes inhérentes au fonctionnement des entreprises. Travailleur acharné qui se laisse peu de repos, infatigable correcteur d’épreuves et formateur pointilleux des secrétaires d’Économie et Humanisme, c’est un passionné du monde économique et industriel, à l’image des « gadz’arts » dont il a été un brillant représentant lorsqu’il était étudiant. L’archevêque d’Aix-en-Provence, Charles de Provenchères, dit de lui : « Un des traits qui m’ont le plus frappé chez le père Suavet, c’est ce que j’appellerais sa conscience professionnelle, son sens du devoir d’état. Je ne me rappelle pas lui avoir rendu visite sans le trouver au travail. »
En juillet 1943, il s’installe à Écully (Rhône) avec le reste de l’équipe « Économie et Humanisme ». Il y dirige le « laboratoire d’analyse et de conjoncture » où se préparent les documents et les « notules » pour la revue « Économie et Humanisme ». De 1943 à 1946, à la demande de Lebret, il multiplie les déplacements dans la région de Saint-Étienne pour mener une enquête de grande envergure sur le secteur minier. C’est sans aucun doute la période la plus rayonnante de son existence, à un moment où il est en pleine possession de ses moyens physiques. Hôte régulier du couvent de l’Adoration qui lui fournit un pied-à-terre commode dans la ville, il se sent toutefois éloigné des ouvriers qui sont la raison d’être de sa présence sur place. Mais il prend l’habitude de se rendre à la clinique toute proche où il découvre les effets du travail industriel sur les corps. Lors de sa première visite, il est « frappé du fait que le prolétariat avait partout un caractère commun, le déracinement ». Il écrit également dans « Témoignage chrétien » et dans « L’Essor » et tient un journal de bord.
À la Libération, ses séjours à Saint-Étienne se font plus rares car sa nomination comme secrétaire général d’Économie et Humanisme le retient à Sainte-Marie de la Tourette, à Éveux. Il le regrette d’autant plus que le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) a confié à l’équipe stéphanoise une enquête sur l’habitat qui permet l’acquisition d’un local et l’embauche de permanents. Thomas Suavet conçoit le rôle d’Économie et Humanisme comme une mission au service des mouvements. Il soutient le démarrage du centre social de Solaure, apporte l’aide de l’association à une coopérative créée par le Mouvement populaire des familles (MPF), conduit une enquête sur les liens entre taudis et alcoolisme à la demande du tout jeune Institut national d’études démographiques (INED) et travaille en complémentarité avec le Secrétariat social. Fin 1946 ou début 1947, Thomas Suavet s’établit à Saint-Étienne rue Michel Servet, à la satisfaction de l’industriel Jean Queneau, cheville ouvrière et principal soutien financier de l’équipe « Économie et Humanisme » dans la ville minière. Dans son journal, Suavet décrit les tâches qui ont été les siennes à Saint-Étienne, qui sont un résumé des objectifs que se sont fixés Lebret et les premiers membres d’Économie et Humanisme : « Détecter l’ensemble des problèmes et les ramener sans cesse à l’unité en jugeant toujours au nom du bien commun et en partant du concret ; tenir constamment à jour la conjoncture régionale sur la base d’enquêtes directes avec le concours des mouvements ; animer les différents mouvements : formation, information ; diffuser la pensée d’Économie et Humanisme, réaliser des maquettes de la société future ; constituer un noyau à toute épreuve : ayant l’angoisse du prolétariat à sauver – non pas abstraitement mais de ce prolétariat que nous voyons venir de la Haute-Loire ou de l’Afrique du nord et qui meurt physiquement et moralement ; ayant confiance dans le mouvement ouvrier chrétien ; cherchant avant tout le royaume de Dieu et prêt à y sacrifier les avantages matériels ; ayant confiance dans les méthodes et les dirigeants d’Économie et Humanisme. »
Pourtant, alors qu’il est désormais domicilié à Saint-Étienne, il contracte une spondylarthrite ankylosante qui le contraint à s’installer à Aix-en-Provence en 1948 pour se soigner. À cette date, il est nommé aumônier des Sœurs sacramentines de Notre-Dame de la Seds (il le restera jusqu’en 1966) et assure également l’aumônerie du Mouvement des ingénieurs et chefs d’industrie d’Action catholique (MICIAC) et plus tard du Mouvement des cadres chrétiens (MCC), ce qui lui permet d’établir des contacts étroits avec de nombreux ingénieurs, aumôniers d’Action catholique ouvrière et militants. Il écrit des articles pour des périodiques locaux, en particulier Semaine Provence. Son petit bureau de la Seds est un lieu d’ouverture, à la fois sur les questions économiques et sociologiques de la région et sur la réflexion pastorale. Il y organise des « dîners-débats » mensuels où une dizaine de prêtres du diocèse se retrouvent, comme le père Pierre Raillard.
Cette domiciliation forcée à Aix ne l’empêche pas de se rendre très régulièrement à Éveux puis à Caluire pour participer aux semaines de travail de l’équipe et aux sessions. En 1949 est créée la revue « Efficacité » dans laquelle il contribue très régulièrement par de petits articles. Il est codirecteur de cette revue à destination des militants entre 1951 et 1955. Il écrit également dans la revue « Économie et Humanisme » (parfois sous le pseudonyme Maurice Faber), en devient le directeur en 1957 et le reste jusqu’en 1967. Il participe à toutes les sessions de recherche d’Économie et Humanisme et prêche lors de retraites spirituelles des équipiers et sympathisants, comme celle de septembre 1956 à la Tourette où avec Claude Bourgin, son collaborateur de 1953 à 1957, il propose une réflexion sur un thème qu’il travaille particulièrement : l’originalité de l’action temporelle du chrétien.
Sa condition de malade l’accompagne tout au long de ces années d’activité à « Économie et Humanisme ». Dès 1951, Louis-Joseph Lebret demande au prieur provincial Pierre-Damase Belaud le détachement d’Henri Bertel auprès de Suavet « dont la santé est gravement compromise ». Une enseignante, Marie-Thérèse Prete, devient sa secrétaire en 1952 et va le rester jusqu’en 1975. Le père Lebret évoque dans une lettre de juillet 1955 « un père Suavet qui continue de vivre et de travailler au ralenti, comme par miracle ». Piètre orateur, rapidement handicapé par une minerve qui donne à sa haute stature l’aspect d’un « homme de bois » comme ont pu l’appeler certains de ses collaborateurs, il préfère se plonger dans la documentation exhaustive d’un thème de recherche pour en tirer les connaissances sûres nécessaires à l’écriture de ses livres. En dehors de la mise sur pied de sessions d’élaboration et de formation puis de la direction des revues « Efficacité » et « Économie et Humanisme », il se consacre au travail d’écriture.
Thomas Suavet a en effet exprimé et affiné sa pensée économique à travers ses dizaines d’articles dans les revues de l’association. Parmi ses principaux thèmes de recherche, figurent la conjoncture, l’entreprise, le rôle de l’État et les nationalisations. Ses écrits peuvent être rangés en deux catégories : des textes d’élaboration de la doctrine d’Économie et Humanisme sur l’entreprise et la vie industrielle, fondements de son dictionnaire de vulgarisation sur les structures économiques et sociales ; des livres de spiritualité, principalement à destination des laïcs militants ou en responsabilité professionnelle.
C’est à la fin des années 1940 que sa pensée économique paraît la plus aboutie et la plus personnelle : son livre « Structures nouvelles dans l’entreprise » publié dès 1944 avec son collaborateur Alexandre Dubois et surtout « Économie saine ou bienfaisance sociale » qui paraît quatre ans plus tard le situent à distance du catholicisme social : si le progrès économique n’a certes pas entraîné de façon mécanique le progrès et le bien-être des hommes, la solution n’est pas un développement hypertrophié du secteur social. L’État-Providence répond de façon très imparfaite au besoin légitime de sécurité des personnes, car il ôte le goût de l’effort et reste séparé de la vie de l’entreprise. Alors que « faire du social, c’est essentiellement répartir, livrer à la consommation les fruits du travail ». Suavet plaide pour une rationalisation de la production des biens par une décongestion des grands centres urbains, solution qu’il a également défendue dans les « Positions clés » du mouvement. C’est donc moins la bienfaisance qu’une politique de géographie industrielle qui garantira la satisfaction des besoins.
Suavet est également soucieux de la réception des idées techniques auprès des militants et des professionnels. L’ouvrage qui a connu le plus grand succès est son « Dictionnaire économique et social », publié pour la première fois en 1962 aux Éditions ouvrières et dix fois réédité, ces ajustements lui demandant un travail de mise à jour acharné. Ce lexique de 300 mots clés est bien accueilli dans le milieu universitaire si l’on en croit la teneur des recensions dans la Revue « économique et Population ». Son système intérieur de renvois, original, est apprécié, et correspond au projet du livre tel que Suavet le formule dans l’avant-propos à la première édition : « Son but est de permettre à un très large public de situer les réalités économiques et sociales les unes par rapport aux autres. » Si un grand nombre d’organisations nationales ou internationales (CGT, CNPF, FMI…) ou de concepts (sociologie, écologie, aménagement du territoire…) figurent logiquement parmi les entrées de ce dictionnaire, d’autres termes sont plus inattendus, comme « autocritique », « réarmement moral » ou « intégrisme », cette dernière entrée ayant valu à l’auteur de vives critiques par Jean Madiran dans L’intégrisme. Histoire d’une histoire (1964).
Bien que cette expertise économique porte en elle une logique de sécularisation, il paraît difficile de séparer chez Suavet le technicien du religieux. Tendu vers les réalités du monde (il demande aux jeunes dominicains s’ils ont su garder une « âme de laïc »), il transpose dans ses analyses techniques l’intransigeance et la radicalité de la parole évangélique. Alain Birou le décrit au MICIAC « moins comme l’aumônier que le prêtre en solidarité de responsabilité professionnelle et de destinée totale ». Outre des Prières d’espérance (1960) traduites en plusieurs langues, Suavet a également publié des ouvrages d’ecclésiologie (Construire l’Église aujourd’hui, 1957, trois rééditions) et de théologie morale, dont une Spiritualité de l’engagement (1959) qui théorise et décrit les fondements de l’action temporelle des militants chrétiens. Dans son Journal stéphanois, il écrit fin 1946-début 1947 : « Un certain nombre de récollections prêchées dans la région (JOC à Firminy, JOCF à Saint-Étienne et au Chambon, MPF à Saint-Étienne) eurent pour effet de me montrer le retard des « auteurs spirituels » sur la vie : les militants n’ont pas de spiritualité – et ce n’est d’ailleurs pas à eux de la forger. »
Un livre illustre plus qu’un autre la pensée de Suavet, tout à la fois pleinement technicien et pleinement clerc, engagé dans le monde et dans l’Église : avec Louis-Joseph Lebret, il signe en 1952 « Rajeunir l’examen de conscience ». La forme est originale en ce qu’elle décline, pour plusieurs dizaines de situations familiales (la maîtresse de maison, l’adolescent…), sociales (le voisin, l’intellectuel, le touriste…), religieuses (le paroissien, la supérieure religieuse…) et professionnelles différentes, les propositions qui entrent en contradiction avec une conception chrétienne de l’engagement. Concernant par exemple les situations professionnelles choisies par les deux auteurs – l’employé, l’expert-comptable, le fonctionnaire colonial, l’éducateur ou encore l’urbaniste – ce raffinement dans la morale individuelle au plus près des pratiques des actifs est censé répondre à une demande des laïcs (« Plus vous descendrez dans les catégories spécialisées », écrit l’un d’eux à Suavet, « plus vous serez utile ») mais correspond aussi à une spécialisation et une technicisation accrues des métiers dans le monde du travail, dont les auteurs prennent acte. La dernière partie du livre est consacrée aux « examens collectifs » : elle s’adresse aux groupes constitués que sont les « peuples occidentaux ou privilégiés », les « peuples en voie de développement », les « peuples sous-développés », les « peuples bellicistes » et les « résistants ». L’ouvrage est réédité et très rapidement traduit en allemand, italien et espagnol. Il est présenté par Lebret au Brésil en 1953 et joue un rôle dans l’amorce d’un processus d’engagement de la Jeunesse universitaire catholique nationale.
En 1966, Thomas Suavet doit à regret laisser son poste d’aumônier des Sœurs de la Seds à un prêtre du diocèse. Il paie des relations parfois tendues avec le clergé local très éloigné des préoccupations de l’équipier « Économie et Humanisme ». Dès lors, il partage son temps entre Caluire et le Maroc. Il passe l’hiver à Meknès, où il enseigne l’économie au lycée ainsi qu’au collège des Sœurs franciscaines. Il se lie d’amitié avec Jean Chabbert, alors archevêque de Rabat, ville dans laquelle il a aussi vraisemblablement enseigné. L’été, il rentre en France rejoindre l’équipe centrale d’Économie et Humanisme. Sa santé est très fragile. Il doit s’astreindre à des séances d’élongation de sa colonne vertébrale en s’allongeant sur une planche et ne peut pas conduire une voiture. Il est régulièrement hospitalisé, comme en mai 1967. Bien qu’Albert Luchini déplore à cette date, dans une lettre au père provincial, « un équipier de plus hors de course à Économie et Humanisme », le moral de Suavet reste pourtant « excellent ».
En 1970, il revient à Aix où il loge à la Direction des œuvres de l’archevêché en compagnie de plusieurs prêtres diocésains. Il est un conseiller écouté des lycéens et étudiants du Foyer Saint-Luc, situé à proximité. En juin 1974, il célèbre une messe de fête, dans l’Essonne, à Montgeron (où sa famille avait emménagé à la fin des années 1920), en l’honneur de sa nièce Françoise, fille de Renée Prochasson, qui prononce ses vœux perpétuels au couvent des Servantes du Sacré-cœur. En septembre de la même année, sa mère décède. En décembre, atteint à nouveau d’une pleurésie, il est hospitalisé à Marseille. Il revient quelques jours à Aix avant d’être à nouveau admis en urgence à l’hôpital Salvator. Il y décède le 11 janvier 1975. Il est inhumé à Montgeron.