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Le Stabat Mater de l’Abbé Combalot « Une Mère désolée debout au pied de la Croix » :

Stabat Mater
Une Mère désolée,
Debout au pied de la Croix,
Tenait son âme collée
Aux bras sanglants de ce bois.
Et dans sa douleur profonde,
En contemplant son cher Fils,
Au Sang versé pour le monde
Mêlait ses pleurs et ses cris.

Cujus animam gementem
De son âme gémissante,
Comment peindre le malheur ?
De cette Mère mourante
Qui sondera la douleur,
Lorsque la pointe acérée
D’un fer barbare et cruel
Perçant la Vierge sacrée
Abreuve son cœur de fiel ?

O quâm tristis et afflicta
Un océan de tristesse
Vient l’inonder de ses flots,
Pour la douleur qui l’oppresse
Les Anges ont des sanglots.
Sur cette Mère héroïque
Comment ne pas s’attendrir
Quand la mort d’un Fils unique
Mille fois la fait mourir ?

Quae moerebat et dolebat
La frayeur trouble son âme,
Ses maux, ses déchirements,
A l’amour qui seul l’enflamme
Mêlent de cruels tourments.
L’inexprimable supplice
D’un Fils par elle adoré
Verse un douloureux calice
Au fond d’un cœur ulcéré.

Quis est homo, qui non fleret
Quand un homme impitoyable
Du marbre aurait la froideur,
Cette Vierge inconsolable
Saurait attendrir son cœur.
La douleur de cette Mère
Mourante au pied d’un gibet,
Peut, aux tigres de la terre,
Des pleurs donner le secret.

Quis posset non contristari
En partageant le martyre
De Jésus mourant pour nous,
Marie à ses pieds expire
Et succombe sous ses coups.
Le sang du Christ est un fleuve
Qui doit noyer le péché,
Et le Calvaire s'abreuve
Des pleurs qui l’ont arrosé.

Pro peccatis suæ gentis
Cette adorable Victime
Se résignent à ses maux,
Offre sa douleur sublime
Pour un peuple de bourreaux ;
En voyant sa chair meurtrie
Par ces tigres inhumains,
La douloureuse Marie
Presse la croix de ses mains.

Vidit suum dulcem Natum
Elle voit ce Fils aimable
Sur le pressoir de la mort,
Versant son sang adorable
Pour réparer notre sort.
Mais quand Jésus-Christ succombe
Aux tourments du Golgotha,
La croix sembla ouvrir sa tombe
A la Vierge de Jude ;

Eia, Mater, fons amoris ;
De votre douleur immense
O Mère du pur amour !
Faites sentir l’influence
A mon cœur en ce saint jour.
Donnez-moi le don des larmes
Pour que je pleure avec vous,
Je veux par ces seules armes
Du ciel calmer le courroux.

Fac ut ardeat cor meum
Faites que mon cœur s’allume
Au feu de la charité ;
Adoucissez l’amertume
Des maux qui l'ont irrité.
De Jésus, mon divin frère,
Faites-moi suivre les pas,
Mon bonheur est de lui Plaire,
De l’aimer jusqu’au trépas.

Sancta Mater, istud agas
Percez-moi, Mère divine,
Des stigmates de Jésus,
Enfoncez dans ma poitrine
La croix du Dieu des vertus.
Fixez-moi sur le Calvaire
Où votre Fils veut mourir,
Sa tombe est un sanctuaire
Où je veux m’ensevelir.

Tui nati vulnerati
Les innombrables blessures
Dont ce cher Fils est percé,
Les cruelles déchirures
De son corps ensanglanté,
Du cœur sacré de Marie
Font un abîme de maux ;
Mais sa sanglante agonie
Adoucit tous mes travaux.

Fac me tecum pie flere
Je veux que mon cœur s’épuise
Par d’intarissables pleurs
Lorsqu’en deux flots se divise
La fontaine des douleurs.
Le sang de Jésus mon frère
Coule sur le genre humain
Et les larmes de sa Mère
Suivent le même chemin.

Luxta crucem tecum stare
Le Calvaire est la demeure
Où je voudrais habiter ;
A la croix où Jésus pleure
Je veux aller m’abriter.
Les larmes et la souffrance
De la Mère du Sauveur
Ouvrent à la confiance
Mes yeux, mon âme et mon cœur.

Virgo virginum præclara
C’est vers la montagne sainte
Que s’élèvent mes soupirs,
La croix dissipe ma crainte,
Elle apaise mes désirs,
Et la Vierge débonnaire
M’unissant à ses langueurs,
M’enseigne que pour lui plaire
Je dois vivre dans les pleurs.

Fac ut portem Christi mortem
Je veux porter sur ma tête
Le diadème sanglant
Je veux me faire une fête
De suivre Jésus mourant.
Dans le creux de ses blessures
J’irai me réfugier,
Pour échapper aux morsures
Dont Satan veut m’accabler.

Fac me plagis vulnerari
Que les enfants de la terre
S’enivrent aux vains plaisirs,
Je veux aller au Calvaire
Etancher tous mes désirs.
Les profondes cicatrices
De Jésus crucifié
Versent des flots de délices
De mon cœur rassasié.

Flammis ne urar succensus
Si les terreurs éternelles
D’un Dieu par mon cœur trahi
Aux assises solennelles
Ne me laissaient point d'abri,
Dans le manteau d’une Mère,
Je saurais m’envelopper,
Elle me dirait : Espère,
J’ai souffert pour te sauver.

Fac me cruce custodiri
La croix gardera ma tombe
Elle éclairera mon berceau,
A ses pieds quand on succombe
De nos jours c’est le plus beau.
Quand la Reine de la grâce
Daigne à son tour nous bénir,
Son amour brûle la trace
D’un coupable souvenir.

Quando corpus morietur
Quand ma dépouille funèbre
Descendra dans le cercueil,
Faites qu’alors on célèbre
La fin de mon triste deuil.
Qu’aux hymnes de la victoire
Je puisse au ciel aborder,
Afin qu’un fleuve de gloire
Vienne à jamais m'inonder.

Ainsi soit-il.


Abbé Théodore Combalot (1797-1873) – « Cantiques nouveaux à l'honneur de la Très-Sainte Vierge », pages 7-12, J.- B. Pélagaud et Cie (1849)

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Voir également de l’Abbé Théodore Combalot :
La Prière de l’Abbé Combalot « Ô Douce Reine de l'univers, sauvez-nous de la barbarie »
La Prière de l’Abbé Théodore Combalot « Bénissons en ce jour la Mère du Dieu d’Amour »
Le Cantique de l’Angélus de l’Abbé T. Combalot « Ô Marie, le Décret du Seigneur veut que Vous soyez Mère »
Le Magnificat de l’Abbé Combalot « Magnificat anima mea Dominum »
Le Stabat Mater de l’Abbé Combalot « Une Mère désolée debout au pied de la Croix »