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La Prière du soir du Père Anizan à Marie « Mère, je viens à Tes pieds finir cette journée » :

« Encore un de mes jours envolé comme une ombre ...
Mère, encore un soleil qui ne brillera plus,
Et qu'il faut ajouter à la liste sans nombre
Des soleils et des jours à jamais disparus.

Je ne les compte point : le chêne qui s'effeuille
Et qui pressent déjà le printemps approcher
Compte-t-il les rameaux que l'orage lui cueille
Pour les semer, de-ci, de-là, par le sentier ?

Sur le vaste océan la rapide hirondelle
Compte-t-elle, en partant chercher des jours plus beaux,
Les plumes que le vent arrache de son aile
Et qui s'en vont flotter sur le cristal des eaux ?

Moi je m'envole aussi vers une autre patrie,
Et j'espère un printemps qui doit durer toujours.
Mère, qu'importe donc que j'effeuille ma vie,
Qu'importent le grand vent, et l'orage, et mes jours ?

Et je viens à Tes pieds finir cette journée
Pour que son souvenir, en renaissant parfois,
Soit un soleil d'hiver à mon âme fanée,
Quand je ne vivrai plus que des jours d'autrefois.

Mère, il fait bon prier devant Ta douce Image !
Quand je suis à genoux, les yeux fixés sur Toi,
Tu me parles, j'entends Ton suave Langage,
Puis, je me sens pleurer, et je ne sais pourquoi...

Je suis heureux pourtant ... Quand je T'ai dit : Je T'aime,
Quand mon regard se lève et cherche ton Regard ;
A travers le vitrail lorsque la lune blême
Nous éclaire tous deux de son rayon blafard ;

Quand tout s'endort au loin dans la morne nature,
Quand partout le silence avec l'ombre descend,
Mon âme alors vers Toi monte, paisible, pure,
Et je sens le bonheur m'inonder doucement.

Mère, à mon dernier soir, semblable à la corolle
Qui s'incline vers Toi, ce soir, sur Ton autel,
Oh ! Tourner mon regard vers Ta douce Auréole,
Et m'endormir ... dormir ... sur ton sein maternel ».

Ainsi soit-il.


Père Jean-Émile Anizan (1853-1928)

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Le Père Jean-Émile Anizan est né à Artenay (près d'Orléans) en 1853. Il a fondé la Congrégation religieuse des Fils de la Charité pour l'évangélisation des quartiers populaires à la périphérie des grandes villes. D'abord Prêtre dans le diocèse d'Orléans, il entre dans la Congrégation des Frères de Saint-Vincent-de-Paul. Il est envoyé en mission à Sainte-Anne de Charonne à Paris. Élu en 1907 Supérieur de la congrégation, il fait face à une grande crise qui l'oblige à quitter la Congrégation en 1914. Il part alors comme Aumônier volontaire à Verdun. Plus tard, à la demande du Pape Benoît XV, il fonde la Congrégation des Fils de La Charité le 25 décembre 1918. Il meurt à Paris le 1er mai 1928.


Voir également du Père Jean-Émile Anizan :
La Prière du Père Jean-Émile Anizan « Mon Dieu, vos Désirs sont mes désirs »
La Prière du soir du Père Anizan à Marie « Mère, je viens à Tes pieds finir cette journée »