Christ-de-Limpias-Espagne.jpg

La Prière du R. P. Claude de Lingendes « Seigneur, regardez le Visage de votre Fils, qui Vous a été obéissant jusqu'à la mort » :

« Seigneur, regardez le Visage de votre Fils, qui Vous a été obéissant jusqu'à la mort, ne détournez pas Vos yeux de dessus Ses cicatrices, et souvenez-Vous toujours de la satisfaction que Vous avez bien voulu recevoir de Lui pour nos péchés. Ah ! Que je voudrais que Vous missiez dans une balance les péchés qui nous ont attiré Votre colère et les peines que Votre innocent Fils a endurées pour nous : je sais bien qu’elles l'emporteraient sur notre iniquité, et que cette expiation mérite que Vous nous regardiez avec les yeux de votre Miséricorde. Ô Père éternel, que toutes les langues s'emploient pour Vous rendre continuellement des grâces, pour la Bonté excessive dont Vous avez usé envers nous : Vous n'avez pas épargné votre Fils unique, Vous L'avez livré à la mort pour nous sauver; c'est Lui qui intercède et qui nous sert d'avocat auprès de Vous. Ô bon Jésus, comment Vous pourrai-je témoigner les reconnaissances qui Vous sont dues ? Moi qui ne suis qu'une misérable créature, qui ne suis que terre et poussière, pouviez-Vous faire quelque chose de plus pour mon salut ? Vous Vous êtes plongé tout entier dans le bain de votre Passion pour m'en retirer ; ces eaux amères sont entrées jusque dans Votre âme, afin de me procurer un bonheur éternel. Qu'est-ce que l'homme Vous saurait donner, pour reconnaître dignement une si haute faveur ? Quand je pourrais Vous donner le ciel cl la terre, et tout ce qu'ils contiennent, je ne m'acquitterais jamais de la moindre partie de mes obligations. Ô mon Sauveur, tout ce que je dois et tout ce que je puis faire ne peut venir que de Vous ; il faut Vous aimer de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces ; il faut suivre les traces que Vous nous avez laissées, puisque Vous avez bien daigné mourir pour nous. Et à présent, ô mon divin libérateur, je Vous adore comme un véritable Dieu, je me confie et j'espère en Vous, je ne soupire que pour Vous. Assistez-moi, s'il Vous plaît, de vos Grâces, je me repose entièrement sur ces glorieuses marques de votre Passion, par lesquelles Vous avez opéré ma félicité. J'adore Votre sacré Nom, l'étendard royal de votre Croix ; j'adore Votre couronne d'épines, Vos clous encore tout rouges de sang, la lance qui a percé ce sacré Côté, Vos plaies, Votre précieux Sang, Votre mort, Votre sépulcre. Ô Tête adorable de mon Jésus, Vous étiez bien digne d'une meilleure couronne ! Ô Face que les anges révèrent ! Ô Yeux ! Ô Lumière, qui a pu Vous éteindre ! Ô Joues aimables ! Ô Lèvres ! Ô Bouche divine ! Quel changement ! Où est cette couleur, cet éclat et cette beauté ? Est-ce Vous qui êtes appelé « Speciosus prae filiis hominum ». Quoi ! C’est moi qui ai péché dans tous mes membres, et pour satisfaire à mes fautes, Vous voulez souffrir en tous les Vôtres ? J'ai péché par mes yeux et par mon cœur : il faut donc que j'implore les mêmes membres, par lesquels Vous avez voulu satisfaire pour nos crimes. Puisque je me trouve au trône de la grâce, j'y comparais aujourd'hui comme coupable de tous les péchés, je viens pour recueillir les fruits de cette satisfaction, je ne saurais nier que je ne sois complice de cette mort, et je ne refuse pas aussi d'en porter la peine, puisque je suis coupable ; mais parce que Vous avez si bien satisfait pour moi, que Vous m'avez délivré de la peine et de la coulpe, je me soumets volontiers à une chose, qui est de participer à votre Passion durant toute ma vie. Je dis, avec votre serviteur Saint Bernard : « Seigneur, écoutez ma voix, et mettez sur mes épaules votre douce Croix, qui est un fruit de vie pour ceux qui la prennent ». Oui, Seigneur, chargez-moi les épaules de cette divine Croix, attachez-y mes mains et mes pieds, et me conformez entièrement à cet état où nous Vous voyons. Pour moi j'y veux attacher ma droite avec le clou de la justice, et ma gauche avec celui de la tempérance. Et afin que j'aie quelque ressemblance avec Votre chef adorable, je Vous supplie de me donner quelque componction et quelque sentiment de pénitence. Faites que j'aie compassion des pauvres, que je n'embrasse que ce qui est équitable, et que je Vous regarde comme un Port assuré après toutes les tempêtes de cette misérable vie ».

Ainsi soit-il.


R. P. Claude de Lingendes (1591-1660) - « Sermon sur les Évangiles du Carême pour le Vendredi Saint » dans la Collection intégrale et universelle des Orateurs sacrés de Jacques-Paul Migne, tome II, pages 472-473, aux Ateliers Catholiques, 1863

Claude-de-Lingendes.jpg