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La Prière pour régler ses sens et sa langue par la raison « Ô Seigneur, apprenez-moi et à parler et à me taire en mettant une sûre garde à ma bouche et une porte à mes lèvres » de Dom Robert Morel :

Puis-je assez reconnaître, ô mon Dieu, la Grâce que Vous m'avez faite de me donner une âme spirituelle, raisonnable, capable de Vous connaître, de Vous aimer, et de me conduire ? Mais puis-je aussi assez déplorer le peu d'usage, ou plutôt l'abus que j'ai fait d'un Don si précieux et si excellent. J'ai reçu mon âme en vain, parce que je n'ai pas vécu en homme raisonnable, et que je ne me suis pas conduit selon la raison, mais selon les sens. Vous m'aviez fait un honneur qui m'élevait au-dessus de toutes les choses sensibles, m'égalait aux Anges et me rendait semblable à Vous ; mais par un aveuglement qui a été une suite de mon élévation, je me suis dégradé et avili moi-même jusqu’à devenir semblable aux bêtes, en me bornant comme elles à des biens sensibles, menant une vie toute charnelle et toute animale, et poussant souvent la brutalité plus loin que les bêtes mêmes. Mais si l'honneur que Vous m'avez fait m'a aveuglé et m'a été une occasion de me méconnaître, faites que l'abjection où je me suis réduit m'ouvre les yeux, et m'apprenne ce que je Vous dois pour m’avoir fait d'une nature si noble, et ce que je me dois à moi-même pour avoir dégénéré et être déchu de cette noblesse.

En me donnant une âme spirituelle, Vous l'avez placée entre Vous et mon corps ; afin qu'elle Vous obéisse, et qu'elle lui commande. Faites, je Vous prie, qu'elle se tienne dans la situation où Vous l'avez mise, demeurant toujours dans un état de soumission par rapport à Vous, et de supériorité par rapport à lui. Soyez toujours le Maître de mon âme et de toutes ses puissances ; mais faites qu'elle soit toujours maîtresse de mon corps et de tous mes sens, qu'elle en règle l'usage, qu'elle en modère la vivacité, qu'elle en corrige les dérèglements, qu'elle les tienne dans le devoir, et dans une exacte discipline : car sa vie, son bonheur, son Salut consiste à dépendre de Vous, et à dominer sur eux, à porter Votre joug, et à leur faire porter le sien ; à Vous servir librement, et à les tenir dans la servitude ; à les régler par la raison, et à régler sa raison par la Vôtre. Le monde n'appellera pas vivre que de se mortifier ainsi, mais qui dois-je écouter plutôt, ou le monde qui ne connaît point d'autre vie que celle de la chair, ou votre Apôtre, qui dit que c'est mourir que de vivre selon la chair, et vivre que de la mortifier par votre Esprit ? Ah ! Seigneur, je n'ai que trop écouté le monde, et vécu selon les sens : n'est-il pas temps que je vive en homme raisonnable, et en Chrétien. S'il faut mourir pour cela à ma chair et à mes sens, heureuse mort qui m'est commune avec tous les Justes, et qui me procure la véritable Vie.

Que je meure, ô mon Dieu, de la mort des Justes, et que ma fin soit semblable à la leur. Mais pour mourir comme ils meurent, que je vive aussi comme ils vivent. Ils portent jour et nuit dans leur corps la Mortification de Jésus mon Sauveur, et leur vie est une vive expression et un fidèle retracement de la Sienne. Or qu'est-ce qu'exprimer et retracer Sa vie, sinon mener comme Lui une vie dure, pénitente, mortifiée ? Vivre dans une privation générale des plaisirs des sens, des douceurs de la vie, des consolations humaines ; se renoncer, se combattre, se mortifier continuellement ; porter sa Croix tous les jours, et la porter jusqu’à la fin ? Vous êtes un homme de douleur, ô mon Sauveur, et ceux qui aiment les plaisirs n'ont rien de commun avec Vous, ni dans le temps, ni dans l'éternité ; Vous les regardez comme des étrangers, des maudits, des réprouvés. Pour avoir part avec Vous et Vous appartenir, il faut, dit votre Apôtre, avoir crucifié sa chair, réprimé ses désirs déréglés, et dompté ses passions. Mais si c'est à cette marque que l'on connaît Vos serviteurs et Vos disciples, quelle part y puis-je prétendre, moi qui ne sais ce que c'est que ce Crucifiement ? Qui ne refuse rien à mes sens ; qui n'ai que du penchant pour ce qui leur plaît, de l'éloignement pour ce qui les mortifie ; et qui n'aime rien tant que la joie, les plaisirs, et les divertissements ? Ah ! Seigneur, imprimez en moi le caractère de ceux qui sont à Vous en me donnant un peu de cet Amour que Vous avez toujours eu pour la Croix, et de ce mépris que Vous avez toujours fait paraître pour tout ce qui peut flatter ou contenter les sens.

Qui ne meurt pas à la vie de la chair mourra à Celle de l'Esprit et de la Grâce. Qui vit maintenant selon les sens sera éternellement la proie de la mort et la victime de Votre colère. C'est le différent usage des sens qui fait la différence des brebis et des boucs ; de ceux qui auront la vie pour partage, et de ceux qui feront le partage de la mort. Les Justes font de leurs sens des portes de vie, et de justice par le Saint usage qu'ils en font, veillant sans cesse à leur garde, les fermant à tout ce qui pourrait les séduire et les corrompre ; et Vous les consacrant par la pratique de la pénitence et des bonnes œuvres. Mais les méchants en font des portes de mort et des instruments de péché, les ouvrants à tous les objets qui leur plaisent, et qui flattent leur cupidité ; et les faisant servir à contenter leurs passions, et à accomplir leurs mauvais désirs. C'est là, mon Dieu, l'usage le plus ordinaire que j'en ai fait, et pourquoi je ne cesserai d'implorer votre Miséricorde. Hélas ! Combien de fois la mort est-elle entrée dans mon âme pour ne lui en avoir point fermée l'entrée par la mortification de mes sens ? Mais combien de fois suis-je allé la chercher pour ainsi dire, en sortant de moi-même, et me répandant sans précaution dans les objets qui étaient capables de me la donner ? Faites, Seigneur, que le passé me serve de leçon pour l'avenir, et que les pertes que j'ai faites par la trop grande liberté que j'ai donnée à mes sens, me rendent plus vigilant à les garder, et plus exact à les mortifier.

Pourrais-je rappeler maintenant devant Vous, mon Dieu, ce nombre inique de fautes que j'ai commises par le mauvais usage de la vue ? Tous les regards légers, curieux, malins, dangereux, criminels ; et toutes les suites de ces regards ? Quand mes yeux comme ceux du Prophète se fondraient en larmes, et qu'ils en verseraient des ruisseaux, en répandraient-ils assez pour effacer tous les péchés dont ils ont été les instruments, et pour laver toutes les impuretés dont ils ont souillé mon âme ? Vous me les aviez donné pour me servir comme de sentinelle pour veiller à ma sûreté ; comme de flambeau pour éclairer tous mes pas ; et comme de moyens pour m'élever à Vous par la vue de Vos ouvrages ; et ils n'ont servi qu'à me surprendre, à me faire tomber, et à m'éloigner de Vous. Ah ! Seigneur, faites que je les perde plutôt que d'en faire désormais un usage si contraire et à Vos intentions, et à mes devoirs.

Je ne Vous demande pas seulement avec un de Vos serviteurs, que Vous ne me donniez point des yeux altiers et élevés ; mais je Vous prie encore de m'ôter la légèreté, la vivacité, la curiosité, la malignité, et tous les autres défauts des miens. Hélas ! Comment puis-je avoir des yeux altiers, moi qui ai de si grands sujets de vivre dans l'humiliation ? Depuis que j'ai péché contre le Ciel, je n'ai plus de droit d'y lever les yeux : mon partage doit être de regarder la terre, non pas pour y attacher mon cœur, mais pour y étudier ce que je suis, en considérant ce que j'ai été et ce que je deviendrai ; d'où je suis sorti, et où je retournerai. Si j'avais mes péchés et le compte que j'en dois rendre, aussi présent que je les devrais avoir, la honte et la crainte que ce double souvenir produirait en moi serait comme un double poids qui me tiendrait courbé vers la terre, et qui réprimerait la fierté et la vivacité de mes yeux. Mais comment puis-je leur donner la liberté de tout voir, et de contenter leur curiosité aux dépens de tout ? Qu'il me souvienne combien il en a coûté à votre Prophète, à la fille de Jacob, à notre première Mère, pour avoir contenté la leur, et que la chute des forts me fassent craindre pour ma faiblesse. Hélas ! L’expérience que j'en ai déjà faite tant de fois, ne devrait-elle pas suffire pour m'empêcher de la mettre encore à l'épreuve, et pour me faire faire un pacte inviolable avec mes yeux, de ne regarder jamais rien qui puisse intéresser mon innocence.

Quoique je ne me sente pas si coupable dans l'usage de l'ouïe par rapport au plaisir que j'ai pris à entendre des sons agréables, je ne puis pas dire que je sois innocent sur cela, puisque j'ai trop aimé ce plaisir, et que je n'ai pas eu soin de Vous le rapporter, et de m'en servir pour m'élever à Vous. Mais combien me sens-je éloigné de la disposition de vos Saints, qui n'entendaient qu'avec quelque crainte le chant mélodieux des Psaumes, et qui se reconnaissaient criminels si le chant leur avait plus fait de plaisir que les Psaumes mêmes ? Mais quel sujet n'ai-je pas de gémir devant Vous pour avoir écouté tant de fois avec plaisir des discours flatteurs, médisants, railleurs, bouffons, libres, irréligieux, que je ne pouvais entendre ainsi sans pécher contre l'humilité, la charité, la modestie, la gravité, la pudeur, et la piété. Ah ! Seigneur, que je paierai cher le plaisir que je me suis donné, ou la complaisance que j'ai eue pour les autres, en écoutant ces sortes de discours, si vous ne me faites Miséricorde ? Mais quand je n'aurais à me reprocher touchant l'usage de l’ouïe que mon peu de soin à réprimer cette démangeaison effroyable que j'ai presque toujours eue de tout savoir, n'aurais-je pas bien lieu de m'humilier devant Vous et d'implorer votre Clémence ? Hélas ! J’ai été jusqu’à présent comme ces Athéniens, dont parle votre Écriture, qui n'étaient occupés depuis le matin jusqu’au soir qu'à dire ou entendre quelque chose de nouveau ; et de là quelle oisiveté, quelle perte de temps, quelle dissipation d'esprit, quelle sécheresse de cœur, quelles inquiétudes ? Je me trompe moi-même, ô mon Dieu, si je prétends me contenter en accordant à mes yeux et à mes oreilles la liberté de tout voir et de tout entendre. Ce n'est pas en les ouvrant à tous les objets qui se présentent ; mais en les fermant à tous ceux qui peuvent blesser ma conscience et troubler son repos, que je trouverai le bonheur que je cherche. Tournez, Seigneur, vers Vous et vers Votre Loi toute ma curiosité, et mon cœur sera en Paix.

Votre serviteur Augustin en exposant à Vos yeux les dispositions de son âme ; Vous disait, que quant à l'odorat, il était peu touché du plaisir de sentir les odeurs agréables, qu'il ne les recherchait point ; mais que quand il s'en présentait il ne les rejetait point, en usant sans attachement, et en souffrant la privation sans peine. Pour moi je suis obligé de reconnaître devant Vous mon Dieu, que j'ai été fort sensible à ce plaisir, que j'ai toujours beaucoup aimé les odeurs agréables, et fui les désagréables. Il semble pourtant que par votre Miséricorde, je suis maintenant prêt comme lui, à m'en priver pour toujours. Mais j'ai sur cela encore plus sujet que lui de me défier de moi-même, de crainte que mon cœur ne démente mon esprit, et que Vous ne voyez en moi ce que je n'y voie pas. Otez-moi, je Vous prie, jusqu’à la racine, l'amour d'un plaisir qui ne convient qu'à des âmes efféminées. Faites que je n'aime que l'odeur de Vos parfums, l'exemple de vos Vertus. Les odeurs du siècle amollissent et corrompent les âmes, les Vôtres les fortifient et les Sanctifient.

Une des plus fâcheuses nécessités de la vie, et qui fait le plus gémir vos Saints, c'est celle d'être obligé de prendre tous les jours de la nourriture, parce qu'étant indispensable, et se trouvant accompagnée d'un plaisir auquel il est difficile de ne se point arrêter, ils se voient chaque jour en danger de Vous déplaire, ce qui est pour eux la chose du monde qu'ils craignent le plus. Pour moi, je devrais d'autant plus gémir de cette nécessité, qu'elle me plaît davantage, et que je me sens éloigné sur cela des sentiments des Saints car ce qui fait leur peine fait mon plaisir ; ils vont à la table comme au supplice, et j'y vais comme à un exercice agréable et délicieux. Ils y sont toujours attentifs sur eux-mêmes, toujours en garde contre le plaisir du goût, toujours exacts à ne prendre que le nécessaire, à garder les règles de la tempérance et de mortification ; et à n'user des aliments que comme on use des remèdes, et moi j'y suis sans attention, sans circonspection, sans règle, sans mesure. Enfin ils sanctifient leurs repas par le recueillement, leur piété, leur reconnaissance ; nourrissant leur âme aussi bien que leur corps, et Vous rapportant tout, Vous rendant grâces de tout ; et je m'y comporte d'une manière toute humaine, toute animale, toute charnelle, donnant tout au corps, et rien à l'âme ; usant de Vos biens sans Vous en rendre grâces, et sans penser à Vous. Seigneur qui voyez ma faiblesse ayez-en pitié. Réprimez cette ardeur et cette insatiabilité que j'ai par rapport à la nourriture qui périt, et augmentez en moi le goût et la faim de Celle qui demeure.

Je ne rappelle point devant Vous, mon Dieu, les péchés où je suis tombé par le mauvais usage du toucher, de peur qu'en renouvelant le souvenir des blessures que je me suis faites, je ne m'en fasse de nouvelles ; mais puis-je oublier combien je suis redevable à votre Miséricorde de ne m'avoir pas abandonné à mon funeste penchant. Hélas ! Où ne m'aurait-il pas précipité, si vous n'aviez eu soin de percer ma chair de votre crainte, et d'éloigner de moi les occasions qui auraient été capables de me perdre. Continuez-moi, je Vous prie, jusqu’à la fin votre Protection et votre Secours. Éloignez de moi l'amour de la vie molle et voluptueuse, et inspirez-moi celui de la vie dure et pénitente. Faites que je regarde comme un poison dangereux tout ce qui flatte la chair, et comme un remède salutaire et nécessaire tout ce qui la mortifie. Le toucher est un sens général, dont l'organe est répandu dans tout le corps ; il faut donc mortifier tout le corps, parce que c'est un corps de péché, et qu'il n'y en a pas une partie qui ne soit déréglée, et qui n'ait besoin de mortification. Vous l'avez déjà mortifié ce corps de péché en l'attachant à la Croix avec Vous, mon Sauveur, et nous n'avons qu'à continuer et à achever en nous-mêmes cette mort et ce crucifiement ; mais c'est votre Croix seule qui peut nous les mériter, et votre Esprit seul qui peut l'opérer en nous.

Quand je me serais rendu le maître de mes sens, je ne serais pas encore fort avancé si je me laissais dominé par ma langue, puisqu’elle peut me faire commettre elle seule plus de péchés que tous mes sens ensemble. Qui ne fait point de faute en parlant, dit un de vos Apôtres, est un homme parfait ; mais qui abandonne sa langue à elle-même en fait une source intarissable de crimes, et un monde d'iniquité. Rien ne m'importe tant que de bien gouverner ma langue, puisque ma vie, ou ma mort, mon Salut, ou ma condamnation en dépendent ; mais rien ne m'est plus difficile que de la bien gouverner ; car, comme le remarque le même Apôtre, il n'y a point d'animal moins disciplinable, de mal plus inquiet et plus fâcheux, de venin plus dangereux et plus mortel. Vous seul, mon Dieu, pouvez dompter sa férocité, arrêter son inquiétude, guérir sa corruption et son venin. Mettez, je Vous prie, une sûre garde à ma bouche et une porte à mes lèvres. Apprenez-moi et à parler et à me taire, et rendez-moi si attentif, si vigilant, si circonspect, que je ne parle et que je ne me taise jamais contre mon devoir.

Quel sujet de trembler n'ai-je pas à la vue de tant de péchés que mon peu d'attention sur moi-même m'a fait commettre en parlant, et du danger où je suis exposé d'en augmenter chaque jour le nombre ? Hélas ! Si les Saints malgré toute leur vigilance ne laissent pas de péchés par la langue, dans quel abîme de maux ne me précipitera pas l'intempérance de la mienne, si je m'endors à son égard ? Il faut donc qu'à l'exemple de votre Prophète je dise en moi-même : J'observerai avec soin mes voies afin que je ne pèche point par ma langue. Mais, hélas ! Seigneur, combien de fois l'ai-je dit, l'ai-je résolu ? Combien de fois Vous l'ai-je promis sans que ni mes résolutions, ni mes promesses, ni même mes chûtes m'aient rendu plus sage et plus circonspect ? Je n'oserais plus ni dire, ni Vous promettre que je m'observerai avec plus d'attention, et que je veillerai avec plus de soin sur mes paroles, ou si je le dis, si je Vous le promets, c'est en m'humiliant devant Vous, en reconnaissant ma faiblesse et le besoin que j'ai de votre Secours, et en Vous priant de me rendre fidèle à ma parole et à mes promesses.

Si je pensais bien au tort que je me fais en me répandant en des discours inutiles, et au compte que j'en dois rendre, j'aurais autant d'empressement pour me taire, que j'en ai pour parler. Hélas ! Quels biens ne perdrai-je pas, et dans quels maux ne me précipitai-je pas par ces épanchements ? Oh ! Que j'achète cher et que je paierai longtemps la vaine satisfaction que je me donne ? C'est par là que j'éloigne de moi l'esprit de prière, de recueillement, de componction ; que mon cœur se dissipe, se vide, se sèche, se souille, se ralentit, que je me rends indigne, et que je me prive de Vos consolations et de Vos visites ; or qui peut exprimer quelles sont ces pertes. Je compte pour rien le temps que je consume en de vains entretiens ; mais Vous le comptez pour beaucoup, et Vous en punirez bien rigoureusement la perte. Ô précieux moment dont je ne connais pas le prix ! Je Vous perds maintenant en paroles inutiles ; mais je regretterai et je pleurerai éternellement cette perte sans pouvoir jamais la réparer.

Donnez-moi, je Vous prie, Seigneur, pour le silence toute l'estime, tout l'amour, tout le zèle que je dois avoir. Faites que je le regarde comme le remède le plus souverain que je puisse employer contre l'intempérance de ma langue, comme la digue la plus forte que je puisse opposer à son impétuosité ; comme le fort plus propre à me mettre à couvert de ses traits, et de ses attaques ; comme la meilleure école où je puisse apprendre à régler ma langue, et à parler comme il faut. Faites que sous la direction de votre Esprit j'y apprenne à parler peu ; mais à dire beaucoup de choses en peu de mots ; à ne dire jamais rien qui ne soit raisonnable, juste, à propos ; à assaisonner toutes mes paroles du sel de la discrétion en les proportionnant aux choses, aux temps, aux lieux, aux personnes ; à rendre toutes mes conversations chrétiennes, en bannissant tout ce qui peut intéresser ou la vérité, ou la charité, ou l'humilité, ou la piété, ou la pureté, n'y parlant jamais de moi-même qu'avec modestie, ni des autres qu'avec charité ; les remplissant de discours Saints et édifiants ; et parlant toujours comme si Vous parliez par ma bouche.

Ainsi soit-il.


Dom Robert Morel (1653-1731) – « Entretiens Spirituels en forme de Prières pour servir de préparation à la mort », Prière pour régler ses sens et sa langue par la raison, p. 114-132, chez Jacques Vincent (1746)

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Voir d’autres Prières pour régler ses sens et sa langue par la raison dans « Toutes les Prières sur la Volonté de Dieu », dans « Toutes les Prières sur la Repentance », dans « Toutes les Prières sur la Pénitence » et dans « Toutes les Prières sur le Silence » (plus d’une centaine)

Voir également de Dom Robert Morel (o.s.b.) :
- La Prière pour régler sa vie Chrétiennement sur les Exemples de Jésus-Christ « Seigneur, faites-moi vivre Saintement comme vivent ceux qui se disposent à bien mourir » de Dom Robert Morel
- La Prière pour régler sa vie Chrétienne sur Celle de Jésus-Christ « Ai-je jamais bien compris ce que c'est que d'être Chrétien, et ce qu'il faut faire pour en mériter le Nom, et pour en remplir les devoirs ? » de Dom Robert Morel
- La Prière pour vivre de la Foi Chrétienne « Seigneur, augmentez en moi la Foi que Vous m'avez donnée » de Dom Robert Morel
- La Prière pour être Fidèle à nos devoirs de Chrétien « Soutenez-moi, mon Dieu, dans la Volonté que Vous me donnez de Vous être plus fidèle » de Dom Robert Morel
- La Prière pour toujours vivre en la Présence de Dieu « Ô mon Dieu, votre Providence nous rappelle sans cesse votre Présence dans notre vie » de Dom Robert Morel
- La Prière pour réparer et recouvrer la Grâce de Dieu « Donnez-moi, Seigneur, ce cœur diligent, humble, reconnaissant qu'il faut avoir pour conserver et pour recouvrer votre Grâce » de Dom Robert Morel
- La Prière pour nous purifier de nos souillures « Ô mon Sauveur, que de Sang n'avez-Vous pas répandu pour nous laver et nous purifier des souillures de notre origine » de Dom Robert Morel
- La Prière pour guérir les plaies et les maladies de l’âme « Apprenez-moi, Seigneur, ce que je dois faire pour guérir mon âme et rendez-moi fidèle à observer ce que Vous m'en aurez appris » de Dom Robert Morel
- La Prière pour s’acquitter de toutes nos dettes « Seigneur, faites je ne vienne jamais à bout de m'acquitter parfaitement de Vous payer ce que je Vous dois avant ma mort soit pour mes péchés, soit pour vos Grâces » de Dom Robert Morel
- La Prière sur l’Humilité « Seigneur, rien ne contribue tant à rendre l'orgueilleux humble que l'humiliation » de Dom Robert Morel
- La Prière sur la Pureté « Esprit-Saint, purifiez-moi de toutes mes iniquités » de Dom Robert Morel
- La Prière sur la Sincérité « Ô Dieu de Pureté, rendez-moi pur et sincère » de Dom Robert Morel
- La Prière pour régler ses sens et sa langue par la raison « Ô Seigneur, apprenez-moi et à parler et à me taire en mettant une sûre garde à ma bouche et une porte à mes lèvres » de Dom Robert Morel
- La Prière de soumission à la Volonté du Seigneur « Sauvez-moi, mon Dieu, parce que je suis à Vous » de Dom Robert Morel
- La Prière pour faire la Volonté de Dieu « Ô mon Dieu, mon cœur est préparé soit à tout faire, soit à tout souffrir » de Dom Robert Morel
- La Prière sur la Miséricorde de Dieu « C'est à votre Miséricorde, ô mon Dieu que je suis redevable » de Dom Robert Morel
- La Prière avant la Confession « Seigneur, ouvrez-moi les yeux sur mes péchés » de Dom Robert Morel
- La Prière après la Confession « Faites, Seigneur, que ma Pénitence soit le sacrifice d'un cœur contrit et humilié » de Dom Robert Morel
- La Prière pour les Personnes Malades « Seigneur, faites-moi bien comprendre l'honneur que Vous me faites en me visitant par des maladies » de Dom Robert Morel
- La Prière pour faire un Saint usage de la Santé « Ô Seigneur, Vous seul pouvez donner la Santé à l'âme et au corps parce que Vous seul avez une souveraine Puissance sur l'un et sur l'autre » de Dom Robert Morel
- La Prière pour bien régler son Emploi du Temps « Ô Seigneur, ne permettez pas que je perde Tout en perdant le peu de Temps qui me reste à vivre » de Dom Robert Morel
- La Prière pour se détacher de la vie présente « Détachez-moi, Seigneur de toutes les douceurs de la vie présente, et je n'aurai plus ni de crainte ni d'aversion de la mort » de Dom Robert Morel
- La Prière pour attendre la mort avec Vigilance, Patience et Persévérance « Rendez-moi, Seigneur, vigilant, attentif, pieux et patient pour comparaître avec confiance devant Votre Tribunal à l’heure de ma mort » de Dom Robert Morel
- La Prière pour attendre et recevoir la mort avec Crainte et avec Confiance « Secourez-moi, Seigneur, dans la nécessité où je me trouve de régler ma Crainte et ma Confiance comme il faut » de Dom Robert Morel
- La Prière pour mourir dans un esprit de Pénitence « Ô mon Dieu, c'est la Pénitence qui nous prépare à votre Royaume mais c'est votre Grâce qui prépare nos cœurs à la Pénitence » de Dom Robert Morel
- La Prière pour penser souvent à l'Éternité « Heureux celui qui s'occupe dans le temps de ce qui doit l'occuper dans l'Éternité » de Dom Robert Morel
- La Prière pour soupirer et gémir après la Vie du Ciel « Seigneur, n'est-il pas temps que je vive comme un de Vos enfants et que j'élève mes yeux et mon cœur vers mon Père qui est dans le Ciel ? » de Dom Robert Morel
- La Prière pour éviter l’Enfer « Ah ! Seigneur, ne me réservez pas à ce feu ténébreux » de Dom Robert Morel
- La Prière pour travailler à se procurer un Jugement favorable « Redressez-moi, mon Dieu, changez-moi et convertissez-moi de telle sorte que je puisse attendre votre Jugement avec confiance et même Le souhaiter avec sincérité » de Dom Robert Morel
- La Prière pour régler nos jugements sur Ceux de Dieu « Apprenez-moi, Seigneur, à régler mes jugements sur les Vôtres selon les Règles immuables de votre Vérité » de Dom Robert Morel
- La Prière pour attendre et recevoir la mort avec Joie « Faîtes, Seigneur, que mon espérance me fasse tressaillir de joie de me voir sur le point de mourir » de Dom Robert Morel
- La Prière pour recevoir la mort avec Amour « Faites, mon Dieu, que je meure par Amour avec Vous et comme Vous sur la Croix » de Dom Robert Morel
- La Prière pour mourir comme meurent les Saints « Que je meure, ô mon Dieu, de la mort des Justes et que ma fin soit semblable à la leur pour mériter d'avoir part à leur Bonheur » de Dom Robert Morel
- La Prière avant de recevoir le Saint Viatique « Accordez-moi, Seigneur, Votre puissant Secours pour une Sainte mort » de Dom Robert Morel