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La Prière sur la Vie cachée de Jésus-Christ de M. l’Abbé Pierre Caussel « Faites-moi aimer, ô mon Dieu, la vie cachée et inconnue » :

« Oui, mon adorable Sauveur, que de Merveilles, que de Vertus, que de Vérités se présentent à mon esprit, quand je Vous considère dans votre Vie cachée ! Ah ! Seigneur, que les Prophètes ont bien eu raison de dire que Vous êtes un Dieu véritablement caché ! Vous aviez été, pendant toute une éternité dans le sein de votre Père, sans Vous manifester au monde. Vous avez été caché dans toutes les figures et sous les ombres de la Loi. Vous venez enfin dans le monde lorsque les temps sont accomplis, et Vous demeurez enfermé dans le sein de la Sainte Vierge pendant l'espace de neuf mois. Vous cachez votre Divinité dans le corps d'un petit Enfant. Vous passez toute Votre enfance, jusqu’à l'âge de douze ans, presque inconnu. Si Vous faites paraitre pendant quelques heures votre Sagesse et votre Science dans le Temple, parmi les Docteurs, Vous allez ensuite Vous retirer à Nazareth, avec Saint Joseph et la Sainte Vierge votre Mère. Qu'allez-Vous faire, ô mon divin Jésus, dans ce lieu ? Y allez-Vous pour Vous faire connaître comme le Messie attendu et désiré depuis tant de siècles, pour y faire des prodiges et des miracles, et pour y annoncer l'Evangile ? Non, Vous n'y allez que pour y vivre inconnu et caché au monde. Quels Exemples de vertu nous donnez-Vous dans cet état ? Allons dans cette pauvre maison de Nazareth. Entrons dans cette boutique, où tout respire et inspire l'humilité, la pauvreté, la simplicité et le mépris du faste et des vanités du monde ; où le silence, la paix, et la charité règnent, où tout se fait dans un ordre admirable, sans trouble et sans confusion. Que trouverons-nous dans cette maison ? Nous y trouverons un Dieu fait homme, le Maître de tout l'Univers, le Fils du Très-haut, Celui que les Anges adorent et à qui ils obéissent, soumis et obéissant Lui-même à la Sainte Vierge, sa Mère et à Saint Joseph. Là nous verrons Celui à qui toute la terre et tout ce qu'elle renferme appartient, réduit à gagner Sa vie à la sueur de Son visage ; et accomplissant, par un pénible travail, la pénitence imposée à l'homme pécheur. Faites-moi aimer, ô mon Dieu, la vie cachée et inconnue. Que je ne pense jamais à suivre cette démangeaison de paraître et de me manifester dans le monde, ni dans les compagnies, ni dans les emplois qui ont quelque éclat. Que je demeure toujours dans la retraite, comme dans le lieu de mon repos, et comme dans un asile et un port assuré. Tenez-moi caché dans le secret de votre Face. Que mon âme demeure dans Votre sein, retirée et recueillie en Vous et en elle-même. Vous n'aviez pas besoin, mon Seigneur et mon Dieu, de Vous cacher au monde ; il semble au contraire que Vous deviez Vous faire connaître, puisque Vous étiez venu pour cela ; mais Vous avez voulu nous instruire par ce grand Exemple d'humilité, et nous apprendre qu'il faut se préparer par une longue retraite, surtout aux fonctions terribles du Sacerdoce. Hélas ! Seigneur, combien voit-on de personnes qui auraient pu se sanctifier facilement dans la retraite, et dans un état obscur et inconnu, et qui, séduites et trompées, sous prétexte de quelques talents ou de quelque faux zèle pour les emplois extérieurs, se sont perdues malheureusement ? Seigneur, apprenez aux pauvres, et à nous aussi, que se cacher, obéir, travailler en silence sous Vos yeux, et se regarder comme un criminel condamné à la peine et au travail, est l'état le plus propre et le plus sûr pour le Salut ; que c'est le moyen de conserver et d'augmenter la Grâce reçue dans le Baptême, dans ces eaux salutaires que Vous avez sanctifiées, en y descendant pour y être baptisé. C'est dans ce Sacrement que j'avais reçu cette auguste et sublime qualité d'enfant de Dieu. C'est là où j'avais eu l'avantage de devenir le Temple du Saint-Esprit. C'est dans ces eaux baptismales où j'avais acquis le droit de Citoyens du Ciel. J'aurais pu facilement conserver ces grandes et précieuses Grâces, si j'étais toujours demeuré dans la solitude et dans une vie cachée. J'en suis sorti, ô mon Dieu, et je me suis trouvé au milieu du monde et des compagnies, avec toutes ces Grâces; et bientôt après, je Les ai perdues. Qui me donnera des ailes pour voler et Vous suivre dans la retraite, pour y pleurer avec Vous ? Faites que je ne vive sur la terre que comme un étranger et un inconnu ; et que toute mon occupation soit de Vous plaire, en menant une vie qui soit cachée en Vous avec Jésus-Christ, jusqu’au Jour de la manifestation de toutes choses ».

Ainsi soit-il.


Abbé Pierre Caussel (1651-1728) - « De la connaissance de Jésus-Christ, considéré dans ses Mystères et dans ce qu’Il est par rapport à Dieu son Père, par rapport aux créatures en général, aux hommes en particulier, et aux Bienheureux dans le Ciel, avec les élévations sur chaque Mystère de Jésus-Christ, et sur chacune de Ses qualités », p. 61-63, chez Delalain, ainé, 1780