Le « Désastre du Synode sur la Synodalité » selon l’Abbé Davide Pagliarani :

« Il s’agit d’un texte publié en octobre 2022 et intitulé « Élargis l’espace de ta tente ». C’est un document de travail élaboré pour la réflexion des Évêques dans l’étape continentale du chemin synodal, c’est-à-dire pour les Évêques réunis au niveau de leurs continents respectifs. Cette synthèse est présentée comme l’expression du sensus fidei des fidèles, et il est recommandé aux Évêques de la lire dans la prière, « avec les yeux du disciple qui (la) reconnaît comme le témoignage d’un chemin de conversion vers une Eglise synodale, qui apprend de l’écoute comment renouveler sa mission évangélisatrice » C’est donc à partir de cette expression présumée du sens de la Foi des Fidèles que les Pasteurs sont censés tirer les conséquences et prendre les décisions finales.

Or, le contenu de ce texte, les suggestions qu’il contient, sont un désastre du début à la fin. Il n’y a pratiquement rien qui puisse être considéré comme expression de la Foi Catholique : la plupart des suggestions prônent au contraire une dissolution de l’Église en une réalité complètement nouvelle. On peut à la rigueur comprendre que des fidèles, et même des prêtres – surtout aujourd’hui – puissent affirmer des choses étranges, mais il est absolument inconcevable que de tels propos aient été conservés dans la synthèse réalisée par la Secrétairerie générale du Synode au Vatican.

La plupart des passages sont effrayants, mais il y en a notamment deux qui me semblent bien exprimer tout le document et, en particulier, la volonté de changer, à travers le Synode, l’essence même de l’Église. Tout d’abord, par rapport à l’autorité, on souhaite explicitement la reconnaissance d’une Église qui fonctionne à l’envers, et dans laquelle l’Église enseignante n’ait plus rien à enseigner : « Il est important de construire un modèle constitutionnel synodal comme paradigme ecclésial de déconstruction du pouvoir pyramidal qui privilégie la gestion unipersonnelle. La seule autorité légitime dans l’Eglise doit être celle de l’amour et du service, à l’exemple du Seigneur ».

Ici, on se demande si on se trouve en présence d’une hérésie ou, tout simplement, d’un néant qu’on ne parvient pas à qualifier. L’hérétique, en effet, « croit » encore en quelque chose, et peut encore avoir une idée de l’Église, même déformée. Ici, on est en présence d’une idée d’Eglise non seulement floue mais, pour reprendre un terme à la mode, « liquide ». En d’autres termes, on prône une Église sans Doctrine, sans Dogme, sans Foi, dans laquelle on n’a dès lors plus besoin d’une autorité qui enseigne quoi que ce soit. Tout est dissout dans un esprit d’amour et de service, sans trop savoir à quoi cela correspond – si cela correspond à quelque chose – et où cela doit mener.

Un deuxième passage me semble bien résumer l’esprit de l’ensemble du texte, et en même temps, le ressenti propre à ces dernières années de pontificat : « Le monde a besoin d’une Eglise en sortie, qui rejette la division entre croyants et non-croyants, qui tourne son regard vers l’humanité et lui offre, plutôt qu’une doctrine ou une stratégie, une expérience de salut, un don du don qui répond au cri de l’humanité et de la nature. » Je suis persuadé que cette courte phrase renferme une signification et une portée beaucoup plus profondes que ce qui pourrait paraître au premier abord.

Le fait de rejeter la distinction entre croyants et non-croyants est certes folle, mais logique dans le contexte actuel : si la Foi n’est plus une réalité authentiquement surnaturelle, l’Eglise Elle-même, censée La garder et La prêcher, altère Sa raison d’être et Sa mission auprès des hommes. En effet, si la Foi n’est qu’une expérience parmi d’autres, on ne voit pas pourquoi elle serait meilleure, ni pourquoi il faudrait l’imposer universellement. En d’autres termes, une expérience-sentiment ne peut pas correspondre à une Vérité absolue : sa valeur est celle d’une opinion particulière, qui ne peut plus être la Vérité au sens traditionnel du mot. On aboutit alors logiquement au refus de distinguer entre croyants et non-croyants. Il n’y a que l’humanité qui reste, avec ses attentes, ses opinions et ses cris, qui en tant que tels ne réclament rien de surnaturel.

L’Église offre ainsi à l’humanité un enseignement qui ne correspond plus à la transmission d’une Révélation transcendante. Elle se trouve réduite à proposer un « évangile » diminué, naturalisé, simple livre de réflexion et de soulagement adapté à tous indistinctement. Dans cette perspective, on comprend comment la nouvelle théologie et la nouvelle morale écologistes proposées par « Laudato si » s’offrent à une humanité qu’on ne veut plus Convertir, et dans laquelle on ne fait plus de distinction entre Croyants et non-croyants ».

Monsieur l’Abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, Riposte Catholique, le 3 juillet 2023

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Voir également de Monsieur l’Abbé Davide Pagliarani :
- Les « Dernières Orientations Modernistes du Pontificat de François » selon Don Davide Pagliarani
- La Profession de Foi surnommée comme le Serment antimoderniste « Motu proprio Sacrorum antistitum » prononcée par Monsieur l’Abbé David Pagliarani
- Le « Désastre du Synode sur la Synodalité » selon l’Abbé Davide Pagliarani
- Le Communiqué contre les Bénédictions d’Actes Peccamineux signées par le Pape « Celui qui m’aime observe – et fait observer – mes Commandements » de Don Davide Pagliarani