Le témoignage de Louis « La bonne nouvelle du Mariage et l'Œuvre de Dieu dans ma vie » :

« Je m'appelle Louis. Je suis marié, civilement divorcé. J'ai choisi de rester fidèle à mon épouse et j'en suis profondément heureux. Raconter les temps forts de mon histoire, une histoire d'amour qui a traversé une grande épreuve, c'est pour moi annoncer la bonne nouvelle du Mariage et l'Œuvre de Dieu dans ma vie.

Si je parle de mon épouse, ce n'est pas pour la juger, mais parce que les faits sont là. Elle est une mère exceptionnelle pour nos enfants, et elle reste l'amour de ma vie. Je l'aime encore et peut-être même mieux qu'avant.

Après un temps de fiançailles et une sérieuse préparation, mon épouse et moi nous sommes mariés devant Dieu. C'était le plus beau jour de ma vie, la célébration était belle. Nous avons vécu de belles années ensemble. Nous avons trois beaux enfants que nous aimons du fond du cœur.

Après dix ans de mariage, dont les dernières furent difficiles, mon épouse m'annonce qu'elle me quitte pour un autre. C'était comme si une bombe atomique avait explosé en moi : j'ai vécu cette annonce comme un abandon doublé d'une trahison. J'étais anéanti, dévasté, en miettes. C'était il y a treize ans.

Depuis, j'ai vécu les années les plus riches de ma vie, une reconstruction solide sur le plan psychologique mais surtout une conversion profonde. Sur le plan psychologique, l'annonce de la séparation avait rouvert en moi des blessures inconscientes très profondes et anciennes, dont une blessure d'abandon que j'avais vécue en famille dans les premières années de ma vie. Ces blessures ont conditionné ma vie depuis son début. C'est avec elles, ainsi qu'avec tous les mécanismes de défense et de compensation que j'avais fait miens, que je suis entré dans le Mariage, sans en avoir conscience.

Ces blessures d'enfance ont miné notre amour conjugal et mené à notre séparation, mon épouse mettant ainsi, non sans courage, un terme à une relation qui n'était pas ajustée. Je porte une grande part de responsabilité dans la séparation et suis en mesure de le reconnaître aujourd'hui.

J'ai décidé de faire le grand nettoyage, et récemment encore j'ai suivi une session de guérison intérieure qui m'a révélé les pièces sombres de ma maison intérieure. La lumière y est entrée aujourd'hui et je suis en paix.

Mais j'ai aussi vécu une profonde conversion. Suite à la séparation, je me suis retrouvé face à moi-même, et impuissant devant les événements qui s'imposaient à moi et sur lesquels je n'avais pas d'emprise. Je n'avais pas d'autre choix que d'accepter. Ce fut extrêmement douloureux. De plus, toutes mes certitudes étaient remises en question. C'était mon orgueil, le premier des péchés, qui était en train de fondre. Ma carapace se fissurait de toutes parts. Dieu allait enfin pouvoir se déployer dans ma vie, au travers de trois Personnes : le Christ, Dieu le Père et la Vierge Marie et de trois Sacrements : l'Eucharistie, la Réconciliation et le Mariage.

Dans ma détresse, je me suis identifié au Christ en Croix, abandonné, meurtri. « Mon Père, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Le Christ m'a rejoint dans mes profondeurs, avec un message inouï d'espérance et d'amour. En effet, Lui qui était sans péché, pardonnait à ceux qui Lui faisaient du mal. Mais Il est ressuscité, la vie a vaincu la mort, l'amour a vaincu la haine. J'ai approfondi ce mystère, et il m'élève encore toujours, en particulier au travers du Sacrement de l'Eucharistie.

« Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout… » Cette phrase me bouleverse à chaque fois. Le Christ me demande à moi aussi d'aimer jusqu'au bout, fidèlement. En se donnant à moi, Il me nourrit et je me laisse transformer. J'ai compris que Dieu n'est pas responsable de ma souffrance. Il m'aime tellement qu'Il a envoyé son Fils unique pour me libérer de mon péché et me réconcilier avec Lui. J'ai compris tout le sens des deux premiers commandements : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Je devais apprendre à m'aimer, en reconnaissant toutes mes qualités mais en acceptant mes imperfections, mon passé et ma famille. C'est là que je découvre Dieu, un Dieu d'Amour et de Miséricorde infinie. J'ai redécouvert le Sacrement de Réconciliation, qui est pour moi vital. Je suis un enfant guéri et un homme pardonné. Dieu ne s'impatiente jamais de mes faiblesses, de mes rechutes. Il ne se lasse pas de me remettre debout, fidèlement.

J'ai aussi appris à connaître la Vierge Marie. J'ai dû en vérité reconnaître ma part de responsabilité dans la séparation, ce qui créait en moi un sentiment de culpabilité vis-à-vis de mes enfants. Il me semblait que je leur avais fait du mal. C'est là que Marie prend une grande place pour moi, elle est ma maman du ciel. Je sais que, par ma prière et ma confiance en elle, elle comble tous les manques d'amour.

En l'absence de mon épouse, Marie est la présence maternelle dans ma maison. C'est à elle que je confie nos enfants. Elle est aussi celle à qui mon enfant intérieur s'est confié. C'est pourquoi j'ai une relation très proche avec la Vierge Marie. Elle m'a aussi ouvert le chemin de fidélité : elle a dit « oui » à tout, à l'amour comme à la souffrance. Il n'y a pas d'amour sans souffrance, tout comme il n'y a pas de souffrance féconde sans amour. Mon épouse me manque, j'en souffre, d'autant plus qu'elle vit avec un autre homme. Je suis pourtant pleinement heureux, car j'ai trouvé le Christ qui donne un sens à ma vie. Sans le Christ, ma situation est absurde. Dans le Christ, ma souffrance peut être offerte, et elle trouve une fécondité qui ne m'appartient pas, mais qu'il m'est parfois donné de connaître pour me confirmer dans mon chemin.

Je retombe dans la souffrance à chaque fois que je me recentre sur moi-même, que je veux me réapproprier ma vie, mon épouse. Je ne vois plus que ce qui me manque. C'est dans la souffrance que j'abandonne à nouveau mon épouse et ma vie entière au Seigneur, et Il me remplit de Paix, me donne les Grâces pour continuer : « Quand je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10).

Comment ai-je fait le choix de la fidélité ? Cela s'est précisé petit à petit, car c'est loin d'être une évidence de nos jours, tant l'entourage et la société poussent à « refaire sa vie ». Mais la question concrète vient tôt ou tard : « Quand nous présentes-tu quelqu'un ? » J'ai dû y répondre, pour moi-même d'abord. J'aurais le sentiment de tromper mon épouse si j'avais une relation avec quelqu'un d'autre.

La question de la validité de notre mariage s'est posée également. Et en vérité, j'ai conclu pour moi-même qu'il est valide. Mais la fidélité n'a de sens que si elle est porteuse de vie. Au début, les motivations étaient extérieures à moi : le désir de retour de mon épouse, le devoir et l'obéissance, le victimisme, la crainte d'un nouvel échec. Elles avaient le mérite de me garder dans la fidélité, mais elles ne me rendaient pas heureux. Puis je l'ai fait pour les enfants. Ce fut une évolution, je ne la faisais plus pour moi-même. Je sais que les enfants en sont pleinement bénéficiaires. On me le dit chaque jour, ils sont épanouis, ils vont vers les autres, ils sont serviables.

De plus en plus, grâce à la paix profonde qui s'installe, ma fidélité est portée dans l'amour, et dans le don de moi-même. Elle est offrande à nos enfants, à mon épouse, à Dieu et, par Lui, à ceux que je rencontre. Dieu a transformé ma vie.

Je peux dire aujourd'hui que la fidélité est l'ancre qui m'a permis de trouver la guérison et la paix intérieure. La fidélité m'a mis aussi sur un chemin de foi, qui est très concret mais qui n'est jamais abouti. Elle est chemin de Grâces infinies pour moi-même, mon épouse, nos enfants, notre entourage. Le choix de la fidélité, je ne l'ai pas fait après la séparation. Je l'ai fait quand je me suis engagé dans le Sacrement du Mariage. En ce sens, mon épouse, en m'épousant, mais aussi en me quittant, a contribué sans en avoir conscience à mon salut. Mon engagement envers elle a été l'axe de ma conversion, son départ l'obligation de me prendre en main, de quitter l'homme ancien.

Je ne souhaite plus que mon épouse change, que les autres changent. La seule personne qui peut et doit changer, c'est moi-même. Si la vie apporte son lot de souffrance, je peux demander et recevoir les grâces nécessaires pour les endurer. Ma conversion ne sera jamais achevée.

Sur ce chemin, le Seigneur me demande aussi de pardonner à mon ennemi, l'amant de mon épouse, chose impossible pendant de longues années et cause de grandes souffrances. Son intrusion dans notre vie, et notamment sa présence à certains événements concernant les enfants, m'était insupportable. Mais le temps permet à Dieu de travailler mon cœur endurci, et le désir de me conformer à Lui aura raison de mon orgueil. Une occasion s'est présentée où je lui ai tendu la main. Je ne peux pas encore dire que le pardon soit total, mais grâce au Christ qui vit en moi, mon regard se transforme avec le désir profond de ne plus voir en lui qu'un frère en Christ. Objectivement la situation n'a pas changé et reste toujours inacceptable, mais mon cœur change pour n'avoir plus qu'un regard d'amour sur toute personne.

Aujourd'hui, tout me parle de Dieu et de mon épouse : la maison, les photos, la prière familiale, la Messe du Dimanche en particulier le geste de paix et la Communion, un coucher de soleil... Nous restons unis mystérieusement par le Sacrement permanent du Mariage d'abord, ensuite par ses fruits permanents que sont nos enfants. Je désire la réconciliation, la porte reste ouverte mais je sais que ce ne sera peut-être pas pour ici-bas.

L'absence de ma bien-aimée et le pardon qui ne m'a pas été donné empêchent la carapace de l'orgueil de se reformer sur moi. Ma fidélité est porteuse de vie, elle se nourrit d'une espérance qui transforme l'amour conjugal en amour universel et qui me dépasse complètement. C'est une source d'amour qui trouve son origine dans mon cœur qui saigne. Il est comblé par Dieu, et peut être ainsi ouvert aux autres. Ainsi soit-il ! ».


Louis - « La bonne nouvelle du Mariage et l'Œuvre de Dieu dans ma vie » - Témoignage du livre « Séparés, Divorcés à cœur ouvert » diffusé sur Radio Maria France le 15 février 2017

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