Voici le Discours pour la Fête de l'Épiphanie sur la Manifestation de Notre-Seigneur Jésus-Christ articulé autour de la théologie des Trois Manifestations du Christ et du verset de l'Épître aux Romains VIII, 30 « Vocavit, justificavit, glorificavit » : Il appelle, Il justifie, Il couronne afin de croire fermement (Foi), suivre les inspirations divines (Grâce) et vivre avec la dignité d'un héritier du Ciel (Gloire) « Appelés à la Gloire, rois futurs, montrons-nous dignes de nos hautes destinées » prononcé par Monsieur l’Abbé Philibert-Augustin Lacoste (1762-1848) qui entra à quinze ans dans la Congrégation de l’Oratoire pour devenir Vicaire général de Dijon, professeur de théologie au Grand Séminaire et Chanoine théologal à la Cathédrale.

« Quos vocavit, hos et justificavit ; quos autem justificavit, illos et glorificavit » (Rom. VIII, 36)
« Ceux qu'Il a appelés, Il les a justifiés ; et ceux qu'Il a justifiés Il les a glorifiés ».
Le Discours de l'Épiphanie sur la Manifestation de Notre-Seigneur « Appelés à la Gloire, rois futurs, montrons-nous dignes de nos hautes destinées » de l’Abbé Lacoste :
Grande et auguste Solennité que celle qui nous rassemble !
Jour anniversaire de notre Religion et de notre bonheur !
Le Christ était né.
Les Cieux avaient publié sa venue ; les Anges avaient chanté le cantique de notre délivrance ; les premiers de tous, les bergers présentaient de solennels hommages (Luc II, 15-17).
Les Mages, princes ou savants de l'Arabie, sont aussi appelés à la Crèche (Matth. II, 1 seqq.)
Une révélation intérieure les avertit ; une étoile miraculeuse les amène.
Les bergers représentent le peuple Juif ; et nous qui appartenions à la Gentilité, nous avons été appelés dans la personne des Mages.
Que dis-je ?
Plus de Juifs ; plus de Gentils : un seul Pasteur, une seule Bergerie, une seule Église (Jean X, 16).
Le Sauveur est pour tous.
Triple Manifestation de Jésus-Christ :
Il appelle, Il justifie, Il couronne.
« Vocavit, justificavit, glorificavit ».
La Foi, la Grâce et la Gloire.
Hauteur et profondeur de ce sujet.
Combien il est consolant.
Première Partie : Manifestation par la Foi
Triste état où languissait le monde.
Traces de la première révélation perdues.
Le peuple Juif, aveugle et toujours enclin aux idoles ou aux faux biens de la terre.
La Vérité se rend sensible.
Jésus renouvelle le Mystère de la Religion :
Il l'écrira, non sur des tables de pierre, mais dans les cœurs (Jean IV, 24).
Quelle Doctrine Il propose !
Dieu est Esprit.
Unité de la nature divine ; Trinité des personnes.
Toutes conspirent à notre bonheur.
Nos fins dernières développées : Dieu pour l'homme, l'homme pour Dieu.
Caractères de la Loi nouvelle.
Ses moyens de Salut : la Grâce, la Prière et les Sacrements.
Quelle Doctrine ! Ô beauté ! Ô sublimité de l'Évangile !
Que les livres des hommes sont petits !
Mais dans les Enseignements divins tous les vices sont attaqués, tous les préjugés confondus, tous les devoirs prescrits, tous les états relevés.
Voilà l'objet de la Foi : « Quos et vocavit ».
Si vous me demandez quelle est sa certitude : les miracles, les prophéties la prouvent ; l'admirable propagation de l'Évangile ; la constance de ses Martyrs, les vertus de ses Disciples et l'indéfectibilité de l'Église.
Cette Foi, Dieu la donne, et Dieu seul nous y maintient.
« Donum Dei est » (Ephes. II, 8)
Et comme Dieu est grand par la simplicité des moyens qu'Il emploie, Il nous place sous l'empire de la Foi par une goutte d'eau et par des paroles sacramentelles :
« Qui crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit » (Marc XVI, 16)
Puissions-nous, Chrétiens, connaître toute la richesse du Dépôt que Dieu nous confie !
« Quos et vocavit ».
Puissions-nous imiter les heureux Mages dont nous récitons aujourd'hui les louanges !
Que notre Foi, à l'exemple de la leur, soit vive et affermie.
Au premier avertissement de Dieu, au premier signal donné, ils partent.
Rien ne peut les arrêter.
L'étoile vient-elle à disparaître ?
Ils se confient en Dieu, et poursuivent leur route.
L'étoile reparaît-elle ?
Leur joie.
Le signe indicateur s'arrête sur une étable : dans un pauvre enfant, ils voient un Dieu, un roi, un homme.
Leurs présents.
Chrétiens ! Notre adoption est faite en eux : « Quos et vocacit ».
Tous accourront un jour sur leurs pas.
Levez-vous, nouvelle Jérusalem ; soyez éclairée (Isa. LX,1 seqq.)
Et d'où vous sont venus tous ces enfants ?
Élargissez vos tentes (Isa. LIV, 2) : celle qui était délaissée jouit d'une inexprimable fécondité.
Apôtres, partagez le monde.
Paraissez dans les siècles qui suivent, hommes apostoliques.
Irénée, soumettez Lyon à l'Évangile ; Bénigne, éclairez la Bourgogne ; Martial, une partie de l'Aquitaine.
Vous, Denis, fondez un siècle plus tard les Églises de Paris et de Meaux.
Les fleuves de la Doctrine coulent de toutes parts : l'univers, selon les saintes Écritures, est inondé de la Science de Dieu.
Première Épiphanie ; première manifestation par la Foi.
« Quos et vocavit ».
Deuxième Partie : Vocation à la Grâce et à la Gloire
Que sert-il de connaître, si l'on ne pratique ?
Le monde, qui manquait de lumières, ne manquait-il pas de Vertu ?
Le Seigneur avait laissé les nations suivre leurs voies, et leurs voies étaient corrompues :
« In felicitas in viis eorum » (Rom. III, 16)
L'ensemble du peuple Juif retombait à chaque instant dans l'esclavage des sens.
Insuffisance de la loi ; inefficacité de ses sacrements.
Ici je célébrerai de plus en plus les miséricordes du Seigneur :
« Hos et justificavit ».
Il se fait à la venue de Jésus-Christ une seconde manifestation ou Épiphanie par la Grâce.
Ah ! C'est une alliance d'amour et non de crainte.
C'est un Dieu Père et consolateur qui nous visite et s'incarne, plutôt qu'un Dieu, Majesté suprême, qu'un Juge ignoble et vengeur.
Ses dons intérieurs, spirituels ne connaissent plus de bornes.
Dès l'aurore de notre vie nous sommes investis de ses bienfaits.
Piété de nos mères ; zèle de nos Pasteurs ; Sacrements qui sanctifient et consacrent notre vie tout entière.
Un intérêt secourable nous suit au-delà du tombeau.
Les Chrétiens mettent tous les trésors religieux en commun ; ils ne font qu'un faisceau.
Joignez à ceci le chant des hymnes sacrées, les exemples de vertu, les inspirations multipliées et les remords qui éloignent du mal.
Disons que tout est prodige d'amour et de bonté de la part de notre Dieu.
Tout serait-il prodige d'ingratitude et d'infidélité de la nôtre ?
Chrétiens, les Mages surent correspondre à la Grâce.
Ils proclamèrent le Nouveau-Né à Jérusalem même ; et comme ils avaient une juste raison d'appréhender les pièges d'Hérode, ils retournèrent dans leur patrie par un autre chemin : ce qui n'est pas sans morale pour nous.
Telle a été la seconde manifestation de Jésus-Christ par la Grâce :
« Hos et sanctificavit ».
Un mot encore, mes Frères, un mot de la Troisième Épiphanie, ou Manifestation de Dieu par la Gloire :
« Illos et glorificavit ».
Nous passons ici-bas ; nous ne faisons que passer pour arriver au Ciel.
La vie est le voyage, et le Ciel la Patrie : la Patrie, dis-je, de ceux qui sont dans l'Arche ; qui, fidèles à la Foi, fidèles à la Grâce, persévèrent jusqu'à la fin.
Avant Jésus-Christ, le séjour de la félicité était fermé, Il y a introduit les premiers Justes qui attendaient son Avènement ; Il doit aussi nous y introduire un jour.
« Illos et glorificavit ».
Les Mages nous ont précédés : l'Église les a inscrits dans ses fastes.
Faisons mille efforts pour entrer un jour en possession du même bonheur.
Nous savons, dit l'Apôtre, que si cette maison de terre où nous habitons vient à se dissoudre, Dieu nous donnera dans le Ciel une autre Maison qui ne sera point faite de main d'homme, et qui demeurera éternellement.
Aussi pendant que nous sommes dans ce corps comme dans une tente, nous soupirons sous la pesanteur de notre chair, et nous exprimons un vif désir d'être un jour revêtus de la Gloire (II Cor. V, 1-6).
Félicité que l'Apôtre exprime si bien, en disant qu'il ne saurait le faire :
« Oculus non vidit » (I Cor. II, 9)
Chrétiens, nous serons glorifiés et divinisés : c'est le terme de l'amour et des bienfaits de notre Dieu.
Vieillards, Âmes affligées, consolons-nous : nous touchons au port.
Reprenons, mes Frères.
Appelés à la Foi, croyons vivement, fermement, entièrement : tenons-nous attachés à la sainte Église.
Appelés à la Grâce, ne luttons pas contre notre Dieu ; n'éteignons pas son Esprit (I Thess. V, 19) ; suivons l'impulsion qu'Il nous donne.
L'empire de la Grâce est celui du bonheur et des véritables délices.
Appelés à la Gloire, rois futurs, montrons-nous dignes de nos hautes destinées.
Ne renversons point notre trône ; ne rampons point dans la fange.
Que notre royauté nous fasse mépriser les peines de la vie et ses faux biens.
Oui, souvenons-nous de la Glorification qui nous attend, et nous ne pécherons point. Ainsi soit-il.
Abbé Philibert-Augustin Lacoste (1762-1848) - « Discours IX pour la Fête de l'Épiphanie sur la Manifestation de Notre-Seigneur Jésus-Christ » dans la Collection intégrale et universelle des Orateurs sacrés de Jacques-Paul Migne, tome 99, pages 995-997, aux Ateliers Catholiques, 1866
Voir pour l’Épiphanie de Notre-Seigneur Jésus-Christ :
- La « Sainte Messe Solennelle de l’Épiphanie du Seigneur » (Vidéo + Textes Liturgiques)
- La Prière pour le Jour de l'Épiphanie le 6 janvier « Ô bienheureux Mages, je rends grâces au Dieu d'Israël de vous avoir choisis pour être les prémices des Gentils » de l’Abbé Julien Barbé
- La Prière pour la Fête de l’Épiphanie du Seigneur « Ô mon Jésus, je ferai en ce Jour une triple offrande de Charité, de Prière et de Pénitence en souvenir de celles des Mages » d’Adolphe Baudon de Mony
- Les Prières et Résolutions pour le Jour de l'Épiphanie et son Octave « Ô Jésus, Soleil de Justice, qui êtes venu dans le monde pour nous éclairer et être notre guide » de l’Abbé Jean-Baptiste La Sausse
- Toutes les « Prières pour l’Épiphanie de Notre Seigneur » (plus d'une centaine !)
- Le Discours de l'Épiphanie sur la Manifestation de Notre-Seigneur « Appelés à la Gloire, rois futurs, montrons-nous dignes de nos hautes destinées » de l’Abbé Lacoste
- La Méditation pour le Saint Jour de l'Épiphanie « Ô Jésus, manifesté à nos pères, montrez-Vous à nous en ce Jour et augmentez notre Foi » de l’Abbé de Brandt
- Le Sermon pour l’Épiphanie de Notre-Seigneur « Quelles devaient être alors les pensées de la Vierge Marie, devant ces Rois venus de loin, se prosternant devant son Fils et Lui offrant leurs présents ? » de Mgr Marcel Lefebvre
- Le Sermon sur « La Grâce de Dieu et notre Salut » de l’Abbé Pierpaolo Petrucci
- Le Sermon sur « L'Étoile Mystérieuse des Mages » de l’Abbé Guillaume d'Orsanne
- Le Sermon du « Voyage avec les Mages » de l’Abbé François-Marie Chautard
- Le Sermon sur « L’Épiphanie de la Royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ » de l’Abbé François-Marie Chautard
- Le Sermon sur « Les Trois Rois » de Monsieur l’Abbé Gabriel Billecocq
- Le Sermon sur « Les Trois Miracles de la Fête de l’Épiphanie » de l’Abbé Gabriel Billecocq
- Le Sermon pour « Imiter l’intelligence des Mages » de l’Abbé Renaud de Sainte Marie
- Le Sermon sur « Les Rois Mages, modèles de la Foi agissante » de l’Abbé Michel Frament
- Le Sermon sur « La Foi en l’Épiphanie, Source d’une Grande Joie ! » de l’Abbé Michel Frament
- Le Sermon sur « Les Rois Mages modèles du Chrétien » de l’Abbé Michel Frament
- Tous les « Sermons pour l’Épiphanie de Notre Seigneur » (plus d’une vingtaine !)