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Discours pour l'Ascension de Notre-Seigneur sur le Bonheur du Ciel

Sermons - Homélies - Méditations > pour l'Ascension

Voici le Discours pour le Jour de l'Ascension sur le Bonheur du Ciel, la Félicité céleste, le Paradis pour voir, louer, aimer et posséder Dieu, structuré autour de la célèbre citation de Saint Augustin « Videbimus, Laudabimus, Amabimus » ou encore « Le Ciel est le lieu où la Vérité est la loi, la Charité le roi et où la mesure du temps et du bonheur est l'Éternité » : « Fuyez terre, taisez-vous mes sens, je m'élance au Ciel et j'anticipe sur l'Éternité » prononcé par Monsieur l’Abbé Philibert-Augustin Lacoste (1762-1848) qui entra à quinze ans dans la Congrégation de l’Oratoire pour devenir Vicaire général de Dijon, professeur de théologie au Grand Séminaire et Chanoine théologal à la Cathédrale.



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« Festiuemus ingredi in illam requiem » (Hebr. IV, 11)
« Hâtons-nous d'entrer dans ce Repos ».

Le Discours de l'Ascension sur le Bonheur du Ciel « Fuyez terre, taisez-vous mes sens, je m'élance au Ciel et j'anticipe sur l'Éternité » de l’Abbé Lacoste :

Il monte, Il s'élève au Ciel par la puissance de sa divinité, ce Sauveur adorable qui vient de triompher de la Mort et des Enfers.
Il nous marque nos places dans le Séjour de la Gloire (Jean XVI, 28) ; Il nous y prépare une Félicité sans bornes.
Mais en quoi consiste-t-elle, cette Félicité ?
L'esprit de l'homme ne la connaît qu'imparfaitement ; et le langage humain est impuissant à l'exprimer.
Il faut l'avoir goûtée pour La bien définir.
Cependant, si nous consultons le texte des Écritures, si nous interrogeons nos oracles, les Pères et les Docteurs de l'Église, nous dirons avec Saint Augustin, que le bonheur des Saints est de voir Dieu, de Le louer, de L'aimer :
« Videbimus ; Laudabimus ; Amabimus... »
Ajoutons :
Et de Le posséder à jamais.

1. « Videbimus » : nous verrons !
Nous étions faits pour voir et connaître la Vérité.
Au moment où Adam fut trompé par ces détestables paroles : « Vous serez comme des dieux ; Eritis sicut dii » (Gen. III, 5), ses yeux se ferment.
Le jour disparaît ; depuis, nous n'avons eu que des intermittences et de légers aperçus...
Nous détachons à peine une mince surface de quelques objets ; la nature intime de toutes choses nous échappe ; et si la Révélation ne fût venue à notre secours, nous balbutierions encore sur la spiritualité et l'immortalité de nos âmes.
Chrétiens ! Tout est bornes et Mystères pour notre faible raison.
Disons avec Saint Paul :
« Nunc per speculum in ænigmate... Nunc cognosco exparte... »
« L'enfant pense, parle et agit en enfant » (I Cor. XIII, 9-12) ; mais par la suite, ses idées s'étendent...
Dans le Ciel, quel changement de scène !
Nous connaitrons, comme nous sommes connus ; nous contemplerons Dieu face à face...
Plus de voiles, plus de mystères : nous voyons les causes, les divins attributs..., et par quel enchaînement Dieu nous a conduits au Bonheur et rapportait tout à ses fins.
Si les personnes d'étude ont tant de délices quand une seule vérité luit à leurs regards, quand une affaire est saisie dans presque tous ses rapports ; si une seule Méditation inonde notre âme de contentement et de joie...
Chrétiens ! Ce n'est qu'un faible écoulement, qu'une goutte qui détrempe des lèvres desséchées et brûlantes.
Que sera-ce, quand nous boirons à la Source, et que nous serons plongés dans cet Océan de lumière ? (Psal. XXXV, 8-9)
Dès aujourd'hui, préludons à l'Éternité : arrêtons et fixons par la pensée les saintes Vérités de notre Religion ; qu'elles fassent l'entretien de nos esprits : absorbons-nous en Dieu.

2. « Laudabimus » : nous louerons !
Voir Dieu et ses perfections adorables, c'est éclater en cantiques d'actions de grâces et en mille transports : « Laudabimus ».
L'homme avait été fait organe et prêtre de la nature entière ; mais à peine se rend-il coupable dans Eden, que lui-même attire la malédiction sur cette nature ; lui-même l'arme contre Dieu.
Devenu ingrat, l'homme outrage Celui qu'il eût dû louer et bénir à jamais.
Depuis cette chute originelle la louange de Dieu expire sur nos lèvres : le signal qui nous appelle à la prière, rassemble aussitôt les imaginations les plus vaines.
Toute espèce de pensées traversent notre esprit et le mettent en pièces.
Nous-mêmes, Ministres du Seigneur, avec quelle infidélité nous acquittons le tribut de nos saints Offices !
Mais dans le Ciel, Prier sera notre unique affaire, notre unique travail et notre unique soin : « Laudabimus ».
Prier d'une commune voix et d'un même cœur, sans interruption et sans distraction aucune : « Laudabimus ».
Et de quoi louerons-nous le Seigneur ?
De Lui-même, de ses Perfections, de ses Grandeurs ineffables, de ce qu'Il a fait en nous, de ce qu'Il a fait à nos frères dont le Bonheur est le nôtre...
J'anticipe sur l'Éternité...
Fuyez, terre : taisez-vous, mes sens.
Je m'élance au Ciel.
Les Anges et les Dominations adorent.
J'entends ce Cantique :
« Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, qui est et qui doit venir » (Apoc. IV, 8)
Unissez-vous, ma faible voix.
Ces paroles succèdent :
Ô Dieu, Vous nous avez rachetés ; Vous nous avez faits votre Royaume, vos Prêtres... (Apoc. V, 10)
Divin Agneau mis à mort, recevez la puissance, la sagesse, la force...
Là-dessus les vieillards jettent leurs couronnes ; les Anges font fumer les parfums : ce sont les prières des Saints (Арос. V, 9-14)
Vous qui m'écoutez :
Prier est une nécessité, une consolation et une jouissance en cette vie, et c'est l'heureux apprentissage de l'Autre.
Poursuivons l'exposition touchante des différentes parties de notre Félicité, si je puis parler ainsi, mes très-chers Frères.

3. « Amabimus » : nous aimerons !
Aimer est un besoin.
Notre nature n'est qu'élan, elle n'est qu'amour.
Mais hélas, cette sensibilité qui surabonde souvent nous égare : elle se trompe d'objet, elle se perd, elle s'use sur des créatures qui sont trop au-dessous de nous.
De là l'agitation et le trouble.
« Fecisti nos ad te, Domine, et irrequietum est cornostrum donec requiescat in te »
Ô Israël, mon peuple, tu puises dans des eaux bourbeuses (Jer. II, 18)
Et lors même que nous nous attachons à Dieu, le sentiment s'émousse : le corps nous appesantit et nous obombre (Sap. IX, 15)
Toutes les nécessités de la vie nous tirent à elles...
Ô vous, âmes religieuses et ferventes, montez dans cette chaire, dites les suavités de l'Amour divin ; dites ses joies, ses transports : trahissez les secrets du divin Époux ; révélez votre innocent et délicieux commerce.
Et lorsque vous aurez tout dit, je reprendrai la parole et m'écrierai :
Ce n'est ici qu'attiédissement et froideur : ce n'est point un feu, ce n'est qu'une ombre, une fumée...
Mais dans le Ciel le Bien suprême se communique à moi, s'unit intimement à moi...
Je L'aime souverainement, infiniment, si je puis : Jésus-Christ me prête son Cœur ; les torrents de flammes roulent de toutes parts ; c'est un embrasement divin et inextinguible.
J'aime Dieu sans partage ; je L'aime sans mesure ; je L'aime en Lui, je L'aime en moi, je L'aime dans tous les événements qui m'ont conduit à Lui.
Je L'aime dans mes frères : « Amabimus ».
Chrétiens ! Commençons.
Divin amour, tu es tout l'homme.
Qui ne t'a point goûté, il n'a rien senti ; il n'a point vécu.
Sa vie n'est qu'un sommeil agité par des songes vides et trompeurs.
Ô Dieu, que je Vous aime ; mais aussi que je Vous fasse aimer.
Que j'entraîne à Vous toutes les âmes ; que je me confonde avec Vous, avec elles dans une dilection sainte.

Enfin, Chrétiens, nous Verrons pour ne plus trouver d'obscurcissement et de nuages ; nous Louerons pour ne plus nous taire ; nous Aimerons pour ne plus nous attiédir : c'est-à-dire, fixes et immuables en tout, nous posséderons :
« Possidete » (Matth. XXV, 34)
Tout ce qui porte sur le sable fuit et s'écoule avec le sable.
La considération, les richesses et les honneurs passent ; mais il y a des trésors sur lesquels les voleurs et les vers n'ont point d'empire (Matth. VI, 19-20) ; mais personne ne peut ravir les Élus de la main de Jésus-Christ (Jean X, 29) ; mais les palmes, les couronnes et le poids de gloire nous restent à jamais : « Possidete ».
Mais les parents que nous pleurions, nous sommes réunis à eux pour ne plus nous séparer.
Ce Bonheur nous avait été préparé avant tous les âges : il survit à tous les siècles.
« Possidete ».

Chrétiens ! Pour en jouir, il faut le désirer.
Celui qui ne gémit point ici-bas comme étranger, ne se réjouira pas un jour comme habitant des Cieux :
« Qui non gemit peregrinus, non gaudebit civis » (S. Augustin)
Imitons cet Israélite, qui soupirait ainsi ses douleurs par cette Paraphrase du Psaume CXXXVI :
« Tristement assis sur les bords du fleuve de Babylone, nous ne pouvions retenir nos larmes à la seule pensée de Sion. Va, monde perfide, va, criminelle cité, tu n'auras jamais ma voix, ma pensée ni mon cœur. On me disait de chanter les cantiques et d'accompagner ma lyre. Ô Jérusalem, que tes parvis sont beaux ! Que tes places et tes tabernacles sont magnifiques ! »
Vieillards, l'épi blanchit : il est mûr pour la moisson.
Captifs, bientôt vous serez soulagés du poids de vos fers...
Malades, plus de pleurs bientôt, plus de gémissements, plus de douleurs...
Pauvres, des richesses impérissables vous attendent…
Justes, vous serez récompensés…
Pécheurs, et vous aussi vous êtes encore dans la voie : vous pouvez aspirer à l'éternel Héritage.
L'Apôtre nous dit de nous hâter et de prendre possession du céleste Séjour :
« Festinemus ergo ingredi in illam requiem... requiem... »
Chrétiens, entrons d'avance dans cette Patrie si différente de l'exil, cette Patrie où la Vérité est la loi, la Charité le roi ; où la mesure du temps et du bonheur est l'Éternité (S. Augustin). Ainsi soit-il.

Abbé Philibert-Augustin Lacoste (1762-1848) - « Discours XV pour le Jour de l'Ascension sur le Bonheur du Ciel » dans la Collection intégrale et universelle des Orateurs sacrés de Jacques-Paul Migne, tome 99, pages 1010-1013, aux Ateliers Catholiques, 1866

Voir le Jeudi de l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ :
- La « Sainte Messe du Jeudi de l’Ascension du Seigneur » (Vidéo + Textes Liturgiques)
- Le Cantique pour l'Ascension du Seigneur « Enfin son œuvre est achevée ! Chantons le Vainqueur immortel, l'humanité par Lui sauvée, s'élève avec Lui vers le Ciel » du R. P. Justin Etcheverry
- La Prière du Jeudi de l’Ascension du Seigneur « Ô Mon doux Sauveur Jésus, Vous rentrez Aujourd'hui Glorieusement dans le Ciel » d’Adolphe Baudon de Mony
- Toutes les « Prières pour l’Ascension de Notre Seigneur » (plus d’une centaine)
- Le Discours de l'Ascension sur le Bonheur du Ciel « Fuyez terre, taisez-vous mes sens, je m'élance au Ciel et j'anticipe sur l'Éternité » de l’Abbé Lacoste
- Le Sermon pour l'Ascension du Seigneur sur « Ce qui s'est passé entre la Résurrection et l'Ascension » de Saint Léon le Grand
- L'Homélie pour la Solennité de l'Ascension du Seigneur « Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce » de l’Abbé Michel Steinmetz
- Le Sermon pour l’Ascension du Seigneur « Les 4 motifs de l’Ascension » de l’Abbé Michel Frament
- Le Sermon pour l’Ascension du Seigneur « Jésus monta au Ciel » de l’Abbé Denys de Crécy
- Le Sermon pour l’Ascension du Seigneur « Jésus est à droite ! » de l’Abbé Denis Puga
- Le Sermon du Jeudi de l’Ascension de Notre Seigneur « Jésus nous a t-Il abandonné ? » de l’Abbé Denis Puga
- Le Sermon pour l’Ascension du Seigneur « Où se trouve le Ciel ? » de l’Abbé Alexis Rampon
- Le Sermon du Jeudi de l’Ascension de Notre Seigneur « L’énergie de l’Espérance » de l’Abbé Guillaume d'Orsanne
- Le Sermon sur « L’Ascension et le vrai sens de la mort » de l’Abbé Nicolas Cadiet
- Le Sermon du Jeudi de l’Ascension « Mais où est parti le Seigneur ? » de l’Abbé François-Marie Chautard
- Le Sermon du Jeudi de l’Ascension « Après l’humiliation, la Gloire ! » de l’Abbé Renaud de Sainte Marie
- Le Sermon du Jeudi de l’Ascension « La Tête au-dessus des nuages » de l’Abbé Jean Michel Gleize
- Tous les « Sermons, Homélies et Méditations pour l’Ascension de Notre Seigneur » (plus d’une centaine)
- Et Toutes les Méditations sur le « Deuxième Mystère Glorieux de l’Ascension de Jésus au Ciel » pour réciter notre Dizaine du Chapelet des Dimanches et des Mercredis


Voir également de M. l’Abbé Philibert-Augustin Lacoste :
- Le Discours pour Noël sur les Leçons que nous donne la Crèche « Naissez en moi, ô divin Jésus, imprimez en moi les Trois Leçons que me fait votre Crèche » de l’Abbé Lacoste
- Le Discours de l'Épiphanie sur la Manifestation de Notre-Seigneur « Appelés à la Gloire, rois futurs, montrons-nous dignes de nos hautes destinées » de l’Abbé Lacoste
- Le Discours de l'Ascension sur le Bonheur du Ciel « Fuyez terre, taisez-vous mes sens, je m'élance au Ciel et j'anticipe sur l'Éternité » de l’Abbé Lacoste
- Le Discours de la Pentecôte sur les Effets du Saint-Esprit « Ô Grâce de mon Dieu, que ne pouvez-Vous pas produire en nous ! » de l’Abbé Lacoste
- Le Discours sur nos rapports avec la Sainte Trinité « Un Dieu en Trois Personnes, Père, Fils, et Saint-Esprit » de l’Abbé Lacoste
- Le Discours sur la Salutation Angélique « Ave, Maria, gratia plena » de l’Abbé Lacoste
- La Prière sur la Première Communion « Ô Solennité à jamais mémorable que je n'oublierai de ma vie » de l’Abbé Lacoste
- La Prière sur le Sacrifice du Christ le Vendredi Saint « Ô divin Réparateur, triomphez de mes fautes par votre Grâce » de l’Abbé Lacoste
- La Prière contre les tentations « Ô mon Dieu, enflammez mon cœur de Votre saint Amour » de l’Abbé Lacoste
- La Prière pour ne pas succomber aux tentations « Vous serez, ô mon Dieu, toujours à ma droite pour repousser le Démon » de l’Abbé Lacoste
- La Prière de Contrition « Ô mon Dieu, donnez-moi une douleur de mes fautes qui naisse du fond de mon cœur » de l’Abbé Lacoste
- La Prière de Repentance « Mes plus belles années, ô mon Dieu, je les ai perdues en ne Vous les consacrant pas » de l’Abbé Lacoste
- La Prière de Réparation des sacrilèges et blasphèmes dans une Paroisse « Voilà, Seigneur, où ont abouti tant d'irrévérences et d'immodesties pour lesquels je viens Vous faire une Réparation authentique et solennelle » de l’Abbé Lacoste