Voici le Poème sur le Jugement personnel de l’âme coupable « Ô Jésus-Christ, prends pitié, pardonne-moi mon péché » de Jacopo dei Benedetti (1228-1306) dit Jacopone da Todi parce que né à Todi en Ombrie, Frère Franciscain (ofm) qui écrivit surtout des poèmes en dialecte ombrien (italien ancien) ainsi que quelques traités de vie spirituelle, à qui l’on attribue la composition du fameux « Stabat Mater dolorosa ».

Le Poème sur le Jugement personnel « Ô Jésus-Christ, prends pitié, pardonne-moi mon péché » de Jacopone da Todi :
Ô Jésus-Christ, prends pitié,
Pardonne-moi mon péché,
Car à ceci suis mené
Que ne peux plus échapper.
Je ne peux plus y échapper,
Puisque la mort m’a abattu ;
Enlevé m’a tous les plaisirs
De ce monde où ai tant vécu ;
N’ai pas pu autre chose faire,
Et par devant toi suis venu ;
Et m’est grand besoin de ton aide,
Car l’ennemi veut m’accuser.
N’est plus temps de te repentir,
Après la mort, de ton péché ;
Souvent te fut remémoré
Qu’était bon de te confesser ;
Mais ne voulus être loyal,
En ce qui te fut commandé.
La justice a le principat,
Et veut ici t’examiner.
L’Ennemi aussi est venu
Prendre sa part à ce procès :
Ô Seigneur Dieu, te supplie bien
De m’entendre et faire raison ;
Qu’à cet homme doit advenir
Que moi je le mène en prison,
Si je te prouve la raison
Comment il se doit condamner.
Le Seigneur, qui est dernier juge,
Répond après cette requête :
La preuve, si elle est sincère,
Je l’entendrai avec rigueur ;
Parce que tout bon homme espère
Que je suis véridique et droit.
Si tu as son affaire écrite,
Or en dis ce que te paraît.
Seigneur, c’est toi qui l’as créé,
Ainsi que fut ton bon plaisir ;
De tant de grâces l’as orné,
Lui accordas discernement ;
Aucune chose a observé
De ce que lui as commandé ;
Celui à qui a fait service
Se doit de l’en récompenser.
Car tout à fait bien il savait
Quand il prêtait avec usure ;
Au pauvre même ne donnait
Que vraiment mauvaise mesure ;
Mais dans la cour qui est la mienne,
Lui ferai tel remboursement,
Qu’il n’a jamais senti encore
Ce que lui ferai essayer.
Parfois d’autres lui disaient :
Pensez à vos fins dernières.
Et celui-ci s’en riait,
Car ne croyait pas mourir.
Courtois suis à ma maison,
Le ferai très bien servir ;
Puisqu’à moi a voulu venir,
Je ne saurais le renoncer.
Si voyait une assemblée
De dames et de damoiseaux,
Y allait avec instrument,
Et avec ses chansons nouvelles ;
Faisait ainsi acquisition
Pour lui de petits misérables ;
En ma maison ai des valets,
Qui l’enseigneront à chanter.
Si raconte toute l’histoire,
Vous jure qu’en ai grand regret,
Bien que pourtant de vaine gloire
Y aurait là grand sujet.
Pour que lui revienne en mémoire,
Je n’ai fait que d’y toucher ;
Sans payer aucun argent,
La copie en ai fait tirer.
Qu’en apporte son témoignage
L’ange qui était son gardien
Si j’ai dit aucun mensonge,
Contre cet homme mondain !
Me fie en sa loyauté,
Car mentir ne lui est sain.
Or te prie, Dieu souverain,
Que me fasses raison faire.
L’ange s’en vient incontinent,
Pour produire son témoignage :
Sache Seigneur, en vérité,
Qu’il a dit ce qui est certain ;
Et que dit n’a presque rien
De sa basse iniquité ;
Tenu m’a en profond mépris,
Pendant qu’étais à le garder.
Réponds-moi, ô malfaisant,
Si tu as aucune excuse,
Car faire je veux raison
De ce qui a été prouvé ;
N’avais aucune raison
De montrer un tel orgueil ;
Faire en veux grande vengeance,
Ne le peux plus supporter.
De cela qui m’est prouvé
Aucune excuse je n’ai.
Je te prie, Dieu bienheureux,
Que m’aides en ce passage ;
Car m’a tellement apeuré
Et menacé du grand voyage,
Tant est obscur son visage,
Que me fait tout angoisser.
Pendant longtemps t’ai attendu,
Que tu te devais repentir ;
Avec raison es condamné
Et te dois de moi départir ;
De mon visage sois privé,
Que jamais ne le puisses voir.
Faites venir les adversaires,
Qui le doivent accompagner !
Ô Seigneur, comment me dépars
De ta bienheureuse vision ?
Comme sont vite rassemblés
Pour m’emmener à la prison !
Puisque de Toi je me dépars,
Donne-moi ta bénédiction,
Accorde-moi consolation,
En cet instant où je trépasse !
Et moi, plutôt, je te maudis ;
De tout bien sois à jamais privé !
Va en enfer, pécheur indigne,
Qui tellement m’a méprisé !
Si avais été mon ami,
Ne serais pas ainsi mené ;
À l’enfer tu es condamné
Éternellement à rester.
L’ennemi a fait rassembler
Mille des siens avec des fourches,
Et mille autres a fait rester,
Qui ressemblent à des dragons ;
Chacun brigue de l’attaquer
Et lui font chanter leurs chansons ;
Disent : Ceci au cœur te mets,
Que te faut chez nous demeurer.
Avec une très grande chaîne
Étroitement ils l’ont lié ;
À l’enfer avec grande peine
Très durement l’ont emmené ;
Puis crient ceux qui portent les crocs :
« Sors dehors » au pauvre damné ;
Tout le peuple s’est rassemblé,
Et dans le feu le font jeter.
Jacopone da Todi (1228-1306) – « Du Jugement personnel de l’âme coupable » traduit de l’ombrien par Pierre Barbet

Voir également du Franciscain Jacopone da Todi :
- Le « Stabat Mater » de Jacopone da Todi
- La Prière de Jacopone de Todi « Ô Mère, Source d'Amour, faites-moi sentir la violence de Votre douleur afin que je pleure avec Vous »
- La Prière de Jacopone da Todi « Ô mon Seigneur, tout empressé Vous avez couru vers la Croix, où il Vous tardait de mourir pour moi ! »
- La Prière de Jacques de Benedetti « Jésus, donne-moi de couper tout lien qui puisse me retenir »
- Le Poème sur « L’Incarnation du Verbe divin » de Jacopone da Todi
- La Prière pour Noël « Ô Mater amabilis » de Jacopone da Todi
- La Prière pour Noël « Dis, ô douce Marie, combien amoureusement Tu regardais Ton petit enfant, le Christ, mon Dieu » de Jacopone da Todi
- La Prière pour Noël « Debout se tenait la Vierge, auprès de la paille, tandis que gisait son Enfant au milieu des bêtes et livré à la froidure » de Jacopone da Todi
- Le Poème « Comment les Anges s’émerveillent du pèlerinage du Christ sur terre » de Jacopone da Todi
- La Prière pour l’Épiphanie « Avec grande révérence, les Rois Mages L’adorèrent » de Jacopone da Todi
- La Prière du Frère Jacques de Benedetti « Que chaque amant qui aime le Seigneur vienne à la danse en chantant d'amour »
- Le Poème « Comment l’âme par Foi vient aux choses invisibles » de Jacopone da Todi
- La Prière au Sacré Cœur de Jésus « Ô Amour, comment après m'être en Toi transformé, pourrais-je encore être le même ? » de Jacopone da Todi
- La Prière de Jacopone da Todi « Regarde-moi qui nu fus étendu en Croix »
- La Prière de Jacopone da Todi « Ô Marie, Vierge si belle, viens à mon aide »
- La Prière de Jacopone da Todi « Ô mon âme, regarde ici ton Seigneur qui en Croix cloué t’attend »
- La Prière de Jacopone da Todi « Seigneur, donne-moi la mort, avant que plus je ne T’offense »
- La Prière sur la Crucifixion « Ô Dame du Paradis, ton Enfant vient d’être pris » de Jacopone da Todi
- La Prière de Jacopone da Todi « Ô Amour, Divin Amour, Tu sembles épris de moi jusqu’à la folie »
- La Prière pour l’Amour Divin « Je meurs d’amour pour Toi, ô mon Rédempteur » de Jacopone da Todi
- Le Poème sur « Saint François d’Assise et des batailles de l’ennemi contre lui » de Jacopone da Todi
- Le Poème sur « La grande Bataille de l’Antéchrist » de Jacopone da Todi
- Le Poème sur le Jugement personnel « Ô Jésus-Christ, prends pitié, pardonne-moi mon péché » de Jacopone da Todi
- La Prière sur le Jugement Universel « Ô Seigneur très Doux, très Calme et très Patient » de Jacopone da Todi
- Le Poème de la « Plainte de l’Église réduite à mauvais état » de Jacopone da Todi
- La Prière sur la Ronde des Saints dans le Ciel « Una Rota si fa in Cielo... » de Jacopone da Todi
- Le Poème sur la Ballade du Paradis « Une Ronde se fait au Ciel de tous les Saints en ce Jardin où réside l’Amour Divin qui l’enflamme de son Amour » de Jacopone da Todi
- La Prière du Dernier cri d’amour du Frère Jacopone da Todi « Ô Jésus, mon Espérance... que je m’endorme dans l’Amour ! »