Voici la retransmission vidéo et le texte du Sermon sur la Prière« Secrète, mais Parfaite » lue à voix basse par le Prêtre à la Sainte Messe du Dix-Huitième Dimanche après la Pentecôte prononcé par Monsieur l’Abbé Gabriel Billecocq en l'église de Saint Nicolas du Chardonnet qui développe une réflexion théologique structurée autour de trois piliers indissociables : la Messe, la Foi et la Morale. Il suffit de toucher à l'un des trois pour que tout s'écroule. Touchez à la Messe, et la Foi finira par s'écrouler, et les mœurs, les Bonnes mœurs s'en iront. Touchez aux Bonnes mœurs, et à force de ne pas vivre comme on croit, on finit par penser comme on vit, et c'est la Foi qui s'en ira, et alors la pratique et l'assistance à la Messe disparaîtront de la même façon. Ou encore touchez à la Foi, faites-en un sentiment, chacun fera de sa vie ce qu'il veut : ce sont les Bonnes mœurs et l'assistance à la Messe qui vont s'écrouler.
La Secrète rappelle d’abord que le Divin Sacrifice nous met en relations si intimes avec la Divinité que, tandis que nous Lui offrons nos présents, Celle-ci, à Son tour, se donne Elle-même à nous en échange. Cet état si sublime, auquel nous initie la Foi, exige une fidèle correspondance de notre part, aussi supplions-nous aujourd’hui la Divine Clémence de nous accorder d’exprimer par nos œuvres cette Dignité de fils de Dieu participant à la Nature divine, dont le Sacrement nous est le Gage. Alors la Vérité sera en nous pleine et entière, quand, à l’Image du Verbe de Dieu, nous exprimerons nous aussi la Bonté et la Beauté du Père :
Deus, qui nos, per huius sacrifícii veneránda commércia, uníus summæ divinitátis partícipes éfficis : præsta, quǽsumus ; ut, sicut tuam cognóscimus veritátem, sic eam dignis móribus assequámur.
Ô Dieu, qui par les échanges admirables s’accomplissant en ce Sacrifice, nous rendez participants de votre souveraine et unique Divinité, faites, nous Vous en supplions, que comme nous connaissons votre Vérité, nous La suivions en ayant une conduite digne de notre Foi.
Le Sermon du Dix-Huitième Dimanche après la Pentecôte sur la « Prière Secrète, mais Parfaite, de la sainte Messe » de l’Abbé Gabriel Billecocq :
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.
Mes biens chers Frères, il y a dans nos Missels, dans les textes mêmes du jour, souvent des petits textes que l'on lit rapidement, que l'on lit peut-être avec peu d'attention, et qui pourtant contiennent la substance de toute notre Doctrine et de toute notre vie.
Et je pense, dans la Messe d'aujourd'hui, à ce que l'on appelle la Secrète.
La Secrète, c'est ce petit texte que le Prêtre lit à voix basse, d'où son mot, son nom de Secrète, qu'il lit comme en secret juste après s'être retourné vers Vous en disant : « Priez mes frères »,
« Orate fratres, »
Puis s'être retourné à l'Autel.
Et une fois que les Fidèles ont répondu par la Prière du Suscipiat, le Prêtre lit donc en secret cette petite Prière qui, dans les textes d'aujourd'hui, résume parfaitement à la fois toute notre Doctrine et en même temps tout notre combat, et même, on pourrait dire, toute notre position dans la Crise de l'Église.
Permettez-moi donc ce matin de m'y arrêter rapidement et surtout de la proposer à votre méditation, parce que le texte en est facile, les vérités sont très connues, et pourtant tout y est dit.
La Secrète commence par ces mots : « Deus qui nos... Ô Dieu qui, par les augustes commerces de ce Sacrifice... ».
La première vérité qu'affirme ici la Secrète, c'est que le saint Sacrifice de la Messe est un commerce.
Ce n'est pas le commerce de la quête qui est faite après le sermon ; c'est un commerce d'ordre surnaturel, et tout commerce, vous le savez, est un échange.
Dans un commerce, il y a donnant-donnant, normalement à égalité.
Ici, c'est à inégalité.
En quoi consiste cet échange ?
Il consiste d'abord dans l'Offertoire.
À l'Offertoire, le Prêtre prend la patène sur laquelle se trouve l'Hostie qui signifie « Victime », et il offre la Victime à Dieu.
Tout sacrifice est ainsi constitué d'une victime que l'on se choisit et que l'on offre à Dieu pour s'en séparer et la donner à Dieu, pour bien lui montrer notre hommage.
Mais ici, la Victime a quelque chose de tout particulier : c'est que cette Victime sera, après la Consécration, Dieu Lui-même, notre Seigneur Jésus-Christ qui s'est fait homme et qui s'est fait plus qu'homme, qui s'est fait péché, si l'on peut dire, comme le dit Saint Paul d'ailleurs, qui s'est fait péché pour nous.
Donc ce que nous offrons, n'est-ce pas, avec la Victime, c'est nous-mêmes comme pécheurs.
Et tous les textes indiquent bien que nous nous unissons à cette Victime : nous déposons nous aussi nos péchés sur la patène.
Et d'ailleurs encore une fois, après, à l'Offertoire, lorsque le Prêtre remplit le calice, il y met cette goutte d'eau qui manifeste notre participation et notre union au Sacrifice, mais aussi à la Victime.
Donc le premier échange qui se fait, c'est cette Victime que l'on offre à Dieu, et cette Victime, ce sont nos péchés.
Voilà déjà comment nous devons apprendre à participer à la Messe : ce n’est pas à être passifs, mais déjà à déposer, à savoir déposer nos infirmités, nos péchés sur la patène pour que Dieu les prenne.
C'est la première partie de l'échange, et c'est cet échange-là que Dieu veut pour nous.
Et ensuite, la deuxième partie de l'échange à la Messe du commerce se fait à la Communion.
Une fois que le Sacrifice a été agréé de Dieu, c'est-à-dire reçu par Dieu et accepté de Dieu, et bien Dieu donne ses faveurs.
Et c'est ainsi que dans tout sacrifice, il y a ce moment de l'offertoire, puis de l'immolation — c'est la Consécration où vraiment la Victime est entièrement donnée à Dieu et on s'en dépouille —, et en retour, Dieu donne ses faveurs.
Et ces faveurs, elles sont données au moment de la Communion, puisque la Communion est une participation au Sacrifice.
Et cette participation au Sacrifice veut manifester qu'il y a une union entre l'homme qui s'offre à Dieu, ou qui offre la Victime à Dieu, et Dieu qui donne ses faveurs à l'homme.
Mais ici, dans ce Sacrifice, la Communion a quelque chose de tout particulier : c'est qu'au moment même où nous communions, nous ne recevons pas simplement les faveurs de Dieu, nous recevons Dieu Lui-même.
Jésus-Christ, vrai Dieu, vrai homme, avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité.
Et donc ce n'est pas simplement la Grâce que nous recevons, c'est l'Auteur de la Grâce.
Et donc vous voyez ici l'inégalité de l'échange qui a lieu au moment de la Messe, puisque l'homme, et par le Prêtre, n'a que ses péchés à offrir sur la patène qu'il unies à notre Seigneur Jésus-Christ qui s'est fait péché pour nous, et en échange, Dieu donne sa Vie.
Voilà, voilà ce que c'est que la Messe, mes bien chers Frères.
Et quel est cet effet ?
La Secrète le dit : « Ô Dieu qui, par les augustes commerces de ce Sacrifice, nous rendez participants de votre souveraine Divinité ».
Quel est donc le fruit de la Messe ?
C'est que Dieu nous fait participer à sa vie, c'est que Dieu nous donne sa vie en nous pour que nous vivions, nous, dans notre vie, de la vie de Dieu.
Voilà donc le résumé, n'est-ce pas, en une toute petite phrase, de ce que c'est que la très sainte Messe : un commerce, un échange dans lequel finalement Dieu donne sa vie pour que nous vivions de sa propre vie, pour que nous soyons comme des dieux selon encore les mots de Saint Pierre dans son Épître.
C'est la première partie, voyez, de cette Secrète qui résume ici tout le sens, toute la Doctrine, la Théologie de la sainte Messe.
Et alors la Secrète ajoute : « Faites que... »
Et ça, ce sont les fruits que nous demandons, les fruits que nous demandons à la sainte Messe : « Faites que, connaissant votre Vérité... »
Et là encore, il y a une nouvelle affirmation, c'est que notre vie, notre vie spirituelle, notre vie surnaturelle, c'est d'abord une vie de connaissance.
Et voyez, dans notre monde, c'est important de relire avec attention ces mots.
La Foi n'est pas un sentiment, la Foi n'est pas un ressenti, la Foi n'est pas un... chatouillement, n'est-ce pas, intérieur qui nous fait du bien.
La Foi est d'abord et avant tout connaissance d'une vérité : « Sequitur ut amemus veritatem ».
Mais, et ça le texte le dit bien, elle dit bien ici : « Faites que, connaissant votre Vérité ».
Ce n’est pas simplement la Vérité, ce n’est pas simplement une Vérité : c'est la Vérité de Dieu.
C'est-à-dire, connaissant quoi ?
Ce que Vous nous avez enseigné de Vous.
Et vous voyez que la Foi suppose une révélation de Dieu.
Là encore, la Foi ne vient pas de l'homme qui décide ce qui est bon ou pas bon.
La Vérité n'est pas quelque chose qui est simplement la sincérité d'un cœur qui choisit ce qu'il veut croire ou ne pas croire, ce qui lui plaît ou ce qui ne lui plaît pas.
La Vérité, qu'est-ce que c'est ?
C'est d'abord la Vérité de Dieu, c'est donc la communication que Dieu fait de Lui-même à nos âmes.
Et donc ici, il y a la réaffirmation très claire que la Foi provient d'un enseignement, et cet enseignement, vous le savez, il nous a été transmis de main en main, et c'est ce qu'on appelle la Tradition.
C'est ça qui nous définit, ce que nous nous disons de nous quand nous nous disons Traditionnels : c'est que nous voulons garder quoi ?
La Foi, mais pas n'importe quelle foi.
Nous voulons garder l'Enseignement que Jésus-Christ a donné à ses Apôtres, que les Apôtres ont transmis de siècle en siècle, c'est-à-dire nous voulons garder votre Vérité.
Connaissant votre Vérité, nous voulons garder non pas une vérité qui nous fait du bien, non pas une attache à une certaine sensibilité : nous voulons garder ce que Dieu nous a révélé, ce qu'Il nous a enseigné.
Et donc voyez, la Secrète ici, en peu de mots, réaffirme l'exigence de la Foi, qui est une soumission à la Parole de Dieu et non pas un décret personnel de ce que nous allons interpréter de la Parole de Dieu.
Dieu Lui-même se révèle, Dieu se donne dans sa Parole, et sa Parole, c'est Jésus-Christ.
Et l'Enseignement donc de Dieu, c'est la Parole de Dieu ; l'enseignement de Dieu, c'est Jésus-Christ Lui-même.
Et en même temps, voyez, puisque Dieu nous révèle sa Vérité et qu'elle nous est inaccessible parce que c'est la Vérité de Dieu, la Foi suppose en nous un don de Dieu particulier qui vient rendre notre intelligence apte à connaître les Vérités que Jésus-Christ nous enseigne.
Vous voyez en peu de mots comment ici l'Église nous donne l'art de récapituler toutes les Vérités que nous croyons.
Et ce n'est pas tout. « Faites que, dit la Secrète, connaissant votre Vérité, nous La poursuivions par de dignes mœurs ».
Et là encore, c'est la réaffirmation de quelque chose de très clair : la Foi ne suffit pas pour être sauvé.
Connaissant votre Vérité, nous La poursuivions.
L'objet de toute notre vie, bien sûr, c'est la Foi, c'est la Vérité de Dieu, mais il ne suffit pas de La connaître, il faut aussi La poursuivre par des bonnes mœurs.
N'est-ce pas dit, ce n’est pas celui qui dit « Seigneur, Seigneur », qui sera sauvé ?
C'est celui qui fait la Volonté de mon Père, c'est-à-dire celui qui cherche la Vérité mais avec de bonnes mœurs, parce que la Vérité ne peut se trouver que dans une vie digne.
Et donc c'est cela que la Secrète demande de nous, que nous poursuivions la Vérité.
Donc ça aussi c'est intéressant, parce qu’ici on est loin de tout moralisme, d'une morale qui s'imposerait à nous parce que c'est ainsi, non.
Ce qui conduit toute notre vie, ce qui guide nos bonnes mœurs, ce qui fait la Morale Chrétienne, c'est quoi ?
C'est la poursuite de la Vérité.
Donc ce qui éclaire toute notre vie, c'est la Vérité de Dieu, la Foi.
Mais ça ne suffit pas : il ne suffit pas de connaître Dieu pour être sauvé, il ne suffit pas de dire « J'ai la Foi pour être sauvé », il ne suffit pas de dire « Je suis Catholique pour être sauvé ».
Il faut, comme on dit, pratiquer, c'est-à-dire vivre dans de bonnes mœurs.
Et ici on voit bien que la Secrète a le souci de nos âmes : « Faites que, connaissant la Vérité, nous La poursuivions par de dignes mœurs ».
Et là, on est obligé de le demander à Dieu.
Pourquoi « Faites que nous La poursuivions » ?
Parce qu'il est difficile de garder l'intégrité des bonnes mœurs, nous le savons.
D'abord, nous sommes blessés, blessés par le péché originel, et ensuite nous sommes faibles.
Et ces faiblesses font que la vie digne de bonnes mœurs, c'est-à-dire la vie surnaturelle, nous est difficile.
Nous sommes tentés, nous le savons, régulièrement tentés, et nous serons tentés jusqu'à la fin de notre vie.
Alors nous savons que poursuivre de bonnes mœurs, n'est-ce pas, de dignes mœurs, est une chose difficile.
C'est un combat de tous les jours, et c'est pourquoi dans cette Secrète, nous demandons à Dieu la Grâce de pouvoir rester dignes dans nos mœurs.
Mais là, ce qui est intéressant, c'est que nous le demandons juste avant le saint Sacrifice de la Messe, et nous le demandons juste après avoir dit : « ...Vous qui, par les augustes commerces de ce Sacrifice, nous rendez participants de votre souveraine Divinité ».
Et donc, vous voyez, qu'est-ce que l'on demande ?
On demande finalement que la Messe et le fruit de la Messe nous donnent de pouvoir bien vivre selon de dignes mœurs.
Et voyez finalement comment tout est imbriqué : la Messe contient toutes les Vérités de Foi, mais en tant qu'elle est un échange, nous donnons nos péchés parce que nous sommes faibles, Dieu nous donne sa vie et nous rend ainsi participants de sa vie et nous permet de vivre selon de dignes mœurs.
Et en réalité, tout se tient.
Que ce soit la Foi et la Morale, bien sûr elles se tiennent, mais que ce soit la Messe, la Foi et la Morale, tout se tient.
Il suffit de toucher à l'un des trois pour que tout s'écroule.
Touchez à la Messe, et la Foi finira par s'écrouler, et les mœurs, les Bonnes mœurs s'en iront.
Touchez aux Bonnes mœurs, et à force de ne pas vivre comme on croit, on finit par penser comme on vit, et c'est la Foi qui s'en ira, et alors la pratique et l'assistance à la Messe disparaîtront de la même façon.
Ou touchez encore à la Foi, faites-en un sentiment, chacun fera de sa vie ce qu'il veut : ce sont les Bonnes mœurs et l'assistance à la Messe qui vont s'écrouler.
Et voyez donc la Perfection ici de cette petite Prière dont l'Église a le chic et qui est extraordinaire ici.
C'est un bijou qui nous rappelle non seulement les grandes Vérités de l'Église, bien sûr la Messe, la Foi et les Bonnes mœurs, mais finalement, c'est une Prière qui nous rappelle aussi la Vérité de notre combat.
Voyez, si nous voulons garder la Messe de Toujours, c'est parce qu'elle est un écrin qui contient la Foi et qui nous permet de garder de Bonnes mœurs.
Si nous voulons garder la Foi telle qu'elle a toujours été enseignée, c'est aussi pour pouvoir vivre selon de Bonnes mœurs.
Et si nous nous battons contre le déferlement d'immoralité que l'on observe et dans le monde et malheureusement dans l'Église, c'est pour pouvoir garder la Foi intacte et garder, par la Messe, le trésor de la vie que notre Seigneur nous a livré.
Alors voyez, à travers ces petites Prières, mes bien chers Frères, nous avons de quoi méditer toute la semaine ici, et j'ai envie de dire de nous régaler de ces Vérités divines que l'Église nous offre et que le Bon Dieu, en peu de mots, est capable de donner à notre âme pour l'affermir dans la Foi, dans la Vie surnaturelle, et surtout dans l'amour de la sainte Messe.
Et voyez que la Messe ici prend un sens vraiment extraordinaire dans notre vie : elle est l'affermissement de notre Foi, elle est l'affermissement de nos Bonnes mœurs.
Alors demandons à la Très Vierge Marie qu'elle nous donne de comprendre ce lien qui existe entre toutes les Vérités.
Et à travers ce lien qui existe entre toutes les Vérités, que la Très Sainte Vierge Marie nous donne la Grâce de rester Fidèles : Fidèles à la Foi, Fidèles aux Bonnes mœurs, Fidèles à notre combat, Fidèles finalement à la Messe qui nous permet de garder cette Fidélité à la Foi et à la Morale.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.