Voici la retransmission vidéo et le texte du Sermon « La grossièreté du langage, dix raisons de l’éviter » prononcé par Monsieur l’Abbé François-Marie Chautard en l'église de Saint Nicolas du Chardonnet qui démontre que la grossièreté habituelle du langage n'est pas une bagatelle, mais un désordre moral et spirituel qu'il faut impérativement bannir, et qui invite les Fidèles Catholiques à adopter un langage digne de leur condition de Baptisés.
Le Sermon « La grossièreté du langage, dix raisons de l’éviter » de l’Abbé François-Marie Chautard :
« ... Qu'on n'entende pas non plus de paroles déshonnêtes ni de propos insensés ni de plaisanterie grossière choses qui ne conviennent pas » (Éphésiens V, 4)
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères, ainsi s'exprime l'Apôtre au sujet de la grossièreté du langage dont parlent certains examens de conscience. Mais est-ce vraiment un mal que de dire de manière habituelle des Gros Mots ? Y a-t-il un désordre à prononcer régulièrement des mots vulgaires ? Pourquoi Saint Paul décourage les Chrétiens d'en user ? La grossièreté du langage est-elle une bagatelle ?
Voici 10 raisons de nous en détourner :
En premier lieu, il faut noter que le langage est une forme de communication. Quand on parle à autrui, on communique, c'est-à-dire qu'on échange avec l'autre des idées, des pensées, des expressions. On communique à l'autre ce qu'on pense, on rend les choses communes. Mais dès là qu'on use de propos et de mots vulgaires, on rend commun la vulgarité. On communique notre vulgarité aux autres, c'est un peu comme si on éclaboussait le prochain de la saleté que nous avons dans notre bouche et peut-être dans notre cœur. Car, comme l'a dit Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, la bouche parle de l'abondance du cœur. Une parole habituellement grossière témoigne de ce qui habite habituellement un cœur. Et la parole résonne non seulement pour ceux qui entendent notre propos, mais également pour nous, car lorsque nous parlons, nous nous entendons.
Une deuxième raison est que non seulement on échange une vulgarité, mais en outre on crée une ambiance de vulgarité, un esprit de laisser-aller de légèreté. C'est l'esprit du monde qui transparaît si facilement dans les médias, quels qu'ils soient : les films, les séries, la télévision, les publicités, j'en passe. Il y a cette vulgarité qui se diffuse et qui crée un état d'esprit, un climat de vulgarité de laisser-aller.
En insinuant cet esprit du monde, la grossièreté du langage — et c'est une troisième raison — banalise le mal. On relativise aisément quelque chose dont on parle sans aucune peine, dont on parle comme si c'était justement quelque chose d'habituel, quelque chose de normal. Saint Paul a une expression lorsqu'il stigmatise certains péchés particulièrement graves : « ne nominetur », que cela ne soit pas dénommé parmi nous, qu'on n'en parle pas. Il y a des choses dont il ne faut parler qu'avec parcimonie. On ne parle pas des choses viles, honteuses, comme si on parlait de la pluie et du beau temps. Oh, bien sûr, de temps en temps il faut éclairer, alerter, condamner, mais avec mesure. Et cette mesure est d'autant plus difficile à trouver que le monde parle de ces choses honteuses sans aucune retenue. C'est pourquoi la grossièreté du langage — je parle encore une fois d'une grossièreté habituelle, pas d'un mot qui pourrait échapper, ce n’est pas la même chose là — la grossièreté du langage acclimate au péché, au mal. Elle crée le lit du péché, si l'on peut dire.
Et puis, ajoutons un quatrième argument, surtout pour les plus jeunes d'entre nous : les Gros Mots sont souvent impurs ou empruntés aux images scatologiques. Or, il n'est pas indifférent de dire ou d'entendre ce genre de choses, précisément parce que le mot, la parole est le signe d'une pensée, d'une image. Et de ce fait — et c'est un propos qu'on a longtemps attribué à Saint Thomas — lorsqu'un homme dit facilement quelque chose de honteux, il s'ensuit qu'il est presque porté à le faire. Pourquoi ? Car en disant fréquemment quelque chose de honteux qui peut être commis, il médite plus souvent sur cette même chose. Ça habite davantage sa pensée, et de cette méditation fréquente naît une inclination plus grande à le commettre. Et bien qu'il faille d'une manière générale pour tout le monde bannir de la cité de tels propos, il faut surtout les interdire aux jeunes et en leur présence, de telle sorte qu'eux-mêmes ne tiennent pas de tels propos et qu'ils n'entendent pas non plus les autres les tenir. Pourquoi ? Il explique encore, je termine la citation : car toutes les choses qu'ils entendent, voient ou font dans leur première jeunesse, ils les admirent comme des choses nouvelles pour eux. Il y a un côté fascinant, un côté attirant, attrayant, un nouveau mot, Gros Mot qu'on va dire, une mauvaise imagination. Et c'est pourquoi ils les retiennent davantage dans leur mémoire et ils prennent davantage de plaisir. Voyez comme un enfant qui va revenir très vite un propos qu'il a entendu une fois, un mauvais propos, on dit : « Mais où est-ce qu'il a appris cela ? ». Et il l'a entendu, c'était nouveau, il l'a retenu et il va le redire. Et peut-être que s'il le redit habituellement, eh bien ça va travailler sa pensée. Or, ce qui est objet d'admiration devient facilement objet de plaisir, et à ce qui leur plaît, ils s'inclinent plus facilement. On oublie cette force du langage, du vocabulaire dans notre pensée, dans nos affections.
On peut ajouter un cinquième argument voisin : quand un enfant, un adolescent, un jeune homme ou une jeune fille prononce un gros mot, il sait qu'il transgresse une règle. Il éprouve le sentiment d'une fausse liberté qui le grise. Il se sent fier, presque fort d'avoir osé prononcer ce mot. En définitive, il sait très bien, il le sent du moins, qu'il a fait sauter un verrou. Il y a quelque chose de désinhibant dans le fait de dire des Gros Mots. Au début, on peut sembler être simplement décontracté, mais en fait c'est plus que cela : c'est qu'on casse les barrières, certaines barrières morales.
Et cette liberté apparente, fausse, trompeuse, expose à l'impatience, et c'est notre sixième raison. Vous avez sans doute remarqué que les mots grossiers sortent quand on est en colère, quand on s'impatiente, quand on se fait mal, quand un train a du retard, en transport en commun, quand on est en voiture, que sais-je ? Les exemples sont légion. Il y a un lien étroit entre cette grossièreté du langage et cette impatience. Bref, quand on ne se maîtrise pas, l'impatience et la grossièreté se nourrissent mutuellement, s'entraînent ensemble. Saint Jacques dans son Épître à ce propos : « Si quelqu'un s'imagine être Religieux sans mettre un frein à sa langue, il s'abuse lui-même et sa Religion est vaine » (Jacques I, 26).
Et je crois que c'est lui qui a cette image où il dit que la langue est comme le gouvernail de notre âme. Si on tient le gouvernail d'un bateau, on tient la direction de tout l'ensemble. Si on tient notre langue, on se tient, on se possède. Il y a une force à tenir sa langue qui aide à tenir son être. Et vous remarquerez qu'un homme qui maîtrise son discours, qui tient sa langue précisément, se possède, et c'est lui qui est véritablement libre intérieurement, pas celui qui laisse passer toutes les mauvaises expressions qu'il a dans son imagination et qui passent ensuite dans son discours.
Certains époux font le choix — qui ne s'impose pas — de se Vouvoyer ; des parents demandent à leurs enfants de les Vouvoyer. Car cette règle, qui ne s'impose pas, qui est libre, protège de l'irrespect et favorise cette domination intérieure.
Notre huitième raison tient au fait que la qualité de langue donne une certaine droiture, une certaine élévation à l'ensemble qu'elle hausse vers le haut, justement. Peut-être avez-vous lu des passages de Pompidou ? Sa qualité de langue, non moins que l'élévation de sa pensée, mettent l'esprit à une hauteur qui, comment dire, édifie. De même, lorsque nous écoutons quelqu'un qui parle un français élégant, impeccable, nous sommes comme irrésistiblement élevés. Je me souviens avoir entendu une religieuse étrangère qui parlait un français sans faute, avec une remarquable précision des termes et des expressions. Et je n'ai pu m'empêcher de songer que cette perfection qu'elle mettait dans sa vie Religieuse transparaissait jusque dans sa langue, parce qu'il y a un lien entre les deux.
En contrepoint — et c'est notre avant-dernière raison — si on parle de belles langues, un langage vulgaire, grossier, est souvent laid, encore plus laid si c'est une femme qui l'utilise. La grossièreté dans la bouche d'une femme est plus laide encore que dans la bouche d'un homme. Il n'y a pas là de quoi s'étonner : la Vertu est plus belle chez une femme comme le vice est plus laid.
Enfin, ajoutons une dernière raison : la révolution manie le langage avec maestria. Elle le réduit, elle l'ampute, elle le change, elle le modifie, elle l'appauvrit à des fins. Car changer le langage d'un peuple, c'est en changer l'âme, c'est en changer l'esprit, c'est en changer la vertu. Sans parler de grossièreté, remarquez la pauvreté du langage de la liturgie nouvelle, des cantiques nouveaux, qui s'accompagnent d'une perte du Sacré. On ne change pas impunément la langue de la Liturgie, la langue de la Prière, sans perdre le sens du Sacré, sans descendre dans cette parfois vulgarité.
Un membre de l'Académie française avait, il y a quelques années, ces réflexions très justes sur le tutoiement si fréquent, notamment dans les prières modernes. Il ne parlait pas de la Liturgie ni de la Prière, mais il avait ces réflexions justes que je vous communique : le « Tu » qui prévaut de plus en plus aujourd'hui simplifie ou, pire, uniformise le langage et les rapports entre les individus. On ne se méfie jamais assez des uniformes, du Tutoiement obligatoire des camarades, comme des bourreaux et de leurs victimes, de ce qui rend, en bref, la société unie, semblable, obéissante, obligatoire. Au risque d'inventer un néologisme intrépide, je dirais que le tutoalitarisme est un totalitarisme. C'est assez bien vu. Le langage embrasse une pensée, mais parfois il peut enfermer une pensée et la tirer vers le bas.
Nous demanderons donc au Verbe fait chair, à la Parole qui s'est incarnée, et à Celle qui conservait toutes ces Paroles en son Cœur — qu'on n'imagine absolument pas tomber dans quelque forme de grossièreté que ce soit — de nous apprendre à parler Chrétien, de nous apprendre ce langage qui convient à des Baptisés, de parler la langue qui convient à des disciples du Verbe incarné.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.