Voici la Séquence Dies Iræ du Jour du Jugement Dernier attribuée au Bienheureux Thomas de Celano (1190-1260) et paraphrasée « Ô Jour triste et lamentable où un Dieu irrité et vengeur des crimes doit réduire en cendre ce vaste univers ! » par le Révérend Père Barthélemy Baudrand (1701-1787), Prêtre Jésuite, Recteur du Collège Royal de Bourbon d’Aix-en-Provence qui se retira en 1762 à Vienne dans le Dauphiné, avant l’expulsion des Jésuites en 1764 du Royaume de France, pour écrire de nombreux ouvrages spirituels de piété.
La Paraphrase du Dies Iræ du Jour du Jugement Dernier « Ô Jour triste et lamentable où un Dieu irrité et vengeur des crimes doit réduire en cendre ce vaste univers ! » du R. P. Barthélemy Baudrand :
Dies iræ, dies illa, Solvet sæclum in favílla : Teste David cum Sibýlla : Ô Jour triste ! Jour lamentable ! où un Dieu irrité et vengeur des crimes doit enfin, selon les oracles des prophètes, par un déluge de feu, réduire en cendre ce vaste univers et tout ce qu'il contient.
Quantus tremor est futúrus, Quando iudex est ventúrus, Cuncta stricte discussúrus : Quel trouble, quelle frayeur, quelles alarmes saisiront tous les cœurs, quand ce Juge redoutable, armé d'éclairs et de foudres, viendra s'asseoir sur son Trône, et appellera tous les hommes et toutes leurs œuvres à un examen sévère, à un Jugement rigoureux !
Tuba mirum spargens sonum Per sepúlcra regiónum, Coget omnes ante thronum : Les Anges, ministres de ses vengeances, feront retentir aux quatre coins de la terre alarmée ces effrayantes paroles : Levez-vous, morts, venez paraître au Tribunal du souverain Juge. Au premier son de cette trompette et dans un clin d'œil, les cendres seront ranimées, et tous les morts sortiront du tombeau pour se rendre où Dieu les appelle.
Mors stupébit et natúra, Cum resúrget creatúra, Iudicánti responsúra : La mort étonnée obéissant à la voix de Dieu, rendra les dépouilles qu'elle avait enlevées ; et la nature dans l'effroi et la consternation rendra hommage à son Auteur par le bouleversement affreux qu'elle aura essuyé.
Liber scriptus proferétur, In quo totum continétur, Unde mundus iudicétur : Alors sera ouvert aux yeux de tout l'univers ce Livre de vie et de mort où seront écrites en caractère de feu toutes les actions des hommes, qui doivent servir de matière à ce Jugement, et de condamnation contre les pécheurs.
Judex ergo cum sedébit. Quidquid latet apparébit : Nil inúltum remanébit : Que de monstres d'iniquités, que de péchés cachés, que de crimes inconnus paraîtront alors au grand Jour, et couvriront d'une confusion éternelle les réprouvés donnés en spectacle aux yeux de l'univers assemblé !
Quid sum miser tunc dictúrus ? Quem patrónum rogatúrus, Cum vix iustus sit secúrus ? : Je paraîtrai moi-même, ô mon Dieu, ô mon Juge, à votre Jugement redoutable, je serai examiné et jugé dans toute la rigueur de votre Justice. Hélas, criminel comme je suis, que pourrai-je répondre et qui pourra prendre ma défense, puisque le Juste même sera saisi de crainte, de tremblement et de frayeur ?
Rex treméndæ maiestátis, Qui salvándos salvas gratis, Salva me, fons pietátis : Roi de gloire, Roi des vertus, il n'est que Vous et votre clémence à qui je puisse avoir recours ! Vous êtes le Dieu des vengeances, mais Vous êtes le Dieu des miséricordes ; ayez pitié de moi ; et dans ce Jour de votre juste colère, n'oubliez pas votre ineffable bonté.
Recordáre, Iesu pie, Quod sum causa tuæ viæ : Ne me perdas illa die : Ô Jésus ! Ô Sauveur adorable, souvenez-Vous que Vous êtes venu sur la terre pour me sauver ; je suis l'ouvrage de vos mains et le prix de votre sang ; ne perdez pas ce prix qui Vous a coûté si cher.
Quærens me, sedésti lassus : Redemísti crucem passus : Tantus labor non sit cassus : Tendre Pasteur, Vous m'avez cherché avec tant de bonté quand je Vous fuyais comme une brebis égarée ; Agneau sans tache, Vous Vous êtes immolé pour moi sur la Croix ; que tant de travaux ne soient pas inutiles ; que tant de sang ne soit pas répandu en vain !
Iuste iudex ultiónis, Donum fac remissiónis Ante diem ratiónis : Dien juste, Dieu puissant, faites-moi ressentir les effets de votre clémence ; avant que de devenir mon Juge, soyez mon Sauveur et mon Père ; prévenez le Jour des justices, et pardonnez mes péchés, que je déteste, avant que le Jour des vengeances arme contre moi votre juste colère.
Ingemísco, tamquam reus : Culpa rubet vultus meus : supplicánti parce, Deus : Je suis criminel, mais je gémis de mes crimes, mon visage est couvert de confusion, mon cœur est brisé de douleur ; laissez-Vous toucher à la vue de mes soupirs et de mes regrets.
Qui Maríam absolvísti, Et latrónem exaudísti, Mihi quoque spem dedísti : Une Madeleine pénitente, un Larron affligé et contrit ont trouvé grâce à vos yeux ; à leur exemple, j'ose encore espérer en Vous, les trésors de vos miséricordes ne sont pas épuisés ; daignez en répandre quelque effusion salutaire sur moi tout indigne que j'en suis devant Vous.
Preces meæ non sunt dignæ : Sed tu bonus fac benigne, Ne perénni cremer igne : Ah ! Je le sais, la voix de mes prières ne mérite pas de se faire entendre à votre cœur ; mais prenez dans Vous-même et dans votre bonté le motif de mon pardon, et faites que par le torrent de mes larmes je puisse éteindre les feux éternels que j'aurais mérités.
Inter oves locum præsta, Et ab hædis me sequéstra, Státuens in parte dextra : Quand vos Anges viendront séparer les Bons d'avec les Méchants, ah ! Dieu de bonté, ne me rejetez pas à la gauche avec les Réprouvés, condamnés à ne Vous voir jamais ; placez-moi à la droite avec les Élus, destinés à chanter éternellement vos louanges.
Confutátis maledictis, Flammis ácribus addíctis : Voca me cum benedictis : Et quand Vous précipiterez les Impies dans les gouffres des feux vengeurs, appelez-moi avec les Justes à la possession éternelle de votre règne, pour n'être consumé que des flammes de votre amour.
Oro supplex et acclínis, Cor contrítum quasi cinis : Gere curam mei finis : Je le dis encore, et je le reconnais, mon Dieu, je n'ai que la voix de mes soupirs et des gémissements de mon cœur à Vous faire entendre ; ayez pitié de mon âme, et si Vous n'avez pas eu les prémices de ma vie, ayez-en ce qui me reste jusqu'à la fin de mes jours.
Lacrimósa dies illa, Qua resúrget ex favílla. Iudicándus homo reus : Huic ergo parce Deus : Pie Iesu Dómine, Dona eis réquiem : Non, rien de si triste et de si redoutable que ce Dernier Jour, ce Jour des vengeances ; si Vous nous jugez à la rigueur, nul homme vivant ne sera justifié à vos yeux : il n'est que votre miséricorde en qui nous puissions espérer ; ouvrez-nous donc son sein, pour nous recevoir à jamais dans le Repos Éternel. Ainsi soit-il.
Révérend Père Barthélemy Baudrand (1701-1787) – « Œuvres complètes du R. P. Baudrand » : Paraphrase du Dies Iræ du Jour du Jugement Dernier, pages 1282-1284, chez J.-P. Migne éditeur, 1855