Voici un Poème sur l’Espérance Chrétienne adressé en avril 1840 à M. Alfred de Courcy, président de la Compagnie Générale des Assurances Maritimes et président de la Société de Secours aux Familles des Marins Français Naufragés, qui était bien placé pour connaître les naufrages nombreux qui endeuillaient les côtes bretonnes « Je veux chanter l'arbre immense toujours fleuri, toujours vert, que la divine Clémence planta dans notre désert » par Hippolyte Violeau (1818-1892), Poète Catholique breton, auteur de contes et de poésies bretonnes.

Le Poème sur l’Espérance Chrétienne « Je veux chanter l'arbre immense toujours fleuri, toujours vert, que la divine Clémence planta dans notre désert » d’Hippolyte Violeau :
Je veux chanter l'arbre immense
Toujours fleuri, toujours vert,
Que la divine Clémence
Planta dans notre désert.
Sa sève est puissante et forte ;
Son moindre bourgeon rapporte :
Ses rameaux sont infinis,
Ils croissent, montent, s'étendent,
Se soutiennent, se répandent
Chargés de fleurs et de nids.
Antique comme la terre,
Il est son constant appui :
La nature solitaire
N'existerait point sans lui.
Si sa racine profonde
Ne soutenait pas le monde,
Le monde chancellerait.
Si le vent de la colère
Brisait l'arbre tutélaire,
Le monde s'écroulerait !
Sa cime est verte et superbe,
De ses rameaux précieux
Le premier rampe sur l'herbe,
Le dernier s'attache aux Cieux !
Il couvre d'un doux ombrage
La cabane du sauvage,
Le chaume du laboureur,
Le palais des grands du monde
Et la retraite profonde
Où se cache le penseur.
Le matelot en voyage
Le voit dans son horizon ;
Le captif voit son feuillage
Aux barreaux de la prison.
Ceux qui souffrent, ceux qui craignent,
Ceux qui pleurent et se plaignent
Touchent ses rameaux touffus,
Et, comme un divin dictame,
Ils sentent au fond de l'âme
Un secours qu'ils n'avaient plus.
Nos mères sous sa verdure
Ont formé nos premiers pas :
Dans ce monde où rien ne dure
Ses charmes ne passent pas.
La jeunesse insoucieuse,
Bruyante ou silencieuse,
Le salue en approchant,
Et la vieillesse plus sombre
A la fraîcheur de son ombre
S'endort au soleil couchant.
On voit planer sur sa cime
Un Ange plein de douceur,
Qui, confiant et sublime,
Appelle la Foi sa sœur.
Ses deux ailes sont mouillées
De nos larmes essuyées
Par son céleste pouvoir ;
Son vol qui vers nous se penche,
Courbe la plus belle branche
Pour que nous puissions la voir.
« Viens, dit-il à l'âme ailée
Qui ne sait où s'arrêter,
Viens, heureuse ou désolée,
Tu peux ici t'abriter.
Que ton vol monte ou retombe,
Que tu sois aigle ou colombe,
Rossignol ou passereau,
Amoureuse tourterelle
Ou voyageuse hirondelle,
Viens, et choisis ton rameau !
« Si trop petite et trop frêle
La branche casse sous toi,
Dirige plus haut ton aile,
Écoute et regarde-moi.
Monte, et ne sois jamais lasse :
Si ton nid n'a point de place
Sur cent rameaux essayés,
Monte ! les réseaux attendent
Les oiseaux qui redescendent
Avec des cœurs effrayés.
« Monte ! Monte ! Monte encore,
Ô pauvre âme ! Ô pauvre oiseau !
Pleine d'un feu qui dévore,
Arrive au dernier rameau.
Ce rameau que Dieu regarde
Deviendra ta sauvegarde
Et ton palais éternel ;
Quand le temps n'aura plus d'ailes,
L'Ange des amours fidèles
L'emportera dans le Ciel ! »
A cette voix consolante
L'âme s'arrête et bénit,
Moins craintive, moins tremblante,
L'arbre qui verra son nid.
De branche en branche elle arrive,
Confiante, fugitive,
Au rameau qui touche aux Cieux,
Et là, puissante et ravie,
Elle n'a plus de la vie
Qu'un loisir délicieux.
Cet arbre aimé de la tombe,
Cet arbre aimé du berceau,
C'est celui dont la colombe
Porta dans l'arche un rameau !
Sa grandeur mystérieuse
Est l'échelle merveilleuse
Dont Jacob s'épouvanta ;
Et sa branche la plus belle
Fut saluée immortelle
Au sommet du Golgotha !
C'est l'arbre de l'Espérance !
C'est le repos de nos jours !
C'est l'arbre de délivrance
Où je chercherai toujours
Une lyre pour mon âme,
Un aliment pour ma flamme,
Pour mes amours un rameau,
Pour mon front un peu d'ombrage,
Un bâton pour mon voyage,
Une Croix pour mon tombeau !
Ainsi soit-il.
Hippolyte Violeau (1818-1892) – « Loisirs poétiques », Poème sur l’Espérance Chrétienne, avril 1840, pages 71-77, chez Waille, 1844

Voir également d’Hippolyte Violeau :
- La Prière à genoux dans la Crèche de Noël « Ô Jésus, petit Jésus, à ton Berceau, ma prière » d’Hippolyte Violeau
- La Prière d'un enfant à Jésus « Ô Jésus, petit Jésus ! » d’Hippolyte Violeau
- La Prière à la Vierge Marie « Souvent à Tes autels une mère craintive retrouva son enfant plein de force et guéri » d’Hippolyte Violeau
- La Prière dans la douleur pour être consolé « Seigneur, aidez-nous à porter notre croix avec Vous » d’Hippolyte Violeau
- Le Poème des Lamentations « Oh ! Si pour fondre en pleurs sur la foule endormie, le Ciel m'avait donné l'âme d'un Jérémie ! » d’Hippolyte Violeau
- La Prière des Voyageurs « Seigneur, votre Amour nous éclaire et votre Force nous défend » d’Hippolyte Violeau
- Le Poème sur l’Espérance Chrétienne « Je veux chanter l'arbre immense toujours fleuri, toujours vert, que la divine Clémence planta dans notre désert » d’Hippolyte Violeau
- Le Poème sur la Providence de Dieu « Dans la disette ou l'abondance, Chrétien fidèle, oh ! désormais je veux chanter la Providence qui ne m'abandonna jamais » d’Hippolyte Violeau