Voici une Prière sous la forme d’un colloque de l'âme avec Notre Seigneur Jésus-Christ en Croix qui nous donne un exemple éclatant de sa Confiance en Dieu Notre Père et nous témoigne sa Bonté inexprimable « Seigneur, je trouve encore bien des obstacles à cette Confiance dont Vous me donnez l'exemple » donnée par M. l’Abbé Jean-Baptiste Nicaise Civet (1801-1846), Prêtre de Saint Sulpice, Chanoine honoraire de Reims et Vicaire de Charleville qui entra dans l'état ecclésiastique qu’à l'âge de trente ans parce que Veuf après sept ans de Mariage.

La Prière d'Espérance et de Confiance en Dieu « Seigneur, je trouve encore bien des obstacles à cette Confiance dont Vous me donnez l'exemple » de l’Abbé Nicaise Civet :
L'Âme : Seigneur, je trouve encore bien des obstacles à cette Confiance dont Vous me donnez l'exemple, que m'inspire votre bonté, et à laquelle m'autorisent vos avances si généreuses. Ces obstacles sont d'abord mes péchés sans nombre.
Jésus-Christ : Vos péchés, mon enfant ! Mais je les connaissais, je les avais, de toute éternité, présents à ma pensée, et c'est précisément pour vous en mériter le Pardon, et vous aider à en faire une digne Pénitence, que je me suis soumis aux tourments et à la mort. Ayez donc confiance, mon enfant, et n'imitez pas ce malheureux Apôtre qui ne joignit pas l'espérance au repentir, mais qui, la douleur dans l'âme, s'en alla terminer misérablement sa vie d'ici-bas, pour se précipiter directement dans l'Enfer : Pænitentia ductus, dixit : Peccavi ; et abiens laqueo se suspendit (Matth. XXVII, 3-5). Imitez bien plutôt Saint Pierre, qui, au lieu de désespérer comme Judas, expia son péché par un torrent de larmes, flevit amarè, et protesta à plusieurs reprises qu'il aimait son divin Maître bien qu'il eût eu la faiblesse de Le renier à plusieurs reprises : Domine, tu scis qui a amo te (Joan. XXI, 15-17). Vous savez bien, Seigneur, que je Vous aime ; oui, je Vous aime, et Vous ne l'ignorez pas ; encore une fois, je Vous aime.
L'Âme : Oui, Seigneur, moi aussi, il me semble que je Vous aime ; mais n'est-il pas à craindre que je ne me fasse illusion, puisque, malgré toutes mes promesses, je retombe toujours dans les mêmes fautes ? Ces rechutes ne sont assurément pas de nature à affermir mon espérance et à me rassurer contre moi-même.
Jésus-Christ : Je suis le grand Médecin des âmes, et je sais qu'après s'être relevé d'une maladie, on peut y retomber encore, ou dans une autre plus dangereuse. Mais serais-je Médecin, s'il n'y avait point de malades ? Je ne suis pas venu appeler à moi les Justes, mais les pécheurs. Non necesse habent sani medico, sed qui malè habent; non enim veni vocare justos, sed peccatores (Marc. 1, 17). Je connais bien la faiblesse humaine ; c'est moi qui ai créé les hommes. Ce que j'exige d'eux, c'est qu'ils avouent leur profonde misère, c'est qu'après leurs chutes, ils reviennent à moi avec confiance et soient disposés, autant qu'il dépend d'eux, à ne plus m'offenser. Et s'ils retombent encore, ils se relèveront de la même manière, et cela, sans se décourager jamais : usque septuagies septies (Matth. XVIII, 22).
L'Âme : Ce que Vous venez de me faire entendre, Seigneur, est bien encourageant, sans doute ; mais il y a, dans la vie, des épreuves si cruelles, des tentations si fortes, qu'il est bien difficile d'en triompher toujours.
Jésus-Christ : Je sais, mon enfant, tout ce qu'il y a de pénible et, parfois, d'accablant, dans les tentations et les épreuves ; mais, en y passant moi-même, je vous ai obtenu la Grâce et la force nécessaire pour en faire un saint usage et en tirer profit pour votre Perfection et votre Salut. Car ce n'est pas celui qui est exempt de combats qui est Saint, mais celui qui fait les efforts les plus généreux. Je demande que l'on résiste ; c'est à moi d'accorder la victoire. Mais la lutte ou le repos, la paix ou la guerre, le calme ou la tempête, tout doit tourner au bien de ceux qui ont l'amour de Dieu dans le cœur. Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum (Rom. VIII, 28). Ainsi soit-il.
Abbé Jean-Baptiste Nicaise Civet (1801-1846) – « Méditations sur la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ », Quatorzième Méditation : l'espérance et la confiance en Dieu, pages 278-281, chez Adrien Le Clere, 1858