Voici la Prière d'une âme pénitente qui paraphrase le Psaume 6, le premier des Sept Psaumes Pénitentiels (Ps 6 ; Ps 31 ; Ps 37 ; Ps 50 ; Ps 101 ; Ps 129 ; Ps 142) « Reprenez-moi et châtiez-moi, Seigneur, humiliez mon orgueil et faites souffrir mon amour-propre » du Révérend Père Louis Le Valois (1639-1700), Prêtre jésuite, Recteur du Collège de Caen puis Père spirituel au Collège de Clermont à Paris nommé en 1697 Confesseur des petits-fils de Louis XIV.

La Prière d'une âme pénitente « Reprenez-moi et châtiez-moi, Seigneur, humiliez mon orgueil et faites souffrir mon amour-propre » du R. P. Louis Le Valois :
I. Seigneur, le seul Seigneur du monde ; Seigneur universel, soit des Anges, soit des hommes ; Seigneur souverain, sans supérieur, sans égal ; Seigneur infini en toutes sortes de perfections imaginables et possibles ; Seigneur, à qui tout est dû, et qui n'avez besoin de rien, qui voulez bien pour notre mérite nous demander des services volontaires, et qui nous donnez même, quand nous le voulons, tout ce que Vous exigez de nous ; Seigneur indépendant, qui êtes également Notre-Seigneur et notre Maître, soit que nous Vous obéissions, ou que nous nous révoltions ; qui nous faites servir malgré nous à votre gloire, lors même que nous travaillons à la détruire ; et qui, loin de rien perdre de votre souveraineté dans nos révoltes, y acquérez au contraire un pouvoir encore plus absolu et un nouveau droit de nous abîmer, de nous anéantir, de faire fondre sur nous tous les fléaux du ciel et de nous condamner à des supplices éternels ; Seigneur enfin, la terreur des âmes criminelles, comme Vous êtes l'espérance des âmes Saintes : si j'ose après tant d'offenses me présenter devant Vous et me jeter à vos pieds, ce n'est pas pour Vous prier de ne me point reprendre et de ne me point punir. Il est juste qu'ayant commis tous les péchés que j'ai voulu, j'endure toutes les peines que Vous voudrez, et que, comme je me suis satisfait en m'élevant contre Vous et en Vous offensant, Vous Vous fassiez justice à votre tour en m'humiliant et en me bâtant. Reprenez-moi donc, Seigneur, et humiliez mon orgueil. Châtiez-moi, Seigneur, et faites souffrir mon amour-propre. J'ai résisté toute ma vie à vos Grâces, je me soumets présentement à vos coups. Mais, mon Dieu, reprenez-moi en Père, et non point en Juge. Châtiez-moi par amour, et non point par colère. Que ce soit votre miséricorde qui détermine mes peines, que ce ne soit point votre ressentiment.
II. Ayez, Seigneur, ayez plus d'égard à ma faiblesse qu'à la malice de mon cœur, et si la malice de mon cœur Vous irrite, que ma faiblesse Vous fasse compassion. Je ne prétends pas m'excuser. Je suis un ingrat, un perfide, un pécheur. Mais Vous savez aussi que j'ai des passions très-violentes, et que je suis bien faible. Il est vrai que cette faiblesse même a souvent été un crime, et que je devais avoir plus de courage et plus de force lorsqu'il s'agissait de tenir contre vos ennemis et d'obéir à vos Commandements. Mais, tout inexcusable néanmoins qu'a été ma faiblesse, souvenez-Vous aussi qu'elle a été grande, qu'elle a été extrême. Que dis-je, que ma faiblesse a été extrême ? Hélas ! Ne l'est-elle pas encore ? Je me trouve aussi faible que jamais, plus faible que jamais ; et sortant de l'habitude du péché, je suis comme un malade plus languissant et plus accablé, quand il est hors de la fièvre, qu'il ne l'était dans la fièvre même. Achevez donc votre ouvrage, Seigneur, en achevant ma guérison. Réprimez la violence de mes passions ; affermissez les bonnes résolutions que je tâche à former. Secourez-moi ; car tout est chez moi dans le trouble et dans la confusion, et il semble que toutes mes forces m'ont abandonné.
III. Mon esprit est dans une pitoyable agitation. L'horreur de mes crimes, l'incertitude de ma Grâce, la douleur d'avoir vécu si longtemps votre ennemi, la honte de commencer si tard à Vous aimer, la tentation d'un lâche regret des plaisirs que j'ai quittés et d'une secrète envie de les reprendre, la crainte de ne pas persévérer dans la fidélité que je Vous dois, et mille autres semblables sentiments me jettent dans des inquiétudes et dans des alarmes continuelles. Mais Vous, Seigneur, Vous jusqu'à quand ? Oui, mon Dieu, jusqu'à quand serez-Vous en colère contre moi ? Jusqu'à quand différerez-Vous à me rendre la paix, à me faire sentir que Vous m'avez pardonné, à me donner plus de confiance, plus de ferveur, plus de courage, et autant de penchant pour le bien que j'en ai pour le mal ? Jusqu'à quand, Seigneur, jusqu'à quand ?
IV. Vous me donniez vos Grâces lorsque je les craignais, lorsque je les méprisais et que je les rendais inutiles : me les refuserez-Vous présentement que je les souhaite, que je les demande, et que je suis résolu d'en profiter ? Vous me cherchiez quand je Vous fuyais ; me fuirez-Vous à présent que je Vous désire et que je Vous cherche ? Tournez vos yeux vers moi, Seigneur ; montrez-moi votre visage, tendez-moi la main, tirez mon âme de l'abîme où elle s'est précipitée ; rompez les chaînes que je me suis faites ; délivrez-moi de la domination et de la tyrannie de mes ennemis. Sauvez-moi, quoique je ne le mérite pas, et que Vous ne voyiez en moi nulle raison de me sauver. Sauvez-moi, quoique j'aie mérité même tout le contraire, et que Vous voyiez en moi mille raisons de me damner. Votre miséricorde est une raison suffisante, et que Vous trouvez toujours en Vous-même. Sauvez-moi donc parce que Vous êtes miséricordieux ; sauvez-moi pour glorifier votre miséricorde. Vous ne sauriez la glorifier, ni la faire éclater davantage, qu'en sauvant le plus misérable de tous les hommes.
V. Si Vous me sauvez, Seigneur, je conserverai éternellement le souvenir de vos bontés ; éternellement je Vous aimerai, je Vous bénirai, j'inviterai les Anges et les Saints à Vous aimer, à Vous bénir pour moi. Ils joindront leurs louanges aux miennes ; et, ravis d'admiration, nous dirons tous ensemble, que Vous êtes bon, et souverainement bon, d'avoir fait un Saint d'un aussi grand pécheur que moi. Mais si Vous m'abandonnez, si Vous me laissez mourir dans mon péché, si Vous me damnez, hélas ! J'oublierai tous les biens que Vous m'avez faits ; je n'en aurai nulle reconnaissance : je ne Vous aimerai jamais, je ne Vous bénirai jamais. Y a-t-il un Démon ou un homme dans l'Enfer qui Vous aime ? Y en a-t-il un seul à qui il soit jamais échappé de Vous bénir ? Y en a-t-il aucun qui ne blasphème incessamment votre saint Nom ? Ah ! Quel état, mon Dieu, quelle horreur !
VI. La crainte d'une si terrible damnation et la douleur de l'avoir méritée m'ont déjà fait verser tant de larmes, que j'en suis tout affaibli et tout épuisé. Cependant, tout affaibli et tout épuisé que je suis, je continue à pleurer toujours, et je continuerai, Seigneur, à pleurer ainsi, jusqu'à ce que Vous m'ayez fait connaître que mes péchés sont effacés. Quand même j'aurai sujet de croire que Vous avez bien voulu les oublier, je ne les oublierai point. Plus Vous me serez bon, plus j'aurai de douleur de Vous avoir été tant de fois rebelle. Ni les affaires ni les amusements du monde ne distrairont jamais cette douleur. Je la porterai partout, je la conserverai toujours ; et si la raison m'empêche de la faire paraître au jour devant les hommes, dans les ténèbres de la nuit je la laisserai agir devant Vous. Vous me verrez nager dans mes pleurs ; Vous en verrez mon lit tout inondé ; heureux si j'y pouvais noyer mes péchés passés, et non moins heureux si j'y pouvais éteindre pour l'avenir le feu de mes passions !
VII. La haine que j'ai conçue contre moi-même, augmente sans cesse l'amertume de ma douleur ; et plus ma douleur croît, plus mes larmes deviennent abondantes ; tellement que je cours risque d'en perdre les yeux. Mais je n'ai plus rien à ménager. Quand je n'aurais jamais commis qu'une faute contre votre adorable majesté, Seigneur, toutes les larmes de tous les hommes ne suffiraient pas pour l'expier. Quand je n'aurais vécu dans le péché qu'un moment, l'éternité tout entière ne serait pas trop longue pour en pleurer. Hélas ! Que ferai-je donc après Vous avoir offensé tant de fois ? Que ferai-je après avoir vécu si longtemps dans le péché et hors de votre Grâce ?
VIII. Mon Dieu, quelles vues, quels sentiments me donnez-Vous à ce moment ! Retirez-vous, Démons, ennemis de mon salut, corrupteurs des âmes, premiers auteurs de toute iniquité, retirez-vous : vous n'avez plus de pouvoir sur moi. Retirez-vous, hommes, faux et funestes amis qui avez été des compagnons de mes désordres, les témoins et les complices de mes crimes, retirez-vous : ne comptez plus sur moi, comme je ne compte plus sur vous. Je ne veux plus être de vos parties, plus de vos divertissements et de vos jeux. Autant que la liaison entre vous et moi a été étroite et scandaleuse, autant le divorce sera-t-il entier et édifiant. Ô miracle de la miséricorde de mon Dieu ! Il a été touché de mes larmes, et Il a écouté ma voix.
IX. Je ne puis assez m'étonner d'un changement si subit et si parfait ; je n'en puis assez louer le Seigneur. Il a exaucé ma prière, Il a brisé mes fers, Il m'a mis dans la liberté de ses enfants, Il m'a ôté tout le goût du monde, Il ne me laisse plus que du mépris pour tous les plaisirs et pour toutes les grandeurs de la terre : le péché me paraît un monstre, la pénitence me semble douce, tout s'aplanit devant moi, et désormais je ne vois plus d'obstacles qui m'arrêtent, ni de difficultés que je ne sois en état de surmonter.
X. Mes ennemis n'ont donc qu'à se retirer. J'en ai de visibles et d'invisibles. Que les invisibles se retirent, troublés et confus d'avoir perdu leur proie ; qu'ils reconnaissent que Dieu est plus puissant que tout l'Enfer ; et que si je ne puis rien par moi-même, je puis tout avec le Seigneur. Qu'ils n'espèrent point de me rengager dans mes premières habitudes ; qu'ils ne s'opiniâtrent point à faire pour cela de vains efforts ; qu'ils cherchent à cacher leur honte et leur leurs sombres demeures et dans le lieu de désespoir, et qu'au plus tôt ils s'enfuient dans leurs tourments. Que mes ennemis visibles se retirent aussi de moi, ou qu'ils apprennent comme moi à se retirer du monde, pour retourner à Vous, Seigneur, et pour s'y attacher. Oserais-je Vous demander pour eux la même Grâce que Vous m'avez faite ? Représentez-leur, mon Dieu, la multitude et la grièveté de leurs crimes. Faites-leur connaître combien il est terrible de tomber après la mort entre les mains d'un Dieu Juge (Hebr. X, 31) ; combien il est doux de se jeter pendant la vie entre les bras d'un Dieu Sauveur. En sorte que, eux et moi, réconciliés par un saint repentir, comblés des mérites d'une vie nouvelle, nous arrivions de compagnie au port de la Bienheureuse Éternité. Ainsi soit-il.
R. P. Louis Le Valois (1639-1700) - « Collection intégrale et universelle des Orateurs Sacrés du Premier et du Second Ordre », Premier entretien : sentiment d'une âme pénitente, Paraphrase du Psaume VI, pages 721-726, chez J.P. Migne, 1866

Voir également du Révérend Père Louis Le Valois :
- La Prière sur la Conception de la Sainte Vierge « Ô Vierge Immaculée, Vous êtes conçue avec la Grâce et dans la Grâce » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le Très Saint Nom de Marie « Marie, ô Nom sous Lequel nul ne doit désespérer ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Annonciation de la Sainte Vierge « Ô Marie, c'est aujourd'hui que Vous devenez la Mère du Seigneur du Ciel » du R. P. Louis Le Valois
- La Paraphrase du Cantique de la Sainte Vierge « Ô Bienheureuse Vierge Marie, heureuse d'avoir été tout ensemble Mère et Vierge » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour l’Avent « Seigneur, j'irai au pied de Votre crèche pour connaître toute la profondeur de mes plaies » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Nativité de Notre Seigneur « Ô Amour efficace, puisqu'Il Vous fait descendre du Ciel même pour nous ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Foi des Rois Mages à l’Épiphanie « Ô Seigneur Jésus, comblez-nous des mêmes trésors, conduisez-nous par la même route et faites-nous parvenir à la même fin » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Présentation de Jésus-Christ au Temple « Voici, mon Père, la Victime que Vous attendiez depuis tant de siècles » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Passion de Notre Seigneur « Seigneur, par les Mérites de votre Croix, accordez-moi la Grâce de Vous aimer comme Vous m'avez aimé » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Résurrection de Notre Seigneur « Heureuse nouvelle pour moi, Seigneur, Vous êtes Ressuscité ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Ascension de Notre Seigneur « Souvenez-Vous, Seigneur, de ne nous pas laisser sur la terre comme des orphelins, sans secours, sans soutien et sans appui » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête de la Pentecôte « Venez, Esprit-Saint, sanctifiez-moi comme Vous êtes Saint » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête de la Sainte Trinité « Au nom du Père qui m’a créé, au nom du Fils qui m'a racheté, et au nom du Saint-Esprit qui m’a sanctifié » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête du Très Saint-Sacrement « Ô Saint Sacrement de l’Autel, Vous nous permettez de nous entretenir avec Vous, de Vous y parler avec confiance et de Vous y parler même avec une espèce de familiarité » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour le Dimanche de l'Octave du Saint-Sacrement « Ô Jésus, ô mon Roi, ô souverain Maître du monde et de tout le monde » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour le Jour de l'Octave du Saint-Sacrement « Ô Jésus, notre Seigneur et Juge sévère après la mort mais si miséricordieux et si bon pendant la vie » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Assomption de la Sainte Vierge « Jouissez, Vierge incomparable, d'une Gloire qui Vous est si légitimement acquise » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le renouvellement des Vœux de Religion « Seigneur, donnez-Vous à moi comme je me donne à Vous » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière d'une âme pénitente « Reprenez-moi et châtiez-moi, Seigneur, humiliez mon orgueil et faites souffrir mon amour-propre » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière dans l’épreuve « Seigneur, considérez l'extrême danger où je me trouve, ayez pitié de moi et sauvez-moi ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur les Grandeurs de Dieu « Seigneur, que votre Nom est en Lui-même admirable » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le Psaume 22 « Ô Bon Pasteur, Vous m'avez fait entrer et Vous me retenez dans votre Église comme dans un grand et riche pâturage » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Présence de Dieu dans notre vie « Ô Seigneur, Vous voyez toutes mes pensées de bien loin puisque Vous les voyez avant que je commence à les former » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière d'une âme pieuse dans la Maison de Dieu « Que j'aime, ô mon Dieu, vos Tabernacles et vos Autels où Vous résidez sur la terre ! » du R. P. Louis Le Valois