Voici la Prière d'une âme qui se plaint à Dieu de son inconstance et de la mobilité de ses résolutions et qui exprime avec une profonde sensibilité les combats spirituels intérieurs de l'âme humaine face à ses propres contradictions « Daignez m'indiquer, Seigneur, comment je pourrai, enfin, rendre mes résolutions plus fixes et plus stables » donnée par Monsieur l’Abbé Joseph Herbet (1805-1890), Chanoine honoraire de l'église Cathédrale d'Amiens, aumônier du pensionnat des Dames du Sacré-Cœur qui fut prédicateur, directeur spirituel et l’auteur de plusieurs livres de piété dont « L'Imitation de Jésus-Christ méditée ».

La Prière de l'âme qui se plaint à Dieu de la mobilité de sa volonté « Daignez m'indiquer, Seigneur, comment je pourrai, enfin, rendre mes résolutions plus fixes et plus stables » de l'Abbé Joseph Herbet :
C'est devant Vous, Seigneur, que je viens pleurer en ce moment mes infidélités et mes misères ; devant Vous que je veux porter plainte contre moi-même.
Je dis devant Vous, et non devant les hommes, car pour tout au monde je ne voudrais pas leur révéler les reproches que j'ai à faire à mon cœur ; ils me condamneraient sans pitié ; et si je me condamne en votre présence, c'est qu'un secret sentiment me dit que Vous prendrez ma défense pour moi et contre moi, parce que Vous êtes bon et compatissant, et que Vous ne rejetez pas la prière du cœur contrit et humilié qui Vous implore (Ps. L, 19).
Puisque Vous me permettez de Vous ouvrir mon âme, pourquoi, ô mon Dieu, ces changements et ces vicissitudes sans fin qui m'attristent et me découragent ?
Il est des instants, rares il est vrai, mais enfin, il est des instants où il me semble que la Vérité elle-même m'éclaire.
Libre alors de l'esclavage des sens, dégagé des affections de la terre, et comme réveillé des illusions qu'entretient une imagination vaine et trompeuse, on dirait que je vois les choses dans leur réalité.
La vie m'apparaît ce qu'elle est, un songe ; les plaisirs, une déception ; les honneurs, un jouet dont s'amusent les hommes.
Tout cela, me dis-je, est bien petit, bien frivole, bien indigne de moi ; comment donc ai-je pu y attacher un instant mon cœur ?
Voilà ce que je me dis, quand la raison et la foi peuvent se faire entendre à mon âme.
Mais hélas, la Vérité qu'ont vue briller mes yeux, n'a que la durée de l'éclair ; l'obscurité revient bientôt, et je me retrouve aussi attaché à la vie, que si la vie était l'éternité ; aussi avide de plaisirs, que si les plaisirs étaient le vrai bonheur ; aussi jaloux de ce qui flatte ma vanité, que si la gloire du monde était vraiment la splendeur éternelle.
Ô mon Dieu, que cet aveu est pénible !
Qu'il est humiliant !
Comme il est triste d'être toujours ainsi en guerre avec soi-même !
Et toutefois, Seigneur, que cet humble exposé que je Vous fais de ma misère n'excite pas votre indignation : car que suis-je, sinon une feuille mobile que le vent agite, un roseau que le moindre souffle fait plier ?
Ayez donc pitié de moi, mon Dieu, et daignez m'indiquer comment je pourrai, enfin, rendre mes résolutions plus fixes et plus stables ; car il n'appartient qu'à Vous de donner la Grâce de vouloir et de faire, de commencer et d'achever.
Telle est la Prière que suggèrent, aux âmes fidèles mais timorées, la vue de leurs fautes journalières, et le souvenir de leurs manquements aux résolutions généreuses qu'elles renouvellent si souvent de mieux servir leur Dieu.
Qu'elles se rassurent, ces pauvres âmes, et qu'elles se gardent bien de se laisser aller à l'abattement et à la tristesse.
Avez-vous donc oublié que les Saints qui vous ont précédés dans la carrière ont eu à soutenir les mêmes épreuves ?
Considérez ce qui se passe dans la nature, et devenez plus résignées et plus patientes.
Croyez-vous que la saison du printemps soit seule nécessaire à la végétation des arbres et des plantes ?
C'est bien à cette époque, il est vrai, qu'ils reprennent à nos yeux une nouvelle vie ; et cependant, l'automne et l'hiver ne leur sont pas moins salutaires, bien qu'ils y paraissent frappés de mort et de stérilité.
Consolez-vous donc, âmes pusillanimes ; l'hiver ne sera pas éternel.
Consolez-vous, la dévotion n'est pas morte en vous ; elle refleurira en son temps, et en son temps elle produira des fruits délicieux et durables.
Mais en attendant, il faut vous résigner à souffrir le froid et l'excessive chaleur, la tempête et la sécheresse.
Ainsi Dieu l'a voulu ; et ce que Dieu a voulu est digne de sa Sagesse et de son Amour. Ainsi soit-il.
Abbé Joseph Herbet (1805-1890) - « L'Imitation de Jésus-Christ méditée », Tome II, Considération XXXIII, Prière d'une âme qui se plaint à Dieu de son inconstance et de la mobilité de ses résolutions, pages 106-108, chez Jacques Lecoffre, 1854