Voici la Prière de préparation du Chrétien avant la sainte Communion qui se confond et s'abîme devant Dieu en pensant à son indignité « Qui êtes-Vous, ô mon Dieu, et qui suis-je, moi, pour oser m'approcher de Vous ? » donnée par Monsieur l’Abbé Joseph Herbet (1805-1890), Chanoine honoraire de l'église Cathédrale d'Amiens, aumônier du pensionnat des Dames du Sacré-Cœur qui fut prédicateur, directeur spirituel et l’auteur de plusieurs livres de piété dont « L'Imitation de Jésus-Christ méditée ».

La Prière du Chrétien avant la sainte Communion « Qui êtes-Vous, ô mon Dieu, et qui suis-je, moi, pour oser m'approcher de Vous ? » de l'Abbé Joseph Herbet :
Seigneur, lorsque je mesure votre grandeur et l'abîme de ma bassesse, je suis saisi de frayeur, et je me confonds en moi-même.
Car, si je ne m'approche de Vous, je m'éloigne de la vie ; et si je Vous reçois indignement, j'irrite votre colère.
Que ferai-je donc, mon Dieu, mon protecteur, mon conseil, dans tous mes besoins ?
Indiquez-moi la voie droite ; apprenez-moi quelque pratique pour me disposer à la sainte Communion.
Car il m'est important de savoir avec quelle ferveur et quel respect je dois préparer mon cœur pour recevoir avec fruit votre Sacrement, ou pour Vous offrir ce grand et divin Sacrifice.
Qui êtes-Vous, ô mon Dieu ?
Et qui suis-je, moi, pour oser m'approcher de Vous ?
Ce que je suis ?
Hélas, un vase de corruption, un instrument de péché, un enfant de colère, votre ennemi, une créature inutile pour le bien, et malheureusement puissante pour le mal.
Ce que je suis, ô Jésus, oserai-je bien Vous le dire ?
Mais pourquoi ne Vous le dirais-je pas, puisque Vous savez toute chose ?
Je suis un abîme de misères et un abîme d'orgueil.
Il semble cependant que la misère ne devrait pas pouvoir s'allier avec l'orgueil.
Lorsque le premier de vos Anges se replia complaisamment sur lui-même, il était du moins tout éclatant de lumière et riche de perfections ; mais pour moi, Seigneur, je ne suis rien ; ou si je suis quelque chose, ce n'est que dans la fausse estime que j'ai de moi-même.
Hélas, si les étoiles du ciel ne sont pas sans taches en votre présence, si les colonnes du firmament tremblent devant Vous, si les Séraphins les plus élevés se couvrent de leurs ailes, éblouis qu'ils sont de la splendeur de votre visage, comment une créature aussi misérable entreprendrait-elle de Vous toucher et de Vous recevoir au dedans d'elle-même ?
Seigneur, je suis effrayé quand je me rappelle cette expression si étrange employée par l'Église dans un de ses cantiques :
« Vous n'avez pas eu horreur de descendre dans le sein d'une Vierge... Je suis tout saisi quand j'entends votre saint Précurseur, lui qui fut sanctifié avant sa naissance, proclamer cependant qu'il n'est pas digne de tomber à vos pieds pour délier les cordons de vos souliers » (Luc V, 16).
Hélas ! Et j'oserais m'approcher de Vous, moi qui suis si loin de la pureté de votre Mère, si loin de l'humilité de celui que Vous appelez votre Ange, de l'humilité de l'Apôtre, qui Vous conjurait de Vous retirer loin de lui parce qu'il était pécheur ! (Luc V, 8)
Ah ! Si, dans le temps de la loi ancienne, il fallait être pur et sanctifié pour manger des pains exposés sur les tables de votre temple, pains qui cependant n'étaient que l'ombre de ce Mystère ; si Vous avez commandé que l'on mangeât l'Agneau pascal avec du pain sans levain et des laitues amères, et que ceux qui participaient au festin eussent des souliers aux pieds et les reins ceints ; comment manger le véritable Agneau Pascal sans cette préparation ?
Suis-je, ô Jésus, un pain azyme, c'est-à-dire sans aucun levain de malice ?
Ai-je en moi les sentiments de contrition indiqués par les laitues amères ?
Mon cœur est-il pur devant Vous ?
Je n'ose me rendre ce témoignage à moi-même : aussi quelle n'est pas ma crainte en me voyant si éloigné des dispositions saintes qu'exige la participation à un si redoutable Mystère !
Je ne me représente jamais sans frayeur ce malheureux, cité dans votre Évangile, qui fut jeté dans les ténèbres extérieures, où il y a des pleurs et des grincements de dents, pour avoir osé se présenter à la table des noces, sans avoir la robe nuptiale (Matth. XXII, 12).
Ô mon Sauveur, aux yeux de qui tous les replis de mon âme sont à découvert, si Vous voyez l'extrême misère de mon cœur, Vous n'y voyez pas du moins l'intention de Vous trahir.
Vous trahir, ô Jésus, Vous donner l'hypocrite baiser de Judas !
Oh ! Jamais, jamais ; Vous ne le permettrez pas, ô mon bon Sauveur, car ce serait pour moi le comble du plus affreux malheur.
Et toutefois, Seigneur, souffrez que devant Vous je continue de gémir sur les misères de mon âme, car il faut bien que je m'accuse moi-même, puisque Vous êtes toujours porté, Vous, à m'excuser et à m'accueillir, tout indigne que je suis.
Hélas, que j'ai à me plaindre de mon cœur !
Vous le rappellerai-je, ô Bonté infinie, ce temps malheureux où je vivais loin de Vous, ce temps où j'avais plus d'estime pour la poussière des créatures que pour les trésors de votre Grâce et les espérances de votre Gloire ?
Alors j'obéissais aveuglément à mes convoitises, et je faisais aussi peu de cas de Vous, Beauté souveraine, que si jamais je ne Vous eusse connu.
J'étais cet insensé qui a dit en son cœur, « Il n'y a point de Dieu » (Ps. XIII, 1), parce qu'en effet je vivais comme s'il n'y en avait point.
Je ne faisais rien pour votre amour ; je n'appréhendais point votre justice ; je méprisais vos éternelles récompenses.
Vos bienfaits, j'y étais insensible ; vos grâces, je les foulais aux pieds : j'accordais à mes yeux tout ce qu'ils désiraient, et jamais je n'opposais le moindre obstacle à mon cœur, pour le détourner du plaisir que Vous réprouvez.
Ma vie presque entière (que cet aveu est pénible !) n'a donc été qu'une opposition criminelle à votre Loi sainte, et une guerre continuelle contre Vous.
Car si quelquefois j'ai suspendu pour quelque temps seulement le cours de mes désordres ; si même à certaines époques je me suis présenté à votre autel, c'était pour renouer bientôt la trame de mes iniquités, au mépris de votre amour.
Voilà ce que j'ai fait, Seigneur, et c'est pourquoi, si je me décide aujourd'hui à m'approcher de votre Majesté sainte, ce sera pour me tenir humblement à vos pieds, comme Madeleine, et non pour me fixer sur votre Cœur adorable, comme le Disciple vierge.
Ô Jésus, amateur des âmes pures, Vous qui Vous reposez parmi les lys pendant que le jour dure et que les ombres s'abaissent ; chaste Époux des cœurs fidèles, Vous, dont la couche est du bois de cèdre qui croît au Liban (Cant. VI, 2), qu'il est indigne de Vous, le trône que je Vous prépare !
Mais pourquoi m'arrêter à cette pensée si longtemps, ô mon Dieu ?
Ne demandez-Vous de moi que le respect et la crainte ?
Il est un sentiment plus doux, que Vous-même me suggérez dans votre saint Évangile : ce ne sera donc pas Vous déplaire que d'y appliquer quelques instants mon esprit et mon cœur. Ainsi soit-il.
Abbé Joseph Herbet (1805-1890) - « L'Imitation de Jésus-Christ méditée », Tome II, Chapitre VI, Prière du Chrétien avant la Communion, pages 452-456, chez Jacques Lecoffre, 1854