Voici une Prière pour la Communion non-seulement pour nous préparer à la sainte Communion, le matin dès notre réveil et le soir avant que de prendre notre repos, mais encore pour nous rappeler pendant le jour le Souvenir de ce Bienfait « Voici, ô mon âme, votre Roi qui vient à vous plein de douceur » donnée par le Révérend Père Antoine Franc (1669-1774), Prêtre jésuite, professeur de philosophie et de théologie puis Supérieur de Séminaire qui va devenir aveugle à 54 ans et se retirer à Avignon.

La Prière pour la Communion « Voici, ô mon âme, votre Roi qui vient à vous plein de douceur » du R. P. Antoine Franc :
Voici, ô mon âme, voici votre Roi, qui vient à vous, plein de douceur : disposez-vous à Le recevoir de la manière qu'Il mérite. Ce n'est pas à un homme que vous devez préparer une demeure, c'est à Dieu même, c'est le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs, qui doit loger chez vous.
Celui qui vient vous visiter, n'est pas seulement votre Seigneur et votre Dieu ; Il est encore votre Époux, mais l'Époux le plus accompli, qu'on puisse se figurer ; allez au-devant de Lui avec joie et empressement ; descendez vite, vous dit-Il, car Je dois aujourd'hui loger chez vous.
Quelle faveur, ô mon Dieu, venez Seigneur, venez, ô mon Jésus, ne tardez pas ; que je jouisse au plus tôt de votre aimable présence et de vos doux embrassements !
Vous nous invitez Vous-même à votre Table, Vous nous pressez d'y assister ; daignez donc m'y admettre, et me donner le Pain vivant que Vous y servez tous les jours pour la nourriture de nos âmes.
Mon âme, divin Sauveur, a une envie extrême de Vous recevoir. Elle Vous a désiré souvent pendant la nuit et dans l'empressement où elle était, elle attendait avec impatience le jour qui devait lui annoncer votre visite : ce jour, cet heureux jour est enfin arrivé, ne différez pas plus longtemps de m'accorder la Grâce après laquelle je soupire.
Venez me visiter, et en me visitant me consoler, m'animer, Vous unir à moi, et m'unir inséparablement à Vous. Mais qui suis-je, pour qu'un Dieu vienne me visiter, et s'unir à moi ? Comment le Créateur peut-Il s'unir à sa créature, et à la plus indigne de toutes ? Quel rapport entre la justice et l'iniquité, la lumière et les ténèbres, Jésus-Christ et Bélial ?
Non, mon Dieu, je ne suis pas digne que Vous entriez dans mon âme : dénuée de vertus, et chargée de crimes, elle mérite plutôt d'être l'objet de votre exécration, que le lieu de votre demeure.
Rendez-la, Seigneur, agréable à vos yeux, disposez-la Vous-même à Vous recevoir au plus tôt, envoyez pour cela vos saints Anges. Venez célestes Intelligences, par le zèle que vous avez pour la gloire de votre Dieu, préparer mon âme à Le recevoir ; purifiez-la, ornez-la de telle sorte, qu'elle soit un logement digne de cette auguste Majesté.
L'heure est venue, ô mon âme, tout est prêt, le Roi des Rois vous invite à son Festin, approchez avec respect de sa Table, et prenez avec reconnaissance la Nourriture céleste qu'Il vous envoie.
Si vous La recevez avec les dispositions qu'Il exige, vous vivrez éternellement.
Mes vœux sont accomplis : j'ai Celui que mon cœur aime, Celui qui était l'attente des peuples et le désiré des nations, Celui qui faisait la consolation des hommes sur la terre, et qui fait à présent dans le Ciel les délices des Esprits Bienheureux ; Celui-là même est dans moi, je L'ai, je Le tiens, et je ne Le laisserai point aller.
Non, mon bien Aimé, je ne Vous laisserai point aller, ou du moins ce ne sera qu'après que Vous m'aurez donné votre bénédiction ; ne me la refusez pas, je Vous prie, bénissez-moi, ô la Source de tout bien ! Bénissez mon cœur, mon âme, et mon corps ; répandez sur chacun de mes sens intérieurs et extérieurs cette vertu divine, qui sortait de votre sacrée humanité.
Vous la laissiez couler si abondamment dans tous les lieux, par où Vous passiez durant le cours de votre vie mortelle : la refuseriez-Vous à mon âme, où Vous êtes venu reposer ?
Non, divin Sauveur, puisque Vous avez bien voulu loger dans elle, Vous lui ferez sentir l'effet de votre Présence ; et elle entendra de votre bouche ces paroles consolantes ; c'est aujourd'hui un jour de Salut pour cette maison ; et ce pécheur est devenu l'enfant d'Abraham.
Mais qu'est-ce que l'homme, ô mon Dieu, pour daigner ainsi le visiter ! Vous l'aviez presque égalé aux Anges par les dons naturels et surnaturels, dont Vous l'aviez enrichi ; mais en Vous donnant, en Vous unissant à lui, Vous l'avez élevé au-dessus même de ces suprêmes Intelligences.
Que Vous êtes bon, Seigneur, quoique Vous nous donniez, Vous n'êtes pas content, si Vous ne Vous donnez à nous ; il ne suffit pas même à votre amour, de Vous être donné à nous dans votre Incarnation ; Vous voulez le faire tous les jours dans le Sacrement de nos Autels, et le faire d'une façon encore plus merveilleuse, car en Vous incarnant Vous prîtes une âme ornée de toutes les vertus, et Vous la prîtes dans le sein de la plus pure des Vierges ; mais en nous donnant votre Corps précieux, Vous entrez dans des âmes souillées de crimes, et Vous Vous unissez à elles malgré la Sainteté de votre être.
Que de Miracles d'ailleurs ne faites-Vous pas, et de Miracles jusque-là inouïs ! À quels excès de dépendance et d'anéantissement ne Vous portez-Vous point ? À combien de sanglants outrages ne Vous livrez-Vous pas pour Vous donner ainsi à nous ?
Ô mon âme, bénissez le Seigneur ; toutes mes puissances, unissez-vous pour louer son saint Nom ; encore une fois, ô mon âme, bénissez le Seigneur, et n'oubliez pas, surtout dans ce jour de Salut, la Grâce que vous venez de recevoir : vous venez de recevoir l'Auteur même de la Grâce, Jésus-Christ votre Sauveur, son Corps, son Sang, son âme, sa divinité, tout Lui-même, quel bonheur !
Vous pouvez bien à présent vous écrier, mais avec des transports d'allégresse : Mon Bien-aimé est à moi, et je suis à mon Bien-aimé. Vous êtes à moi, aimable Jésus, et je suis à Vous ; je suis uni à Vous corporellement, je fais une même chose avec Vous, quelle consolation !
Ne permettez pas, divin Sauveur, que je ne rompe jamais cette douce union ; rendez-la au contraire toujours plus étroite. Que ce ne soit plus moi qui agisse, mais Vous, ô mon Jésus, qui agissiez par moi ; aimez par mon cœur, pensez par mon esprit, parlez par ma bouche, voyez par mes yeux.
Réglez de telle sorte tous les mouvements de mon âme et de mon corps, que je ne vive plus que par Vous, et qu'en Vous.
Achevez votre ouvrage, Dieu d'amour, que les prodiges étonnants qui ont précédé votre visite, ne soient pas sans effet.
L'Arche répandait une si grande abondance de biens dans tous les lieux, où elle reposait ; que sera ce donc de Vous, qui êtes le Temple vivant de la Divinité ? La seule frange de votre robe ; l'ombre même de saint Pierre guérissait les malades ; quel pouvoir n'aura donc pas votre propre Corps ?
Élie transmit son double esprit à Élisée en lui laissant son manteau, comment donc en Vous donnant à moi ne me communiquerez-Vous pas vos vertus ? L'un et l'autre de ces Prophètes ranimèrent un cadavre en s'étendant sur lui ; comment donc ne rendrez-Vous pas la vie à mon âme en Vous unissant à elle, ô mon Dieu !
Je sens déjà cet effet, je vis, ou plutôt je ne vis plus, c'est Jésus-Christ qui vit en moi ; en se donnant à moi, Il m'a transformé en Lui selon sa promesse ; et delà quels effets merveilleux ! Quelle lumière dans mon entendement ! Quelle ardeur dans ma volonté ! Quelle paix, quelle joie dans mon cœur ! Quel changement dans tout mon intérieur !
Je n'en suis pas surpris, divin Sauveur, après la bonté, que Vous avez eu de Vous donner à moi ; ne dois-je pas tout attendre de Vous ; et toute autre Grâce ne sera-t-elle pas inférieure à celle-là ?
Ô Jésus, aimable Jésus, que Vous rendrai-je pour ce que j'ai reçu de Vous ? Qu'y a-t'il dans le Ciel et sur la terre de comparable à Vous, que Vous-même ? Je Vous offre donc Vous-même à Vous-même en action de grâce, de ce que Vous avez bien voulu Vous donner à moi ; je Vous offre le Sacrifice de votre Corps et de votre Sang, le seul digne de votre auguste Majesté ; et comme Vous daignez encore agréer celui des lèvres, je Vous l'offrirai tous les jours de ma vie, en bénissant sans cesse votre Nom.
Nations de la terre, peuples de l'univers : joignez-vous à moi pour louer le Seigneur, et Le remercier de ce qu'Il a signalé sur nous sa miséricorde, et la fidélité de ses promesses. Il a institué en notre faveur, ce Dieu bon et miséricordieux, Il a institué un Sacrement, qui est l'abrégé de ses merveilles, le chef-d'œuvre de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté ; Il nous a laissé son Corps pour viande et son Sang pour breuvage.
Qu'il est bien vrai, divin Sauveur, que c'est particulièrement à la fin de votre vie, que Vous témoignâtes aux hommes l'ardente charité, dont Vous brûliez pour eux, puisque c'est alors que Vous instituâtes ce Sacrement de votre amour ?
Vous nous donnâtes pour lors, ô le plus tendre et le plus libéral de tous les pères, Vous nous donnâtes un Pain céleste, qui a en soi l'excellence de tous les goûts, et est le seul capable de nous rassasier.
Vous nous préparâtes une table, un festin, où Vous Vous donnez Vous-même, pour être notre défense contre les attaques opiniâtres de nos ennemis : faites, Dieu d'amour que j'approche de cette sainte Table, et que je prenne cette divine Viande, avec les dispositions et les fruits, que Vous souhaitez ; ne souffrez pas qu'en mangeant votre chair, je mange mon jugement et ma condamnation.
On devient semblable à ceux qu'on fréquente, rendez-moi semblable à Vous, que je reçois si souvent dans mon âme ; communiquez-moi votre esprit, cet esprit de charité, d'humilité, et de renoncement, dont Vous avez paru animé durant tout le cours de votre vie mortelle. Ainsi soit-il.
R. P. Antoine Franc (1669-1774) – « Méthode pratique pour converser avec Dieu », Prière pour la Communion, pages 432-442, chez les Frères Bruyset, 1741
Voir également du Révérend Père Antoine Franc :
- La Prière du Matin « Courage, voilà le Seigneur qui t'appelle, lève-toi vite ! » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour obtenir l'habitude de converser avec Dieu « Mon Seigneur et mon Dieu, accordez-moi le Don de converser avec Vous sur mon Salut » du R. P. Antoine Franc
- La Prière de Louanges à Dieu « Je Vous exalterai, ô mon Roi et mon Dieu, je Vous bénirai et louerai mille et mille fois, de jour et de nuit » du R. P. Antoine Franc
- La Prière d'amour de Dieu d’un cœur enflammé « Ô mon âme, aime le Seigneur ton Dieu, qui est à ton égard si bon, si aimable et si parfait ! » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour augmenter notre Foi en Jésus-Christ « Je crois, Seigneur Jésus, tous les Mystères que Vous avez daignés me révéler » du R. P. Antoine Franc
- La Prière sur le Saint Nom de Notre Seigneur Jésus-Christ « Que tous les peuples de l'univers Vous bénissent, Seigneur ! » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour prier vocalement et mentalement « Je Vous prierai, mon Dieu, non pas simplement de bouche, mais d'esprit et de cœur » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour l’Office Divin « Ouvrez mes lèvres, Seigneur, purifiez-les et animez-les de votre Esprit » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour les visites du Saint Sacrement « Ministres de ce saint Lieu, ouvrez-m'en les portes, afin que j'y rende grâce à mon Dieu de ses bienfaits » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour le saint Sacrifice de la Messe « C’est Ici, ô mon Sauveur, la même Victime qui est offerte et le même Prêtre qui L'offre » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour la Lecture spirituelle et les Sermons « Parlez, Seigneur, me voici prêt à Vous écouter » du R. P. Antoine Franc
- La Prière sur la Vertu d'Humilité « J'ai honte, Seigneur, d'un orgueil si monstrueux et je suis résolu de le réparer par une Humilité profonde » du R. P. Antoine Franc
- La Prière quand on est dans la consolation et dans la prospérité « Vous venez, Seigneur, de me faire sentir ce doux effet de votre Miséricorde » du R. P. Antoine Franc
- La Prière quand on est malade ou infirme « Celui que Vous aimez est malade, Seigneur, et Vous n'abandonnez pas ceux que Vous aimez » du R. P. Antoine Franc
- La Prière dans la souffrance « Sauvez-moi, mon Dieu, je suis perdu, si Vous ne venez au plus tôt à mon secours » du R. P. Antoine Franc
- La Prière sur la Soumission et la Patience « Soumettez-moi à Vous, ô mon Dieu, et donnez-moi la Patience dont j’ai besoin » du R. P. Antoine Franc
- La Prière de Contrition de nos péchés « J'espère, ô mon Dieu, que Vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour la Confession « Heureux l'homme, qui par les regrets d'un cœur droit et sincère, oblige Dieu à oublier ses offenses » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour la Communion « Voici, ô mon âme, votre Roi qui vient à vous plein de douceur » du R. P. Antoine Franc
- La Prière de Remercîment et d’actions de Grâces « Bénédiction, actions de Grâces, honneur et gloire pendant tous les siècles au Seigneur, par le Sang duquel j'ai été délivré de la mort éternelle » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour les Repas et les Divertissements « N'abusez pas, ô homme, des Bienfaits d'un Dieu : prenez vos repas dans le Seigneur » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour les Fêtes de la Très Sainte Vierge Marie « Agréez, incomparable Marie, que je Vous salue sous cette auguste et ineffable qualité de Mère de Dieu » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour l'exercice du Soir et le coucher « Gardez-moi, Seigneur, comme la prunelle de l'œil et couvrez-moi sous l'ombre de vos ailes » du R. P. Antoine Franc
- La Prière de désir du Paradis « Seigneur, mon âme est éprise de la beauté et de la richesse du Lieu que Vous avez bâti pour votre demeure et pour celle de vos Élus » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour les Fêtes des Saints « Les voilà dans la Gloire, où ils goûtent un doux Repos et une Joie inaltérable » du R. P. Antoine Franc
- La Prière pour s’animer à la Ferveur et à la Persévérance « Ô Jésus, qui êtes notre Résurrection et notre Salut, réveillez mon âme ! » du R. P. Antoine Franc