Voici une Prière pour mépriser les choses créées, pour nous détacher de la terre, pour nous faire expier nos péchés et nous former à la vertu et surtout pour adorer Dieu seul, à ne nous attacher qu'à Lui et à n'aimer rien que Lui seul ou en Lui seul « Ô Jésus-Christ en Croix, qui nous enseignez à nous détacher des choses de ce monde et à n'aimer que Dieu seul » donnée par M. l’Abbé Jean-Baptiste Nicaise Civet (1801-1846), Prêtre de Saint Sulpice, Chanoine honoraire de Reims et Vicaire de Charleville qui entra dans l'état ecclésiastique qu’à l'âge de trente ans parce que Veuf après sept ans de Mariage.

La Prière pour mépriser les choses créées et adorer Dieu seul « Ô Jésus-Christ en Croix, qui nous enseignez à nous détacher des choses de ce monde et à n'aimer que Dieu seul » de l’Abbé Nicaise Civet :
Adorer Jésus-Christ dénué de tout sur la Croix, et nous apprenant ainsi à ne pas chercher notre bonheur dans les créatures, mais en Dieu seul.
Notre cœur est fait pour aimer : l'amour est, en quelque sorte, la vie de notre âme, elle ne saurait trouver qu'en Dieu son véritable bonheur et sa tranquillité.
« Vous nous avez faits pour Vous, ô mon Dieu, et notre cœur sera toujours dans l'agitation et le trouble jusqu'à ce qu'il se repose en Vous : Fecisti nos ad te, Domine, et irrequictum est cor nostrum, donec requiescat inte » (Saint Augustin).
Jésus-Christ en Croix nous enseigne à nous détacher des choses de ce monde et à n'aimer que Dieu seul.
I. A nous détacher des choses de ce monde.
Jésus-Christ, sur la Croix, se trouve dans un dénuement universel, absolu.
Il nous marque par là le souverain mépris qu'Il faisait de toutes choses, et ce mépris de sa part, Lui qui est la souveraine Sagesse, nous découvre l'imperfection et la fragilité de tous les biens d'ici-bas.
Il est dénué :
1º Des biens de la fortune.
Il n'a pas où reposer sa tête ; la Croix sur laquelle Il va expirer ne Lui appartient même pas, et il va falloir que Joseph d'Arimathie Lui prête un tombeau pour les trois jours de sa sépulture, et, avec le tombeau, le linceul et les aromates, car les soldats ont pris jusqu'à ses vêtements. Quelle pauvreté ! Quel dénuement !
2º De toute gloire humaine, chose pourtant si recherchée des hommes et achetée par tant de sacrifices et quelquefois de bassesses !
Lui, Il meurt du supplice des infâmes et sa réputation a reçu la plus humiliante flétrissure que puissent infliger les lois humaines : on L'a placé au rang, que dis-je ? Au-dessous des scélérats, puisqu'on Lui a préféré Barabbas, et qu'on Le crucifie entre deux voleurs, qu'on estime à peine dignes de Lui faire cortège : « Cum iniquis reputatus est » (Marc XV, 28).
3º Du bien même de l'amitié.
A l'exception de sa sainte Mère et du Disciple bien-aimé, tout le monde L'abandonne ; ceux qu'Il a guéris, ceux qu'Il a délivrés, ceux qu'Il a nourris dans le désert, ceux qui L'escortaient naguère encore dans son triomphe, ceux qui avaient voulu Le proclamer roi, ses Apôtres même, tous L'avaient abandonné, renié, bafoué, outragé de toutes manières.
« Où sont donc, ô mon Dieu, ceux qu'hier encore Vous appeliez vos amis : Vos amici mei estis : vos autem dixi amicos » (Jean XV, 14, 15) ; ceux à qui Vous avez donné votre chair à manger et votre sang à boire ; où sont-ils ?
Eh quoi ! Il reste et meurt sur le cadavre de son Maitre, le chien du pauvre, cet emblème de la fidélité !
Ô honte pour les hommes ! Ô dénuement de mon Dieu ! Ô douloureux et à jamais mémorable abandon !
4° De toute satisfaction, de toute jouissance.
Jésus-Christ n'est pas l'homme du plaisir, mais bien l'Homme des douleurs ; c'est là son nom : « Virum dolorum, et scientem infirmitatem » (Is. LIII, 3) ; Il possède, pour les avoir expérimentées, la science des infirmités.
Dieu lui-même a voulu Le façonner à ce secret, Il L'a brisé sur ce point, pour Lui faire mériter son titre d'Homme des douleurs par excellence.
« Dominus voluit conterere eum in infirmitate » (Is. LIII, 10).
Comme Victime de nos péchés et devant être immolé pour le Salut du genre humain, Il s'est engraissé de souffrances, selon l'énergique expression de Tertullien, Il les a savourées avec délices : « Saginari voluptate patientiæ volebat » (De Patient. III).
5º Il y est même privé du seul bien dont la possession console les âmes pieuses de la perte de tous les autres, c'est-à-dire de l'union sensible avec Dieu.
Lorsque tout nous abandonne, si Dieu nous reste en partage, notre âme peut encore s'écrier avec le Prophète royal, que son héritage est des plus riches : « Funes ceciderunt mihi in præclaris ; etenim hæreditas mea præclara est mihi » (Ps. XV, 6).
L'union avec Dieu peut, en effet, suffire au bonheur des âmes.
Mais Jésus-Christ, plongé dans de profondes ténèbres intérieures, se trouve, sous ce rapport, dans un état de délaissement affreux ; Il veut nous montrer, sans doute, que tous les biens crées, quels qu'ils soient, même les consolations spirituelles, ne doivent pas être par eux-mêmes l'objet de nos affections.
Il pouvait les posséder, et Il les dédaigne ; cette conduite doit être une leçon pour nous.
S'Il se prive de tous les biens sensibles, c'est qu'Il veut nous en faire comprendre l'imperfection et la fragilité, car le degré de mépris ou d'estime auquel Il place une chose dans son appréciation est la mesure de sa valeur et de son mérite réel, et telle est pour nous la règle du mépris ou de l'estime que nous en devons faire.
Lors donc que Dieu nous sèvre même des biens spirituels, nous devons, après nous être plaints avec Jésus, nous abandonner avec Lui et sans réserve à la Volonté de notre Créateur.
Toujours ces douloureuses et plaintives Paroles : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-Vous abandonné ? » doivent être suivies de ce refrain pieux et confiant : « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains ; votre Volonté et non la mienne ! »
Il était bien nécessaire que Jésus-Christ nous donnât l'exemple de ce détachement complet et absolu, puisque :
I - Nous ne pouvons aimer, au moins en soi et en dehors de Dieu, aucun bien créé sans commettre :
1º Une injustice, parce que nous sommes faits pour aimer Dieu et pour n'aimer que Lui : c'est de Dieu que nous avons reçu tous nos biens, notre être et nos facultés, c'est à Lui que tout doit revenir ;
2º Sans commettre une ingratitude, puisque ses bienfaits nous provoquent à L'aimer, et quand bien même la justice ne nous en ferait pas un devoir, la reconnaissance seule suffirait pour nous y exciter ;
3º Sans blesser la droiture naturelle et la saine raison, car Dieu étant infiniment parfait, la souveraine beauté et la bonté par essence, la raison nous prescrit de L'aimer par-dessus toutes choses et de préférence à tout.
II - L'amour des créatures ne saurait nous rendre heureux, parce que ces créatures sont ou inconstantes dans l'affection qu'elles nous rendent, ou vaines et imparfaites, ou bien enfin elles sont fragiles et périssables ; et le bonheur n'est point compatible avec ce qui n'est pas éternel.
III - Cet amour nous dégrade et nous avilit.
L'amour est la cause ou le fruit de la ressemblance, il la trouve ou l'établit (Aut pares invenit aut facit), il l'engendre ou en est engendré.
Si donc l'amour nous rend tels que l'objet que nous aimons, en nous attachant aux créatures viles et passagères, nous nous détournons de notre destination primitive et nous tombons dans l'infirmité et le néant.
D'ailleurs, l'amour des créatures pour elles-mêmes excite les passions ; les passions une fois déréglées dégradent l'homme et le placent au niveau de la brute.
L'attachement aux consolations spirituelles n'est pas exempt de cette loi commune, toute affection qui n'est point rapportée directement ou du moins implicitement à Dieu, est le fruit de l'égoïsme et de l'amour-propre, nous nous recherchons nous-mêmes lorsque nous croyons nous oublier et ne vouloir que les consolations de la piété.
II. Jésus-Christ, sur la Croix, nous apprend à n'aimer que Dieu seul, à ne nous attacher qu'à Lui.
Car, à quel trait principalement reconnaît-on l'amour ?
A l'union des volontés : « Amor æquat amantes ».
Or, Jésus-Christ était si étroitement uni de volonté avec son Père, qu'Il a enduré la mort pour ne point rompre cette conformité sainte : « Non mea voluntas, sed tua fiat ».
Réfléchissons aux caractères de cet amour : Quelle générosité !
Les sacrifices anciens ne Vous ont pas plu, ô mon Dieu ; Vous m'avez donné un corps, voici que je viens m'offrir moi-même en holocauste, afin de Vous faire plaisir et d'accomplir votre Volonté.
Quelle force ! Mon Dieu ! Si c'était possible, oh ! Que ce calice passe loin de moi !
Cependant, si c'est impossible, eh bien ! Que votre Volonté soit faite.
Quelle persévérance !
Cet amour a duré toute la vie du Sauveur : sa nourriture, dès son apparition en ce monde, a été de faire la volonté de son Père ; ç'a été là l'aliment quotidien de sa vie : « Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me » (Jean IV, 34).
Mais si Jésus-Christ est notre modèle, s'Il est le chef des prédestinés, son exemple nous apprend, d'une manière bien sensible, à ne nous attacher qu'à Dieu seul, à n'aimer rien que Lui seul ou en Lui seul.
Or, aimer Dieu, qu'est-ce autre chose, sinon n'avoir avec Lui qu'une seule et même volonté ?
Donc la Volonté divine doit être la règle constante de nos actions, l'objet de nos affections, et son accomplissement notre souverain bien.
Et en effet :
1º L'accomplissement de la Volonté de Dieu, dans le détachement des créatures, nous rend parfaits comme Dieu même, puisque nous faisons alors ses œuvres et ce qu'Il désire.
Cette conformité d'ailleurs en engendre inévitablement une autre ; en aimant et en recherchant la Volonté de Dieu, nous aimons et recherchons Dieu Lui-même.
Et cet amour et cette recherche nous rendent semblables à l'objet de notre amour, et nous devenons alors, dans la sphère de notre activité et dans la mesure de nos forces, sages comme Dieu, saints, bons, justes, immuables comme Dieu.
2º La soumission et la conformité à la Volonté de Dieu nous rend heureux comme Lui, non-seulement dans l'Autre vie, ce qui s'entend de soi : « Si vis ad vitam ingredi, serva mandata » (Matth. XIX, 17) ; si vous voulez entrer dans la Vie, observez les Commandements ; mais même dès la vie présente ; car c'est de cette soumission pieuse et de cette conformité filiale que parlait le grand Apôtre quand il disait : « Pictas ad omnia utilis est, promissionem habens vitæ quæ nunc est et futuræ » (I Tim. IV, 8).
La piété est utile à tout, elle a les promesses de la vie présente et celles de la Vie future.
En effet :
1º Celui qui observe les Commandements de Dieu trouve, dans l'accomplissement du devoir, outre la paix de la conscience, qui est le bien réel et seul solide de cette vie, il y trouve, disons-nous, cette satisfaction intime, cette douce jouissance que Dieu a attachée à la pratique de la vertu, et qui est déjà, dès cette vie, une bien précieuse récompense ;
2º Les peines mêmes et les adversités ne sauraient le rendre malheureux : il sait d'où elles viennent, il baise la main qui le frappe, et c'est la main de la Providence, qui ne nous les envoie que pour notre plus grand avantage, pour nous détacher de la terre, nous faire expier nos péchés et nous former à la vertu.
Or, la certitude d'être dirigé par cet adorable Providence dont la volonté est toute-puissante, mais en même temps bienveillante, aussi paternelle et aussi juste qu'elle est puissante, maintient notre âme dans une grande paix, dans un calme profond, dans une tranquillité parfaite.
Résolution : « Ne vouloir que ce que Dieu veut, ordonne ou permet : Non mea voluntas, sed tua fiat ». Ainsi soit-il.
Abbé Jean-Baptiste Nicaise Civet (1801-1846) – « Méditations sur la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ », Seizième Méditation : Jésus en Croix nous enseigne le mépris des choses créées, pages 302-312, chez Adrien Le Clere, 1858