Voici une Prière sur la Foi docile, pratique, fervente, courageuse et inébranlable des Rois Mages à l’Épiphanie de Notre Seigneur Jésus-Christ « Ô Seigneur Jésus, comblez-nous des mêmes trésors, conduisez-nous par la même route et faites-nous parvenir à la même fin » du Révérend Père Louis Le Valois (1639-1700), Prêtre jésuite, Recteur du Collège de Caen puis Père spirituel au Collège de Clermont à Paris nommé en 1697 Confesseur des petits-fils de Louis XIV.

La Prière sur la Foi des Rois Mages à l’Épiphanie « Ô Seigneur Jésus, comblez-nous des mêmes trésors, conduisez-nous par la même route et faites-nous parvenir à la même fin » du R. P. Louis Le Valois :
I. Vous n'êtes pas seulement né, Seigneur, pour les Juifs, mais pour le monde entier ; et c'est pour cela que dès les premiers jours de votre naissance Vous commencez à Vous manifester au monde. Les ténèbres de l'ignorance répandues sur la surface de la terre se dissipent, ceux qui étaient ensevelis dans les ombres de la mort se trouvent tout à coup éclairés d'une grande lumière, et les nations idolâtres viennent à la connaissance du vrai Dieu.
II. Sauveur des hommes et de tous les hommes, je reconnais, je bénis, j'adore vos infinies miséricordes. Vous n'étiez encore connu que dans la Judée, mais aujourd'hui Vous Vous faites connaître dans la gentilité. Vous n'étiez connu dans la Judée que de quelques pasteurs, mais aujourd'hui Vous appelez à votre crèche des sages, des grands du siècle, des rois. Pour annoncer votre naissance aux pasteurs, Vous leur avez envoyé un Ange ; et pour l'annoncer aux Mages, Vous faites paraître dans le ciel une nouvelle étoile. Enfin, les pasteurs n'étaient venus Vous offrir que quelques présents rustiques et pauvres ; mais tout est mystérieux dans les trois offrandes que Vous font les rois ; tout y est magnifique et glorieux pour Vous. Ce sont autant d'hommages différents qu'ils rendent à votre divinité, à votre humanité, à votre souveraineté.
III. Ils Vous présentent de l'encens, et par cet encens ils reconnaissent votre Divinité. L'encens est employé dans les sacrifices. En se consumant, il devient un sacrifice lui-même : et ce n'est qu'à Vous, mon Dieu, qu'on doit sacrifier. Ils Vous présentent de la myrrhe, et par cette myrrhe ils reconnaissent votre Humanité. La myrrhe leur servait à embaumer les corps après la mort ; et ils confessent ainsi que, tout Dieu que Vous êtes, Vous êtes encore un homme mortel. Enfin, ils Vous présentent de l'or, et par cet or ils reconnaissent votre Souveraineté. L'or convient aux rois, et c'est un tribut que nous leur payons en témoignage de notre dépendance et pour honorer leur suprême grandeur.
IV. Il n'appartient, Seigneur, qu'à cette Foi divine que Vous avez communiquée aux Mages et dont Vous nous faites part, de nous révéler ces grands Mystères. Il n'appartient qu'à elle de nous élever de la sorte au-dessus de toute la sagesse et de toute la raison humaine. Ô Miracle ! Ô force toute-puissante de la Foi ! Trois princes cherchent le Roi des Juifs, ou plutôt ils cherchent le Seigneur du monde ; ils entreprennent pour L'aller trouver un long voyage ; pour terme de leur voyage, ils trouvent une étable. Ils y entrent ; et dans cette étable ils aperçoivent un enfant couché sur la paille et entre deux animaux. Que leur dictait là-dessus, que devait leur dicter la prudence du siècle ? Mais, dans la faiblesse même d'un enfant, la Foi leur fait découvrir la majesté du Très-Haut ; dans une chair fragile et mortelle, elle leur fait découvrir un Dieu immortel. Ils regardent l'étable comme votre palais, Seigneur ; la crèche comme votre trône. Bien loin que les dehors d'une si vile demeure les rebutent, et ils sont transportés de joie. Bien loin de s'arrêter à de vains raisonnements sur l'état pauvre et misérable où Vous paraissez à leurs yeux, ils ne Vous ont pas plutôt aperçu qu'ils se prosternent devant Vous. Ces sages ferment les yeux à toutes les lumières de leur sagesse, pour embrasser la sainte folie de votre Évangile. Ces rois déposent à vos pieds toute leur grandeur, pour relever votre bassesse apparente et pour se soumettre à votre Loi. Ces païens renoncent à toutes leurs idoles, pour Vous adorer comme le vrai et le seul Dieu.
V. C'est donc aujourd'hui, Seigneur, que la vérité commence à triompher de l'erreur, et que la foi passe à des peuples infidèles, pour être ensuite répandue dans toutes les parties du monde. C'est par là et par votre grâce, ô mon Dieu, qu'elle est venue jusqu'à moi. Mais, hélas, sans avoir rien perdu de sa Sainteté, qu'elle est différente dans moi de ce qu'elle était dans les Mages ! Et au milieu même du Christianisme, que j'ai été jusqu'à présent et que je suis encore peu Chrétien !
VI. Ce fut une Foi humble et soumise que la foi des Mages ; il ne leur fallut qu'une étoile pour les convaincre ; et moi, Seigneur, rebelle à la lumière, après tant de miracles et malgré tant de motifs, combien de fois par une présomption criminelle ai-je voulu raisonner sur vos divins Mystères, et me faire juge de vos adorables Vérités ? Combien de fois même ai-je raillé, ou combien de fois au moins ai-je prêté l'oreille à des discours libertins et scandaleux ?
VII. Ce fut une Foi prompte et agissante que la foi des Mages. Au moment qu'ils virent l'étoile, ils formèrent le dessein de partir ; et au moment qu'ils l'eurent formé ils l'exécutèrent : Nous avons vu, dirent-ils, et nous sommes venus (Matthieu II, 2). Mais, Seigneur, j'ai bien lieu de me confondre en votre Présence de l'inutilité de ma vie. Je crois, mais sans rien faire ; c'est une foi morte ; c'est la foi des Démons. En cela plus condamnable qu'eux, qu'ils ne sont plus en état d'agir, et qu'il ne tient qu'à moi de faire profiter tous les jours le précieux talent que Vous m'avez mis entre les mains.
VIII. Ce fut une Foi ferme et généreuse que la foi des Mages. Que n'avaient-ils point à craindre de la part d'Hérode ? A quoi s'exposaient-ils en parlant, dans la Judée d'un autre roi que ce prince violent et barbare ? Mais une foi ferme est au-dessus de toutes les craintes et de tous les respects humains. Ils ne cherchèrent point à déguiser le sujet de leur voyage ; ils s'en expliquèrent ouvertement ; ils demandèrent le nouveau Roi des Juifs ; ils s'informèrent du lieu où Il était né ; et malgré le trouble où parut Hérode, ils persistèrent dans la résolution d'aller Lui rendre leurs hommages et Le reconnaître. Aurais-je la même fermeté dans une pareille occasion ? Moi si timide et si lâche aux moindres difficultés qui se présentent ; moi qu'une raillerie, qu'une parole arrête ; qu'une vaine considération fait manquer aux devoirs les plus essentiels ?
IX. Enfin, ce fut une Foi constante et persévérante que la foi des Mages : ils la conservèrent jusqu'au dernier soupir de leur vie. Hélas ! Seigneur, combien ont fait un triste naufrage ! Combien élevés dans la Foi l'ont ensuite perdue, soit par un châtiment de votre justice, soit par un effet de leurs désordres ! Ne serai-je point de ce nombre ? N'y a-t-il point au-delà des mers quelque idolâtre à qui Vous voulez substituer le riche talent de la Foi, qu'il ferait valoir au centuple, et qui demeure inutile dans mes mains ? Ah ! Mon Dieu, ôtez-moi tout le reste, je dis tous les biens temporels. S'il faut, pour Vous satisfaire, en être dépouillé, j'y consens ; mais je ne puis consentir et je ne consentirai jamais à perdre un don aussi nécessaire pour moi, aussi précieux que la Foi. C'est ma ressource, c'est le fondement de mon espérance, c'est le premier principe de mon salut ; je commence à l'estimer plus que jamais ; je commence à bien comprendre qu'en le perdant je perds tout ; et c'est ce qui me fait redoubler mes vœux auprès de Vous. Ne permettez pas qu'il m'arrive ce qui arriva aux Juifs : ils avaient le Messie au milieu d'eux, ils étaient son peuple, ils ne Le connaissaient pas ; tandis que des étrangers Le venaient chercher dans la Judée, et L'y allaient adorer. Père des Lumières, Vous les répandez tous les jours sur des nations infidèles, et je ne Vous demande pas que Vous cessiez de les éclairer : au contraire, souvenez-Vous de tant de peuples plongés dans l'erreur ; mais en même temps ne m'oubliez pas. Enrichissez-les ; mais que leur richesse ne fasse pas ma pauvreté. Sauvez-les ; mais que leur salut ne fasse pas ma damnation. Vous êtes assez riche pour eux et pour moi ; Vous êtes également leur Sauveur et le mien. Comblez-nous tous des mêmes trésors ; conduisez-nous tous par la même route, et faites-nous tous parvenir à la même fin.
X. Pour Vous engager, Seigneur, à écouter favorablement ma prière, je viens faire au pied de votre autel ce que firent les Mages au pied de votre crèche. J'y viens reconnaître votre divinité et Lui rendre un hommage de reconnaissance et d'amour ; votre souveraineté, et Lui rendre un hommage de soumission et d'obéissance. Je viens devant Vous renouveler ce que je fis moi-même à mon Baptême, ou ce qu'on fit en mon nom. Je viens renoncer au monde et à toutes ses pompes, pour m'attacher à Vous par une Foi désormais docile, pratique, fervente, courageuse, inébranlable. Tels sont, mon Dieu, mes sentiments, telles sont les résolutions que je forme suivant la Foi que je professe. Je crois un Dieu, mon Créateur : je veux donc L'adorer et Le servir. Je crois un Jésus-Christ, mon Sauveur : je veux donc Le suivre comme mon maître dans la voie du salut, et L’imiter comme mon modèle. Je crois un Enfer, juste châtiment du péché : je veux donc en me préservant du péché, en l'effaçant par la pénitence, me garantir des peines qui lui sont réservées, et m'acquitter auprès de la divine Justice. Je crois une gloire éternelle, digne récompense de la vertu : je veux donc, par une observation exacte de tous mes devoirs, par un exercice continuel de toutes les vertus, me mettre en état d'entrer un jour dans cette Éternité Bienheureuse. Ainsi soit-il.
R. P. Louis Le Valois (1639-1700) - « Collection intégrale et universelle des Orateurs Sacrés du Premier et du Second Ordre », Entretiens intérieurs sur les Mystères de Notre-Seigneur : IIIe entretien sur l’Épiphanie de Notre-Seigneur, Prière sur la Foi des Rois Mages à l’Épiphanie de Notre Seigneur Jésus-Christ, pages 660-663, chez J.P. Migne, 1866

Voir également du Révérend Père Louis Le Valois :
- La Prière sur la Conception de la Sainte Vierge « Ô Vierge Immaculée, Vous êtes conçue avec la Grâce et dans la Grâce » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le Très Saint Nom de Marie « Marie, ô Nom sous Lequel nul ne doit désespérer ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Annonciation de la Sainte Vierge « Ô Marie, c'est aujourd'hui que Vous devenez la Mère du Seigneur du Ciel » du R. P. Louis Le Valois
- La Paraphrase du Cantique de la Sainte Vierge « Ô Bienheureuse Vierge Marie, heureuse d'avoir été tout ensemble Mère et Vierge » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour l’Avent « Seigneur, j'irai au pied de Votre crèche pour connaître toute la profondeur de mes plaies » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Nativité de Notre Seigneur « Ô Amour efficace, puisqu'Il Vous fait descendre du Ciel même pour nous ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Foi des Rois Mages à l’Épiphanie « Ô Seigneur Jésus, comblez-nous des mêmes trésors, conduisez-nous par la même route et faites-nous parvenir à la même fin » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Présentation de Jésus-Christ au Temple « Voici, mon Père, la Victime que Vous attendiez depuis tant de siècles » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Passion de Notre Seigneur « Seigneur, par les Mérites de votre Croix, accordez-moi la Grâce de Vous aimer comme Vous m'avez aimé » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Résurrection de Notre Seigneur « Heureuse nouvelle pour moi, Seigneur, Vous êtes Ressuscité ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Ascension de Notre Seigneur « Souvenez-Vous, Seigneur, de ne nous pas laisser sur la terre comme des orphelins, sans secours, sans soutien et sans appui » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête de la Pentecôte « Venez, Esprit-Saint, sanctifiez-moi comme Vous êtes Saint » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête de la Sainte Trinité « Au nom du Père qui m’a créé, au nom du Fils qui m'a racheté, et au nom du Saint-Esprit qui m’a sanctifié » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête du Très Saint-Sacrement « Ô Saint Sacrement de l’Autel, Vous nous permettez de nous entretenir avec Vous, de Vous y parler avec confiance et de Vous y parler même avec une espèce de familiarité » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour le Dimanche de l'Octave du Saint-Sacrement « Ô Jésus, ô mon Roi, ô souverain Maître du monde et de tout le monde » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour le Jour de l'Octave du Saint-Sacrement « Ô Jésus, notre Seigneur et Juge sévère après la mort mais si miséricordieux et si bon pendant la vie » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Assomption de la Sainte Vierge « Jouissez, Vierge incomparable, d'une Gloire qui Vous est si légitimement acquise » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le renouvellement des Vœux de Religion « Seigneur, donnez-Vous à moi comme je me donne à Vous » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière d'une âme pénitente « Reprenez-moi et châtiez-moi, Seigneur, humiliez mon orgueil et faites souffrir mon amour-propre » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière dans l’épreuve « Seigneur, considérez l'extrême danger où je me trouve, ayez pitié de moi et sauvez-moi ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur les Grandeurs de Dieu « Seigneur, que votre Nom est en Lui-même admirable » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le Psaume 22 « Ô Bon Pasteur, Vous m'avez fait entrer et Vous me retenez dans votre Église comme dans un grand et riche pâturage » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Présence de Dieu dans notre vie « Ô Seigneur, Vous voyez toutes mes pensées de bien loin puisque Vous les voyez avant que je commence à les former » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière d'une âme pieuse dans la Maison de Dieu « Que j'aime, ô mon Dieu, vos Tabernacles et vos Autels où Vous résidez sur la terre ! » du R. P. Louis Le Valois