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Prière sur la Mortification que le Chrétien doit se faire

Prières > sur la Pénitence

Voici une Prière sur la Mortification ou la Violence que le Chrétien doit se faire en se mortifiant en tout et toujours, sans trêve, sans relâche, sous peine de succomber dans la lutte, de perdre la victoire et de manquer la couronne, car c'est une illusion de s'imaginer que l'on peut arriver au Ciel sans combats ni épreuves « Peut-être, ô mon Dieu, ne m'avez-Vous laissé à combattre que des passions faciles à réprimer » donnée par M. l’Abbé Jean-Baptiste Nicaise Civet (1801-1846), Prêtre de Saint Sulpice, Chanoine honoraire de Reims et Vicaire de Charleville qui entra dans l'état ecclésiastique qu’à l'âge de trente ans parce que Veuf après sept ans de Mariage.



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La Prière sur la nécessité de la Mortification « Peut-être, ô mon Dieu, ne m'avez-Vous laissé à combattre que des passions faciles à réprimer » de l’Abbé Nicaise Civet :

Adorer Jésus-Christ attaché à la Croix, expirant dans des douleurs de corps et d'âme inexprimables, et nous apprenant la nécessité de la Mortification.
Il avait dit : « Le Royaume des Cieux souffre violence ; Regnum cælorum vim patitur ».
Et encore : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, et qu'il prenne sa croix tous les jours et me suive » (Luc IX, 23).
Et encore : « Il a fallu que le Christ souffrît, et entrât par-là dans sa Gloire » (Luc XXIV, 26).
C'est donc une illusion de s'imaginer que l'on peut arriver au Ciel sans combats ni épreuves.
Il en a coûté aux Saints ; il en a coûté à Jésus-Christ, le Modèle des Saints et des Prédestinés ; il nous en coûtera donc aussi à nous-mêmes.
Et en effet, que faut-il pour arriver au Ciel ?
Se maîtriser soi-même, se vaincre, réprimer ses passions mauvaises, triompher de ses penchants, réformer ses inclinations, en un mot, se commander à soi-même.
Or, tout cela exige des efforts, et ces efforts ne sont que l'exercice de la Mortification.
Voilà pourquoi Jésus, notre divin Modèle, a voulu nous enseigner lui-même la nécessité de cette vertu, et nous en marquer les règles et l'étendue.

Jésus sur la Croix nous apprend la nécessité de la Mortification.
La Mortification nous est en effet indispensable :
1º Pour réprimer nos passions ; car bien qu'aucun mouvement répréhensible, aucune passion coupable ne pût avoir accès dans son Cœur, cependant, Il a voulu ressentir, au Jardin des Olives, un sentiment naturel de répugnance à la Volonté divine.
Mais c'était pour nous apprendre à soumettre généreusement notre volonté aux dispositions et aux décrets de cette Volonté adorable.
« Non mea voluntas, sed tua fiat ! »
Il a voulu ressentir vivement toute l'indignité de la trahison de Judas et de la conduite des Juifs à son égard ; mais ce ne fut que pour nous apprendre à réprimer l'indignation, bien naturelle pourtant et bien juste, que peuvent nous inspirer, comme à Lui, les mauvais traitements, et à n'y répondre que par ce sentiment sublime :
« Père, pardonnez-leur ! : Pater, dimitte illis ! »
Voilà comment Il nous apprend à vaincre nos passions.
Nous n'avons pas seulement, comme Jésus-Christ, des passions justes et réglées ; mais nous avons des passions désordonnées, perverties par le péché ; nous sommes malheureusement enclins à tous les vices, à la vanité, à l'emportement, à la gourmandise, à la luxure, à la paresse, à la malignité, à l'avarice.
Et cependant, rien de souillé n'entrera dans la Cité sainte, rien d'impur ou d'imparfait ne sera admis dans le Royaume des Cieux.
Donc, si nous ne réprimons pas toutes ces passions, si nous ne corrigeons pas tous ces vices, si nous ne commençons pas à réformer tous ces défauts, nous n'avons pas encore atteint ce degré premier de justice qui doit nous élever vers le Ciel ; et que de violences ne faut-il pas se faire pour atteindre ce but !
Il faut lutter contre le monde, qui nous entraîne par le torrent de ses exemples.
Il faut combattre contre le Démon, qui nous excite par ses tentations continuelles.
En un mot, il faut se mortifier en tout et toujours, sans trêve, sans relâche, sous peine de succomber dans la lutte, de perdre la victoire et de manquer la couronne.
Parce que le Royaume des Cieux est le prix de la violence, et seuls, les forts ont le privilège de le conquérir.
« Regnum cælorum vim patitur, et violenti rapiunt illud » (Matth. XI, 12).

2º Pour expier nos péchés, quelque vigilance que nous exercions sur nous-mêmes, il nous est impossible de nous préserver de tout péché.
Et cependant le péché, quelque minime qu'il soit, étant une violation de la Loi, une dérogation à la Règle, doit être réparé, redressé, expié par une peine : telle est la rigueur de l'incompréhensible Justice de Dieu.
C'est pour effacer tant de fautes que nous commettons tous les jours, c'est pour les expier, que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert la mort la plus cruelle.
« Attritus est propter scelera nostra ».
Les Saints, à son exemple, ont tous marché dans les voies de la Mortification et de la Pénitence.
Quelques-uns même, poussés par l'Esprit de Dieu, ont pratiqué des vertus qui feraient frémir notre délicatesse et épouvanteraient notre prétendue ferveur.
« Mon Dieu ! disait, au sein des plus affreuses douleurs, une personne mourante, mon Dieu ! Je ne souffre pas assez !!! »
Elle connaissait bien toute la malice du péché et toute la nécessité de la Mortification.
L'œil de Dieu est si clairvoyant qu'Il exige qu'on se purifie des moindres taches, et qu'Il n'admettra dans son Royaume que les âmes qui seront absolument pures.
Et c'est pour les amener à ce degré qui complétera leurs expiations et suppléera à leurs pénitences, qu'Il a allumé les feux épouvantables du Purgatoire.
Léger ou grave, il faut que tout péché soit puni, il faut qu'il soit expié, soit en ce monde par l'humble et volontaire acceptation des peines que Dieu nous envoie, soit en l'autre par les souffrances du Purgatoire.
Jugeons par-là du prix que nous devons attacher aux Indulgences que dispense la sainte Église, puisqu'elles nous remettent totalement ou en partie ces peines temporelles que nous avons si justement méritées, et encore faut-il ici que nous ayons la volonté de satisfaire en y joignant le regret de nos fautes et la disposition franche et sincère de renoncer au péché.
Donc, toujours il faut revenir à cette violence, dont parle Notre-Seigneur, et qui seule ravit le Royaume des Cieux.
« Regnum cælorum vim patitur et violenti rapiunt illud » (Matth. XI, 12).

3º Pour pratiquer la vertu.
Notre cœur est naturellement enclin au mal, il s'agit de redresser ce penchant, de corriger cette funeste inclination.
Pour cela, des efforts sont indispensables, c'est-à-dire qu'il faut que nous inclinions notre cœur vers le bien, que nous dirigions nos penchants vers les choses du Ciel.
Ce travail n'est autre que la Mortification de nos goûts, de nos appétits, de nos instincts ; travail qui a pour résultat de poser les fondements de la vertu ; car, pour le perfectionnement de l'édifice, il ne suffit pas de déblayer le sable mouvant des passions, il faut établir le solide, c'est-à-dire empêcher les mauvais penchants comme assoupis, de se réveiller, et former en nous l'homme intérieur, le nouvel Adam.
C'est de cette vertu que le divin Modèle nous donne l'exemple sur la Croix, où Il s'offre à son Père comme le type accompli de toute perfection.
Il y possède une conformité absolue à la Volonté divine, une charité sans bornes, une incomparable douceur envers le prochain, une patience que rien ne peut altérer, un amour des souffrances et des humiliations que la Croix peut à peine satisfaire.
Quelle violence donc ne devons-nous pas nous faire aussi, pour acquérir, au moins à quelque degré, les vertus de ce divin Modèle : la conformité à la volonté de Dieu et à ses desseins sur nous, la charité envers nos frères, la douceur envers tous, la patience dans les contrariétés, la piété soutenue, l'humeur toujours égale, la ferveur toujours ardente !
Et cela malgré les combats continuels, et les attaques incessantes qu'il nous faut essuyer de la part du Démon, du monde et de nous-mêmes !

Peut-être, ô mon Dieu, ne m'avez-Vous laissé à combattre que des passions faciles à réprimer.
Quelle honte donc, si je m'en laissais asservir !
Peut-être, en punition de mes péchés mêmes, ne m'envoyez-Vous que des peines très-légères et faciles à supporter.
Quelle excuse donc pourrais-je alléguer si je trouvais encore ce fardeau trop lourd !
Hélas, ô mon Dieu, combien d'autres, moins coupables mais plus forts que moi, sans doute, sont soumis par votre bonté autant que par votre justice, à de si rigoureuses épreuves !
Et moi, Vous m'abandonnez donc, de me traiter si bénignement !
Je ne suis donc pas digne de prendre rang parmi les forts ?
Ô mon Dieu, ôtez-moi ma lâcheté ; puis traitez-moi comme je le mérite ; et, avec votre Grâce, j'espère ne pas manquer de patience.
Si ma vocation, la position que j'occupe, ne m'impose que des vertus ordinaires et d'une pratique aisée, je n'en suis que plus coupable de manquer encore si souvent de courage, pour saisir toutes les occasions de m'y exercer.


Pratique :
Se faire, en toute chose, la violence que requiert la profession du Christianisme, suivant cette parole de l'Apôtre :
« Nous portons partout dans notre corps la Mortification de Jésus-Christ : Semper mortificationem Jesu in corpore nostro circumferentes » (II Cor. IV, 10).
Nous mortifier en acceptant les peines qu'entraîne l'accomplissement des devoirs de notre état, et aussi les afflictions intérieures que Dieu permet.
Regarder toutes les créatures insensibles comme les instruments de la Volonté divine et armées souvent par sa Justice pour nous faire expier nos fautes.
Et ainsi souffrir avec patience la rigueur des saisons, les accidents, les pertes de biens, les infirmités du corps et la mort même quand le moment marqué sera venu.
S'imposer, avec l'assentiment de son directeur, quelques mortifications volontaires, afin de se former à la pratique des mortifications inévitables. Ainsi soit-il.

Abbé Jean-Baptiste Nicaise Civet (1801-1846) – « Méditations sur la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ », Dix-Neuvième Méditation : la Mortification ou la Violence que le Chrétien doit se faire, pages 352-367, chez Adrien Le Clere, 1858

Voir les autres Prières des Méditations sur la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ de M. l’Abbé Jean-Baptiste Nicaise Civet :
- La Prière pour toujours Prier sans se lasser « Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur Vous écoute » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pour profiter de la Grâce Sanctifiante et devenir un Saint « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a comblés, en Lui, de toutes sortes de Bénédictions spirituelles et célestes ! » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière au Christ mort sur la Croix « Ô divin Jésus, que je suis obligé de Vous aimer ! » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pour méditer avantageusement la Passion du Christ « Ô Jésus en Croix, soyez l'objet de mon amour, qu'il Vous rêve la nuit et Vous médite le jour » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière à Jésus souffrant et crucifié, Modèle des Élus « Ô mon Sauveur, accordez-moi de m'instruire à votre École et de profiter des leçons d'un Maître si accompli » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière de Compassion aux Souffrances de la Sainte Vierge « Priez pour nous, ô Vierge des Douleurs, afin que nous devenions dignes des Promesses de Jésus-Christ » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière sur l’Humilité de Notre Seigneur Jésus-Christ « Ô Seigneur, donnez-moi votre Humilité » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pleine d’Espérance « Ô mon Sauveur, quand je songe que, sur la Croix, Vous avez prié pour le Salut de mon âme » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière d'Espérance et de Confiance en Dieu « Seigneur, je trouve encore bien des obstacles à cette Confiance dont Vous me donnez l'exemple » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière sur l'énormité du Péché « Offrons à Dieu non-seulement les mortifications communes et prescrites par notre sainte Religion, mais nos prières, nos aumônes, nos bonnes œuvres et nos peines » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière de Repentir « Ô divin Jésus, Vous n'avez souffert que pour moi » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière sur la sévérité de la Pénitence « Ô mon âme, tu trouveras dans Jésus crucifié le Modèle du vrai Pénitent » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière sur la nécessité de la Mortification « Peut-être, ô mon Dieu, ne m'avez-Vous laissé à combattre que des passions faciles à réprimer » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pour mépriser les choses créées et adorer Dieu seul « Ô Jésus-Christ en Croix, qui nous enseignez à nous détacher des choses de ce monde et à n'aimer que Dieu seul » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pour nous enseigner la Patience « Ô Jésus-Christ en Croix, Vous nous apprenez ce que doit être la Patience Chrétienne qui consiste à souffrir tout sans se plaindre et même avec joie » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière sur l’Amour de Jésus-Christ pour son Père « Ô mon Dieu, puissions-nous avoir part aux saintes dispositions de notre Sauveur et Vous témoigner, comme Lui, notre amour de tant d'admirables manières ! » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pour se conformer à la Volonté de Dieu « Ô mon Dieu, votre volonté avant tout : Non mea voluntas, sed tua fiat ! » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pour pratiquer la Charité envers son Prochain « Oui, j'aimerai mon Prochain comme moi-même, comme Jésus-Christ m'a aimé » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière à la Consécration du saint Sacrifice de la Messe « Je crois fermement, ô mon Sauveur, que Vous êtes véritablement Présent dans la Sainte Eucharistie » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière sur la manière de bien Mourir « Si nous voulons mourir comme Jésus-Christ, vivons comme Jésus-Christ » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pour mériter le Prix infini du Ciel « Le Royaume des Cieux se prend par la force et ce sont les violents qui l'emportent » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière sur la Résurrection de Jésus-Christ « Ô Jésus ressuscité, vivant et glorieux, Vous nous donnez l'espérance de Vous suivre un jour et Vous nous invitez à une sainte Joie » de l’Abbé Nicaise Civet
- La Prière pour le Salut des âmes que nous avons à cœur de convertir « Ô Jésus, Zélateur des âmes, ayez pitié de nous ! » de l’Abbé Nicaise Civet