Voici une Prière sur la Présence de Dieu dans notre vie qui paraphrase le Psaume 138 « Ô Seigneur, Vous voyez toutes mes pensées de bien loin puisque Vous les voyez avant que je commence à les former » du Révérend Père Louis Le Valois (1639-1700), Prêtre jésuite, Recteur du Collège de Caen puis Père spirituel au Collège de Clermont à Paris nommé en 1697 Confesseur des petits-fils de Louis XIV.

La Prière sur la Présence de Dieu dans notre vie « Ô Seigneur, Vous voyez toutes mes pensées de bien loin puisque Vous les voyez avant que je commence à les former » du R. P. Louis Le Valois :
I. Vous me voyez, Seigneur ; et quoique pour me connaître Vous n'ayez pas besoin de m'éprouver et de m'examiner, Vous me connaissez néanmoins si parfaitement, qu'il me semble que Vous m'examinez et que Vous m'éprouvez partout et sur tout. Vous observez tous les mouvements que je fais, et tous ceux que le monde me fait faire. Vous me voyez quand je m'arrête et quand je marche, quand je repose et quand je veille, quand le monde m'abaisse et quand il m'exalte, quand je tombe dans le péché et quand je tâche à m'en relever par la pénitence, quand je me relâche dans l'étude de la perfection et quand je reprends une ferveur toute nouvelle.
II. Vous voyez toutes mes pensées ; et Vous les voyez de bien loin, puisque Vous les voyez avant que je commence à les former, et que Vous les avez vues avant même que je fusse capable d'en former aucune. Vous voyez les projets, les desseins que je me trace à moi-même ; les motifs, les raisons qui me font agir ; tous les moyens que je prends, tous les efforts que je fais pour arriver aux fins que je me suis proposées, et le succès heureux ou malheureux qui remplit ou qui trompe mes espérances. En un mot Vous avez prévu et Vous voyez encore toutes mes voies, soit extérieures, soit intérieures. Je ne dis pas une seule parole que Vous n'entendiez : celles mêmes qui m'échappent sans que j'y pense ne Vous échappent point ; Vous êtes attentif à tout.
III. Et comment ne le seriez-Vous pas aux choses qui me regardent, puisque Vous l'êtes à toutes les choses du monde ? Un lys qui croît dans les campagnes, un oiseau qui vole dans les airs, un passereau Vous est présent (Luc XII, 24, 27) : « Il ne tombe pas même un cheveu de notre tête, sans que Vous en soyez instruit » (Matth. Χ, 30). Comment ne sauriez-Vous pas ce que je fais à présent, puisque Vous savez ce que j'ai fait depuis mon enfance, et ce que je ferai jusqu'à l'heure de ma mort ? Vous m'avez formé ; et depuis que Vous m'avez formé, Vous n'avez point retiré votre main de dessus moi ; au contraire cette main toute-puissante a toujours été occupée à me conserver. Vous m'avez créé autant de fois que j'ai vécu de moments ; Vous me créez encore actuellement, Seigneur, Vous concourez actuellement à toutes mes affections et à toutes mes actions. Or je ne puis m'imaginer qu'en y concourant, Vous agissiez en aveugle : ainsi je suis obligé de reconnaître que Vous pensez toujours actuellement à moi ; que Vous avez toujours une vue actuelle de tout ce que je pense, de tout ce que je désire, de tout ce que je dis, de tout ce que je fais.
IV. Seigneur, que votre sagesse est admirable, et que votre science est étendue ! Elle surpasse tout ce que j'en puis dire, et tout ce que je m'en puis figurer. Je ne comprends pas comment il se peut faire que votre esprit soit toujours appliqué à tant d'objets différents ; mais je sais néanmoins que cela est, et que votre lumière infinie pénètre et découvre tout (Hebr. IV, 13).
V. Où irais-je pour me dérober à votre connaissance ? Où m'enfuirais-je pour me cacher à vos yeux ? Si je monte dans le Ciel, c'est là que Vous régnez ; si je descends aux Enfers, Vous y êtes ; c'est là que votre justice préside aux supplices des pécheurs. Quand je prendrais des ailes, et que je volerais en un jour, de l'orient jusqu'aux extrémités de l'occident ; quand je prendrais, pour aller encore plus vite, les ailes même de l'aurore, dont les rayons brillent jusque dans l'occident au moment qu'elle paraît dans l'orient ; je Vous trouverais toujours partout : ce serait votre main qui me conduirait, qui me porterait partout où je volerais ; ce serait elle qui me soutiendrait partout où je voudrais demeurer ; et comme je serais toujours dans votre main ou sous votre main, je serais toujours sous vos yeux.
VI. J'ai pensé quelquefois que les ténèbres de la nuit me pourraient dérober à vos regards ; mais malgré la plus profonde nuit, Vous m'apercevez dans ces infâmes plaisirs, dont je voudrais que Vous ne fussiez jamais témoin, et dont je voudrais perdre moi-même le souvenir après que j'en ai goûté les fausses douceurs. Les ténèbres n'ont rien d'obscur pour Vous. La nuit comme le jour, tout Vous est égal. La lumière de l'un ne Vous découvre rien ; les ombres de l'autre ne Vous cachent rien. Votre Présence dissipe tous les nuages, rompt tous les voiles. Elle Vous fait en tous lieux un grand jour. Elle Vous fait de tous les jours et de toutes les nuits, un jour éternel.
VII. Les rayons du soleil ne venaient point jusqu'à moi lorsque j'étais encore renfermé dans le sein de ma mère ; cependant, tout inconnu que j'étais au monde, je ne l'étais pas pour Vous. Car il faut confesser que votre grandeur, qui éclate dans tous vos ouvrages, éclate surtout dans la structure de l'homme. J'en suis ravi, et je ne puis me lasser de l'admirer. Ce fut Vous qui donnâtes à tous mes os et à la prodigieuse variété d'organes dont mon corps est composé cet arrangement si merveilleux. Vous le disposâtes avec une justesse qui ne laisse rien à désirer, et qui nous marque une intelligence parfaite.
VIII. Vous vites dès ce moment, Seigneur, ma petitesse, ma faiblesse, mon ignorance. Vous avez toujours vu depuis tous mes défauts, toutes mes imperfections naturelles et morales. Vous Vous appliquez peu à peu à les réformer, Vous sanctifiez peu à peu vos Élus. Eux-mêmes avertis que Vous les voyez, et honteux de paraître imparfaits devant vos yeux, ils travaillent à se perfectionner de plus en plus, pour Vous devenir plus agréables ; et ils travaillent de telle sorte que par votre Grâce et par la fidélité que leur inspire votre Présence, ils parviennent enfin à une Sainteté consommée.
IX. Que je les estime heureux, ô mon Dieu, de Vous avoir pour spectateur, pour approbateur, pour rémunérateur de ce qu'ils font et de ce qu'ils souffrent pour Vous ! Que cette vue leur doit donner de forces ! Qu'il leur doit être aisé de se mettre au-dessus du monde, et de toutes les considérations du monde ! Qu'ils doivent avoir de zèle pour se vaincre eux-mêmes, et pour Vous soumettre encore tous les hommes qu'ils connaissent, pour Vous en faire autant de serviteurs et d'amis, et pour se multiplier ainsi plus que le sable de la mer !
X. J'avoue que c'est cette pensée qui m'a retiré de l'abîme du péché, qui m'a fait revenir à Vous, qui m'a attaché pour toujours à votre service. Mais vos ennemis au contraire me font horreur, quand je pense à la témérité qu'ils ont de pécher devant Vous ; à la mort éternelle dont votre justice les menace, et à la liberté qu'ils prennent quelquefois de railler des espérances solides que Vous nous donnez pour l'autre vie. Bien loin d'être touché de leurs discours, je suis sourd à tout ce qu'ils me disent, je les évite, je leur déclare hautement que je ne veux plus avoir de société avec eux.
XI. Vous savez, Seigneur, que j'ai sur cela les mêmes sentiments que Vous ; que je suis ravi de tout ce que l'on fait pour votre gloire ; que je suis désolé quand je sais que l'on Vous offense ; que j'aime ceux qui Vous aiment ; que je hais ceux qui Vous haïssent, que je ne crains point de m'attirer votre haine en les haïssant, parce que je les hais comme Vous les haïssez : je hais leurs péchés, et je ne hais point leurs personnes.
XII. Sondez là-dessus mon cœur ; interrogez-le, et faites-le répondre ; démêlez-en les véritables intentions. Et si Vous découvrez que j'aie d'autres vues que celles que je dois avoir, si Vous voyez qu'il y ait en moi quelque chose qui ne soit pas droit, ayez la bonté de me redresser, de m'éclairer, et de me conduire de telle manière que je ne m'écarte jamais du chemin qui me doit mener à l'Éternité Bienheureuse. Ainsi soit-il.
R. P. Louis Le Valois (1639-1700) - « Collection intégrale et universelle des Orateurs Sacrés du Premier et du Second Ordre », Sixième entretien sur la Présence de Dieu, Paraphrase du Psaume CXXXVIII, pages 742-746, chez J.P. Migne, 1866

Voir également du Révérend Père Louis Le Valois :
- La Prière sur la Conception de la Sainte Vierge « Ô Vierge Immaculée, Vous êtes conçue avec la Grâce et dans la Grâce » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le Très Saint Nom de Marie « Marie, ô Nom sous Lequel nul ne doit désespérer ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Annonciation de la Sainte Vierge « Ô Marie, c'est aujourd'hui que Vous devenez la Mère du Seigneur du Ciel » du R. P. Louis Le Valois
- La Paraphrase du Cantique de la Sainte Vierge « Ô Bienheureuse Vierge Marie, heureuse d'avoir été tout ensemble Mère et Vierge » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour l’Avent « Seigneur, j'irai au pied de Votre crèche pour connaître toute la profondeur de mes plaies » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Nativité de Notre Seigneur « Ô Amour efficace, puisqu'Il Vous fait descendre du Ciel même pour nous ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Foi des Rois Mages à l’Épiphanie « Ô Seigneur Jésus, comblez-nous des mêmes trésors, conduisez-nous par la même route et faites-nous parvenir à la même fin » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Présentation de Jésus-Christ au Temple « Voici, mon Père, la Victime que Vous attendiez depuis tant de siècles » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Passion de Notre Seigneur « Seigneur, par les Mérites de votre Croix, accordez-moi la Grâce de Vous aimer comme Vous m'avez aimé » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Résurrection de Notre Seigneur « Heureuse nouvelle pour moi, Seigneur, Vous êtes Ressuscité ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Ascension de Notre Seigneur « Souvenez-Vous, Seigneur, de ne nous pas laisser sur la terre comme des orphelins, sans secours, sans soutien et sans appui » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête de la Pentecôte « Venez, Esprit-Saint, sanctifiez-moi comme Vous êtes Saint » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête de la Sainte Trinité « Au nom du Père qui m’a créé, au nom du Fils qui m'a racheté, et au nom du Saint-Esprit qui m’a sanctifié » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour la Fête du Très Saint-Sacrement « Ô Saint Sacrement de l’Autel, Vous nous permettez de nous entretenir avec Vous, de Vous y parler avec confiance et de Vous y parler même avec une espèce de familiarité » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour le Dimanche de l'Octave du Saint-Sacrement « Ô Jésus, ô mon Roi, ô souverain Maître du monde et de tout le monde » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière pour le Jour de l'Octave du Saint-Sacrement « Ô Jésus, notre Seigneur et Juge sévère après la mort mais si miséricordieux et si bon pendant la vie » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur l’Assomption de la Sainte Vierge « Jouissez, Vierge incomparable, d'une Gloire qui Vous est si légitimement acquise » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le renouvellement des Vœux de Religion « Seigneur, donnez-Vous à moi comme je me donne à Vous » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière d'une âme pénitente « Reprenez-moi et châtiez-moi, Seigneur, humiliez mon orgueil et faites souffrir mon amour-propre » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière dans l’épreuve « Seigneur, considérez l'extrême danger où je me trouve, ayez pitié de moi et sauvez-moi ! » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur les Grandeurs de Dieu « Seigneur, que votre Nom est en Lui-même admirable » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur le Psaume 22 « Ô Bon Pasteur, Vous m'avez fait entrer et Vous me retenez dans votre Église comme dans un grand et riche pâturage » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière sur la Présence de Dieu dans notre vie « Ô Seigneur, Vous voyez toutes mes pensées de bien loin puisque Vous les voyez avant que je commence à les former » du R. P. Louis Le Valois
- La Prière d'une âme pieuse dans la Maison de Dieu « Que j'aime, ô mon Dieu, vos Tabernacles et vos Autels où Vous résidez sur la terre ! » du R. P. Louis Le Valois