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Soliloque sur la Miséricorde de la Vierge Marie par le Bienheureux Henri Suso

Prières > à la Sainte Vierge

Voici le long et admirable Soliloque sur la Miséricorde de la très sainte Vierge Marie « Ô Marie, me voici prosterné à vos pieds pour Vous saluer en mon nom et au nom de tous les pécheurs pénitents » du Bienheureux Révérend Père Henri Suso (1295-1365), Religieux de l’Ordre des Prêcheurs entré à l'âge de 13 ans chez les Dominicains de Constance, puis à Cologne en 1323 et enfin dans le Couvent d'Ulm en Allemagne qui fut Béatifié par le Pape Grégoire XVI. Il s'appelait Henri de Berg, mais il préféra le nom de Suso, qui était celui de sa mère, pour honorer sa piété et se la rappeler sans cesse.



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Le Soliloque sur la Miséricorde de la Vierge Marie « Ô Marie, me voici prosterné à vos pieds pour Vous saluer en mon nom et au nom de tous les pécheurs pénitents » du Bienheureux Henri Suso :

Ô profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu, que ses jugements sont incompréhensibles, et ses voies impénétrables !
O altitudo divitiarum sapientiæ et scientiæ Dei ! Quam incomprehensibilia sunt judicia ejus, et investigabiles viæ ejus ! (Rom. XI, 33)
Seigneur tout-puissant, mon Dieu, par combien de moyens surprenants et inconnus, par quelles routes extraordinaires Vous ramenez l'âme à la vertu !
Qu'avez-Vous pensé dans votre immuable et éternelle intelligence ?
Qu’avez-Vous décidé dans votre adorable volonté, lorsque Vous avez créé le chef-d'œuvre de votre sagesse, Marie, de toutes les créatures la plus élevée, la plus divine, la plus vierge, la plus pure, la plus belle, la plus aimable ?
Vous pouviez dire alors : « J'ai pour vous des pensées de paix » (Jérém. ΧΧΙΧ, 11) ; puisque, dans votre bonté infinie, Vous faisiez Celle de qui devait naître la Splendeur de la gloire, votre Fils, qui ramena à leur principe les créatures perdues.

Quel pécheur aurait osé s'approcher de Vous, ô Père céleste, s'il n'avait eu pour guide l'éternelle Sagesse, votre Fils bien-aimé ?
Mais, ô Sagesse éternelle, l'homme ainsi souillé pouvait-il se présenter à Vous, qui êtes la Pureté même, sans avoir pour avocate la Mère des miséricordes ?
Vous êtes véritablement homme, Vous êtes notre frère, mais Vous êtes le Seigneur tout-puissant, le vrai Dieu, le Juge sévère, Celui qui nous punit de nos iniquités.
Aussi, lorsque la conscience nous tourmente et que la crainte nous assaillit, lorsque notre cœur est accablé sous le poids de la douleur et que nous ne trouvons plus aucun remède à nos maux, notre seule consolation est de pouvoir lever nos yeux vers Vous, ô Reine toute-puissante du Ciel !

Me voici donc, ô Vierge sacrée ! Étoile brillante ! Miroir éblouissant de l'éternel Soleil ! Trésor caché de l'infinie Miséricorde ! Me voici prosterné à vos pieds, moi, la plus misérable et la plus vile des créatures, pour Vous saluer, en mon nom et au nom de tous les pécheurs pénitents.
Et vous, esprits célestes, âmes bienheureuses, venez, descendez au centre de mon âme pour célébrer, comme vous le savez, comme vous pouvez le faire, notre Paradis bien-aimé, la Source de tous les biens et de toutes les jouissances, la grande Reine du Ciel et de la terre ; car moi j'en suis indigne et incapable.

Ô Amie chérie, Épouse choisie de Dieu, couronne précieuse de l'éternelle Sagesse, versez sur votre pauvre serviteur une telle abondance de lumière, qu'il puisse s'entretenir avec Vous.
Voyez mon âme, comme elle tremble ; voyez mon corps prosterné et sans mouvement, mes yeux baissés, mon visage couvert de honte, et mon cœur agité par la crainte ; votre Grâce pourtant me console, et j'entends dire à mon âme : « Espère, aie confiance, parce que pour aimer, servir et louer une si grande Reine, il n'y a d'autre moyen qu'elle-même : elle est la Médiatrice immédiate de tous les pécheurs auprès de son Fils ; et lors même que tu serais souillée de mille péchés, tu pourrais recourir à elle avec confiance.
Plus on est coupable, plus il faut se confier en Marie. Ainsi donc, du courage, âme timide ; découvre tes misères à Marie, et accours avec joie au trône de ses miséricordes.
Tes fautes et tes souillures ne te feront pas repousser ; car c'est Marie qui te désire, qui t'appelle, qui t'invite à recourir à son incompréhensible bonté.

Ô Marie, la dernière ressource des coupables, le refuge assuré des pécheurs, c'est vers Vous seule que se lèvent nos yeux pleins de larmes, c'est vers Vous que soupirent tous les cœurs blessés et malheureux, c'est en Vous qu'espèrent toutes les âmes affligées.
Soyez notre Médiatrice auprès de l'éternelle Sagesse, et réconciliez-nous dans la grâce et la paix.
Souvenez-Vous, ô très-clémente Souveraine, que c'est nous, infortunés pécheurs, qui Vous avons valu le diadème de votre puissance.
Sans nos péchés, seriez-vous devenue la Mère de Dieu, l'Arche d'alliance dans laquelle fut déposée la manne véritable, le lieu où l'éternelle Sagesse a trouvé son repos ?
Sans notre misère, auriez-Vous été appelée Mère de grâce et de miséricorde ?
Qui Vous a faite riche ?
Notre pauvreté.
Qui Vous a élevée au-dessus de toutes les créatures ?
Nos vices et nos erreurs.

Ainsi donc, ô Marie, jetez sur mon pauvre cœur ces regards doux et compatissants que Vous n'avez jamais détournés d'aucun pécheur, alors même qu'il était perdu et désespéré.
Recevez-moi, mettez-moi sous votre protection, parce que c'est de Vous que j'attends mon secours ; c'est en Vous seule que je place mon espérance.
Ô combien d'impies, d'obstinés pécheurs avaient abandonné Jésus-Christ, renoncé au Ciel, renié Dieu !
Ils étaient tombés dans l'abîme du désespoir, mais ils se sont tournés vers Vous, ô Marie ; Vous les avez reçus avec la tendresse d'une mère, et Vous leur avez rendu la Grâce de Dieu par la vertu de votre toute-puissante Intercession.
Les blasphémateurs, les voleurs, les assassins, en se rappelant votre charité, reprennent encore courage et ne désespèrent plus de leur Salut.

Ô unique, admirable, infatigable Consolatrice des pécheurs, la bonté infinie de Dieu Vous a rendue chère à tous les malheureux, parce que votre compassion bienveillante ne laisse aucun affligé sans consolation.
Quelle est ma joie, ô ma très-douce Mère, lorsque je médite votre tendre charité, et combien je me sens ranimé, fortifié, rempli d'espérance !
Il me semble que, dans la joie que j'éprouve, mon cœur devrait s'échapper de mes lèvres, comme les larmes de mes yeux, tant votre Nom me plaît, ô Marie !
C'est un rayon de miel qui se fond en moi et qui ravit mon âme.
Que Vous êtes justement appelée la Mère, la Reine de la miséricorde !
Salut, ô Mère indulgente, ô Reine très-clémente, Vous dont la bonté est inépuisable et sans limite.
Ô Marie, qu'êtes-Vous donc Vous-même, si votre Nom seul est si délicieux !
Non, les harpes et les meilleurs instruments n'ont pas de si douces harmonies que celles qu'apporte aux cœurs affligés le très-saint Nom de Marie, la Vierge Immaculée ; que tous les peuples s'inclinent et s'agenouillent à ce Nom sublime et divin de Marie.

Combien de fois, ô tendre Mère, avez-Vous repoussé les efforts des démons qui nous tentaient !
Combien de fois les avez-Vous mis en fuite !
Combien de fois, par votre Intercession, avez-Vous arrêté et adouci la sévère justice du Juge redoutable qu'avaient irrité nos péchés !
Combien de fois avez-Vous obtenu de votre divin Fils des grâces et des consolations !
Que faire pour reconnaître tant de bienfaits ?
Comment remercier votre maternelle bonté ?
Ni les étoiles du ciel, ni la terre, ni les éléments, ni les Anges, ni les Esprits bienheureux, ne peuvent assez Vous bénir, et célébrer dignement votre clémence.

Ne devons-nous pas nous taire ?
Non, nous ferons notre possible pour Vous louer, Vous bénir, parce que nous savons bien que votre admirable humilité ne méprisera pas la petitesse de nos dons, et nous tiendra compte de notre bonne volonté.

Que les hommes ne gémissent plus d'avoir perdu le Paradis terrestre ; grâce à Vous, ô Marie, au lieu d'un, nous en avons deux.
N'est-ce point un Paradis, le sein béni et les entrailles sacrées qui portèrent le véritable Arbre de Vie, l'origine de toute joie, de tout bonheur, de tout bien ?
N'est-ce pas un Paradis que Jésus, qui ressuscite les morts, et dont les blessures sont des sources de miséricorde, de sagesse, de douceur, des fleuves d'amour infini qui arrosent et consolent toute la terre ?
Que toutes les âmes viennent se désaltérer aux eaux vives de Jésus et de Marie ; elles goûteront tant de délices, qu'elles ne pourront plus regretter le Paradis terrestre.

Ô Vous, notre illustre Souveraine, Vous la Reine du Ciel et de la terre, Vous êtes la porte de la miséricorde, toujours ouverte, jamais fermée à personne ; l'univers entier périrait, avant que Vous refusiez votre assistance à qui l'implore du fond de son cœur.
Aussi, le matin, en me levant, le soir, en me couchant, c'est Vous la première qu'invoque mon âme, parce que je sais que tout ce que vos mains très-pures offriront et recommanderont à Dieu, Lui plaira et Lui deviendra précieux, malgré son néant.
Prenez donc mes œuvres, mes pensées, mes affections, mon corps, mon âme, toute ma vie : présentez-les à Dieu comme des choses qui Vous appartiennent, et je serai heureux.

Ô Marie, vase d'or très-pur, toute embellie de perles et de saphirs, toute remplie de grâces et de vertus, et plus chère aux yeux de l'éternelle Sagesse que toutes les autres créatures ; ô bouquet ravissant de roses et de lys, qui répandez les plus suaves et les plus délicates odeurs, avec quelle joie Dieu ne contemple-t-Il pas votre virginité, votre humilité, votre charité, et les charmes de vos autres vertus !
N'est-ce pas Vous, ô Marie, qui avez vaincu l'unicorne sauvage ?
N’est-ce pas Vous qui avez captivé le Roi des rois par la beauté de votre visage ?
N'en obtenez-Vous pas plus de grâces qu'Esther n'en obtenait du cœur d'Assuérus ?
Votre beauté est incomparable, et tout ce qu'il y a de ravissant dans les créatures disparaît devant Vous, comme un ver luisant devant la splendeur du soleil.
Qui jouit des faveurs de Dieu, et qui peut dire, comme Vous : Mon Bien-aimé est à moi, et moi je suis à Lui ? Dilectus meus mihi, et ego illi (Cant. II, 16).
Dieu est tout à Vous, et Vous toute à Dieu ; et aucune créature ne peut troubler cet amour intime qui Vous unit.

Ô éternelle Sagesse, doux Sauveur, écoutez votre Mère bien-aimée ; regardez-la et pardonnez-moi, puisque c'est elle, si sainte et si bonne, que j'offre à votre Père et à Vous.
Voyez ces yeux si purs qui étaient sans cesse attachés à votre humanité ; reconnaissez ces joues si délicates et si blanches qui s'appuyaient sur votre divin visage, cette bouche sacrée qui Vous embrassait, ces mains qui Vous servirent pendant tant d'années, et ce sein virginal qui Vous allaita, Vous pressa, Vous réchauffa, Vous endormit si souvent.
Ô mon Jésus, je Vous rappelle toutes les fatigues et les peines qu'endura votre sainte Mère pendant les années de votre enfance et de votre jeunesse, et cette douleur immense qui L'accabla au pied de votre Croix ; et au nom de tout cet amour, de toutes ces peines, je Vous supplie que Vous m'attachiez irrévocablement à votre Cœur, et que Vous me conserviez dans votre sainte Grâce.

SUR LES DOULEURS DE JÉSUS ET DE MARIE :
Qui pourra donner à mes yeux autant de larmes amères qu'il faudrait de mots et de lettres pour raconter dans quel océan de douleur fut plongée l'âme de Marie ?
Ô Reine du Ciel et de la terre, versez au moins dans mon cœur, pour en amollir la dureté, une de ces larmes brûlantes que Vous répandiez à flots au pied de la Croix, pendant l'Agonie de votre divin Fils.
Que je m'attendrisse, que j'éprouve, que je partage votre douleur ; car pour comprendre la douleur, il faut l'éprouver et la ressentir soi-même.
Ô ma Mère, ô ma douce Souveraine, faites-moi, pour que j'en profite et que je ne l'oublie jamais, le récit lamentable de vos douleurs ; racontez à votre serviteur vos peines et vos angoisses, lorsque Vous avez vu l'éternelle Sagesse incarnée, votre Fils bien-aimé, expirer sur la Croix.

MARIE :
Maintenant je suis heureuse dans le Ciel, la peine et la douleur ne peuvent m'atteindre ; mais, sur terre, j'étais plongée dans un océan de larmes et de souffrances.
Mon supplice commença lorsque je vis mon Fils frappé, blessé, maltraité de mille manières, et que, la mort dans l'âme, je Le suivis dans cette voie douloureuse qui Le conduisait au Sacrifice de la Croix.
Ce que je souffris alors, personne au monde ne pourra jamais le comprendre.
Tout ce que les hommes souffrent et peuvent souffrir, n'est qu'une goutte amère en comparaison des tourments qui bouleversaient mes entrailles maternelles et déchiraient mon âme.

Tu sais combien l'amour enfante de douleurs. Plus un objet est aimable et précieux, plus sa perte devient affreuse et intolérable.
Jamais la terre n'avait vu naître quelqu'un, si aimable, si cher, si aimé, si digne de l'être, que mon Fils, les délices de mon cœur ; Il était tout pour moi, et j'aurais donné pour Lui la terre, le Ciel, tout l'univers.
Je ne vivais qu'en Lui ; comment ne pas mourir en Le voyant mourir !
J'aimais plus qu'on n'a jamais aimé, je souffrais aussi plus qu'on n'a jamais souffert.
Son humanité si belle, si gracieuse, me ravissait le cœur quand je la contemplais ; sa divinité enivrait mon âme et m'élevait à une contemplation sublime de la Bonté suprême.
Je n'avais d'autre joie que de penser à Lui, de m'occuper de Lui, de savourer le miel de ses paroles, et d'entendre l'harmonie de sa sagesse et de ses enseignements.
Il était le miroir de mon cœur, les délices de mon âme ; Il était pour moi, le Ciel, la terre, le monde, le Paradis, le bonheur.

Et ce Fils si cher, si précieux, je Le voyais attaché à une Croix, succombant dans les dernières angoisses de la Mort !
Oh ! Qui ne pourra jamais comprendre les tourments de mon âme, le supplice, l'agonie de mon cœur !
Je Le voyais abattu, et je ne pouvais Le consoler ; sanglant, et je ne pouvais Le secourir ; blessé, et je ne pouvais Le panser ; mourant de soif, et je ne pouvais Le désaltérer ; Il avait besoin de tous les secours humains et divins, et je ne pouvais les Lui donner.
Aussi mon pauvre cœur se brisait dans ma poitrine, et la voix expirait sur mes lèvres.
Je fis pourtant violence à ma douleur, et je dis à Jésus au milieu de ces déchirements de mon âme : Ô mon cher Fils, miroir délicieux de mon cœur, où j'avais tant de consolations à fixer mes regards, Vous voilà donc attaché à cette affreuse Croix !
Ô l'unique trésor de mon âme, Vous qui êtes mon père, ma mère, tout mon bien, accordez-moi de mourir avec Vous.
Pourquoi laisser ainsi votre pauvre mère dans un tel abandon ?
Est-ce que je ne pourrais pas boire aussi le calice amer de votre Mort ?
Ô Mort, que j'appelle, pourquoi ne viens-tu pas ?
Frappe-moi, enlève-moi, tue-moi avec mon cher Fils ; car la vie, quand Il ne sera plus, me sera plus amère que la mort.

Mais pendant que je me lamentais ainsi en moi-même et que je désirais mourir, mon Fils me consolait intérieurement.
Ma Mère bien-aimée, me disait-Il avec douceur, consolez-Vous, consolez-Vous.
Il faut que le genre humain soit ainsi racheté.
Si je meurs, c'est volontairement, et le Troisième Jour, je ressusciterai, et je me montrerai vivant à Vous et à mes disciples.
Soyez certaine que je ne Vous abandonnerai jamais.
Cessez vos gémissements, ô ma Mère, consolez-Vous.

Quand mon Fils me consolait ainsi et me recommandait à Saint Jean, ses paroles déchiraient et pénétraient mon âme comme autant d'épées : ma peine était si grande et si visible, qu'elle attendrit la dureté de ses ennemis implacables ; et moi, j'enlaçais la Croix, je baisais le sang qui coulait de ses blessures, et la pâleur de mon visage en était tout inondée.

HENRI :
Ô Bonté immense ! Quelles furent les douleurs, les angoisses de Jésus et de Marie !
Où arrêter mes yeux et ma pensée ?
Si je regarde Jésus, la plus belle des créatures, je Le vois sur la Croix, défait, défiguré, et dans de telles souffrances que mon cœur en est brisé.
Autour de Lui sur le Calvaire, j'entends les cris horribles et les blasphèmes de ses ennemis ; au dedans de Lui, il y a des luttes affreuses contre la mort.
Ses veines sont tendues, son sang est presque tout sorti de son corps.
Il n'est que plaies, douleurs ; Il meurt dans l'abandon, sans qu'un Ange, un homme, son Père ou sa Mère Le console et Le guérisse de ses blessures.

Si je regarde Marie, sa pauvre Mère, je vois son âme accablée d'une immense douleur.
Mille glaives transpercent son cœur virginal ; jamais il n'y a eu un spectacle plus pénible, jamais n'ont retenti des cris plus lamentables, plus déchirants.
Dans le Fils et dans la Mère, je trouve des misères et des angoisses incomparables.
La douleur de la Mère tourmente le Fils, et la mort du Fils tue la Mère.
Le Fils regarde sa Mère et la console ; la Mère lève les bras au Ciel et demande à Dieu de mourir avec son Fils.

Qui a plus souffert ?
Qui a ressenti de plus grandes peines intérieures ?
Ô Jésus, ô Marie, moi je ne puis répondre ; mais que votre Père, qui frappait du haut du Ciel, le dise lui-même.
Ô Mère admirable, votre Cœur si sensible pouvait-il supporter de tels tourments ?
Ô Cœur virginal, Cœur si aimable, si tendre et si désolé, non, toute autre douleur auprès de votre douleur ne sera jamais qu'une ombre, qu'un songe.
Ô belle, ô naissante Aurore, ce n'est pas la splendeur de la lumière que Vous répandez, c'est le Sang de l'éternelle Sagesse qui Vous colore.
Ô Jésus si beau, si délicat, si ravissant, visage qui rayonne la grâce, front où repose la science infinie, Vous voilà obscurcis par les couleurs livides de la mort !
Ô Corps si pur, Vous voilà tout souillé, sans vie et attaché à la Croix !
Sang précieux, comme Vous ruisselez sur le sein maternel d'où Vous êtes sorti !

Venez donc, ô mères, compatir aux larmes et à la douleur de la Mère de Dieu ; venez, ô Vierges, pleurer le Sang de Jésus qui baigne et couvre le visage de la première Vierge du Paradis ; et vous, cœurs affligés, qui êtes accablés de douleurs, rappelez-vous qu'aucune douleur ne ressemble et ne peut être comparée à la douleur de Jésus et de Marie.
Et vous, les imitateurs et les amis du Fils et de la Mère, ne vous étonnez pas si, en les contemplant, votre cœur succombe à la peine, puisque cette douleur de Jésus et de Marie fut si grande, que la nature entière y compatit ; les rochers se fendirent et se brisèrent ; la terre trembla, et le soleil fut obscurci. Ainsi soit-il.


Bienheureux Révérend Père Henri Suso (1295-1365) – « Œuvre du Bienheureux Henri Suso » traduite par Etienne Cartier : Soliloque sur la Miséricorde de la Vierge Marie par le Bienheureux Henri Suso, pages 482-493, chez Poussielgue-Rusand, 1856

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Voir également du Bienheureux Révérend Père Henri Suso :
- La Prière pour son tatouage du Saint Nom de Jésus sur son cœur « Ô mon Jésus, je Vous ai imprimé dans ma chair » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière au Saint Nom de Jésus « Ô très-doux Jésus, pour l'honneur de votre Nom, oubliez mes péchés » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière du Matin « Oh ! Très doux Jésus-Christ, tournez vers moi votre aimable visage » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière « Je louerai le Seigneur toute ma vie » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière de louange Matinale « Mon âme Vous a désirée toute la nuit et c'est du fond de mon cœur que je m'adresse à Vous dès le matin » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière de louanges Mariales « Comment, ô Vierge auguste, Vous donner des louanges dignes de Vous ? » du Bienheureux Henri Suso
- Le Soliloque sur la Miséricorde de la Vierge Marie « Ô Marie, me voici prosterné à vos pieds pour Vous saluer en mon nom et au nom de tous les pécheurs pénitents » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière Mariale « Mère de la Grâce et de la Miséricorde, prends-moi sous ta Protection » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière « Seigneur, comme il T’en coûta cher de me sauver » du Bienheureux Henri Suso
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- La Prière « Pour moi, Seigneur, la meilleure source de louange, c'est le souvenir de ta Bonté » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière « Fais de moi, Seigneur, ce que Tu veux » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière « Fais-Toi connaitre, Seigneur » du Bienheureux Henri Suso
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- La Prière pendant l’Agonie de Jésus sur la Croix « Ô mon Jésus, en Vous rappelant votre Passion, ne m'oubliez pas » du Bienheureux Henri Suso
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- La Prière sur l’Agonie de Jésus sur la Croix « Ô mon Amour crucifié, que le Feu de votre Amour échauffe et embrase mon âme des flammes d'une ardente Charité » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière sur le Bon larron « Ô Jésus, je m'unis au Bon larron pour implorer humblement votre Miséricorde » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière sur la Passion du Christ « Ô Jésus si bon, si aimable, gravez d'une manière ineffable dans le fond de mon cœur votre douloureuse Passion » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière à Marie au pied de la Croix « Ô Marie, rappelez-Vous cette douleur inexprimable qui Vous transperça comme un glaive » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière à Jésus crucifié « Au nom de votre Amour, ô très-doux Jésus, tenez-moi compagnie dans mes afflictions » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière au sacré Cœur de Jésus transpercé « Rappelez-Vous, ô Seigneur Jésus, cette lance cruelle qui perça votre Cœur déjà froid et sans vie » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière à Marie pleurant son Fils « Ô Mère, rappelez-Vous l'instant où Vous voyez votre Fils mort abandonné de tous » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière à Jésus mort pour nous « Je pleure votre Mort, ô mon Jésus, mais je loue et je bénis votre infinie Charité » du Bienheureux Henri Suso
- La Prière devant le Tombeau du Christ « Obtenez-moi, ô Marie, la sagesse de l'amour, une vie pleine d'œuvres saintes et une mort de grâce et de salut » du Bienheureux Henri Suso