Voici le texte en latin et en français avec l'enregistrement audio de la Séquence « Victimæ Paschali laudes immolent Christiani » (A la Victime Pascale, que les Chrétiens immolent des louanges) chantée le Dimanche de Pâques et dans l’Octave Pascale dont la Liturgie se devait de mettre en lumière le rôle de Marie-Madeleine, et elle l’a fait de manière somptueuse à travers ce chant qui la place au centre d’une sorte de chorégraphie pascale pleine de grâce : le chœur qui interroge Marie représente le collège apostolique ou l’Église tout entière, et il laisse la Sainte exprimer avec ardeur son amour, son espérance et sa foi au Christ ressuscité.
La Séquence « Victimæ Paschali laudes » en latin et en français :
Víctimæ pascháli laudes ímmolent Christiáni.
A la Victime Pascale, que les Chrétiens immolent des louanges. Agnus rédemit oves : Christus ínnocens Patri reconciliávit peccatóres.
L’Agneau a racheté les brebis : le Christ innocent a réconcilié les pécheurs avec son Père. Mors et vita duéllo conflixére mirándo : dux vitæ mórtuus regnat vivus.
La vie et la mort se sont affronté en un duel prodigieux : l’Auteur de la Vie était mort, Il règne Vivant. Dic nobis, María, quid vidísti in via ?
Dis-nous, Marie, qu’as-tu vu en chemin ? Sepúlcrum Christi vivéntis et glóriam vidi resurgéntis.
J’ai vu le Tombeau du Christ Vivant, et la Gloire du Ressuscité. Angélicos testes, sudárium et vestes.
J’ai vu les témoins angéliques, le suaire et les linceuls. Surréxit Christus, spes mea : præcédet vos in Galilǽam.
Il est ressuscité, le Christ, mon espérance : Il vous précèdera en Galilée. Scimus Christum surrexísse a mórtuis vere : tu nobis, victor Rex, miserére. Amen. Allelúia.
Nous Le savons : le Christ est ressuscité des morts : ô Vous, Roi Vainqueur, ayez pitié de nous. Ainsi soit-il. Alléluia.
La Séquence de Pâques « Victimæ Paschali laudes » (le mot « séquence » veut dire « ce qui suit ») est célèbre, elle fait la joie de l’Église durant toute l’Octave, par sa fraîcheur et son enthousiasme.
Elle se présente à nous sous la forme d’un poème versifié au rythme métrique, comprenant huit strophes.
Les deux strophes, initiale et finale, encadrent six strophes se répondant de façon délicate : les deuxième et troisième strophes sont identiques et se suivent ; mais la sixième répond à la quatrième et la septième à la cinquième.
Ce procédé musical est indépendant, en fait, de la forme du texte qui établit un dialogue entre le chœur, qui introduit la pièce durant les quatre premières strophes, et Marie-Madeleine qui prend la parole à partir de la cinquième strophe, avant que tous concluent ensemble avec la dernière strophe.
Tout cela donne à cette Séquence un caractère très libre, très spontané, bien typique de l’esprit antique, peu soucieux de symétrie absolue.
Pourquoi donner la parole à Marie-Madeleine ?
D’abord parce qu’au Moyen Âge, cette Sainte jouit d’une popularité immense : les Sanctuaires de Vézelay et de la Sainte-Baume se disputent la gloire et l’honneur de posséder ses précieuses reliques. Ils sont tous deux des lieux de pèlerinage fort fréquentés.
Mais tout cela, parce que Marie-Madeleine est la grande Sainte de Pâques, la grande Sainte aussi de l’amour, persévérant et ardent, du Christ.
Cet amour persévérant lui a fait ignorer la peur de la nuit, la peur des soldats, la question de la lourde pierre qui obstrue le tombeau et qu’elle ne pourra jamais rouler toute seule.
Marie-Madeleine n’a pensé à rien d’autre qu’à l’amour de sa vie qui gisait sur la pierre et auquel elle voulait, coûte que coûte, offrir ses derniers hommages, mais surtout parce que, tout simplement, il n’était pas envisageable qu’elle demeure séparée de Lui.
Devant le tombeau vide, après avoir couru pour prévenir Pierre et Jean et être revenue avec eux, elle demeure, incapable de s’en éloigner, alors que les Apôtres s’en retournent au Cénacle, dubitatifs.
Elle est la Sainte de la fidélité, la Sainte de la présence, la Sainte de l’espérance, la Sainte de l’amour.
Et elle a été récompensée par Jésus qui lui est apparu à elle la toute première, scène sublime qui fait penser à Adam et Ève au jardin du Paradis, ou encore au Cantique des cantiques, comme l’ont souligné les Pères de l’Église ; scène qui a inspiré les plus grands peintres, et notamment Fra Angelico.
Jésus a montré, en apparaissant à des femmes, et à cette femme en particulier, combien Il prenait à cœur la vocation féminine qui est vocation à l’amour, au sein de la communauté des croyants.
Et cet amour féminin est apôtre, si bien que Saint Grégoire le Grand n’hésite pas à appeler sainte Marie-Madeleine l’apôtre des Apôtres : c’est elle en effet qui, la première, a proclamé l’immense nouvelle qui fonde toute notre foi Chrétienne, à savoir que Jésus est vivant : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’Il m’a dit ».
La Liturgie du saint Jour de Pâques se devait de mettre en lumière le rôle de Marie-Madeleine, et elle l’a fait de manière somptueuse à travers ce chant qui la place au centre d’une sorte de chorégraphie pascale pleine de grâce : le chœur qui interroge Marie représente le collège apostolique ou l’Église tout entière, et il laisse la Sainte exprimer avec ardeur son amour, son espérance et sa foi, avant de conclure avec elle par une affirmation vibrante et une humble prière : « Nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends pitié de nous ! Ainsi soit-il, alléluia ! »