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La Prière de Justin Maurice « Lorsqu'au pied de la Croix, à genoux sur la pierre, je médite Jésus et sa Mort au Calvaire » :

« A la douleur parfois hautement je me nomme ;
Je lui dis : Qu'attends-tu ? Ne suis-je donc pas homme :
Frappe, frappe, mon âme est faite pour souffrir ;
J'ai des yeux pour pleurer, une voix pour gémir.

D'ineffables transports mon âme est embrasée,
Par la douleur d'un jour elle n'est point brisée ;
De l'abîme des pleurs, sous les pieds de la mort,
Je crierai sans pâlir : Ô mon Dieu ! Frappe encor !

Lorsqu'au pied de la Croix, à genoux sur la pierre,
Je médite Jésus et sa Mort au Calvaire,
En moi je sens surgir un besoin de douleurs,
Une soif d'amertume, et j'appelle les pleurs.

J'envie au Christ sa Croix, sa Tombe, ses Épines ;
Et mon cœur, rajeuni par des larmes divines,
Se dilate et devient alors vaste et profond,
Plus fort que la douleur où toute âme se fond.

Que ma coupe de pleurs jusqu'au bord soit remplie.
Quand l'infortune frappe, en frémissant je plie ;
Mais mon âme aussitôt, de toute sa hauteur
Se relève et combat comme un fougueux lutteur ;

Contre les coups du sort, je lutte sans relâche :
L'infortune à ses jeux ne me trouve point lâche ;
Frappé, mon cœur hardi répond avec fierté,
Et pour lui la souffrance est une volupté ».

Ainsi soit-il.


Pierre-Justin Maurice (1810-1849) - « Au pied de la Croix », pages 140-141, chez Auguste Vaton, 1835


Voir également de Pierre-Justin Maurice :
- La Prière de Justin Maurice « Vierge, comme un enfant, je viens prier encore auprès de Toi »
- La Prière du Poète Pierre-Justin Maurice « Lorsqu'au pied de la Croix, à genoux sur la pierre, je médite Jésus et sa Mort au Calvaire »