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La réponse argumentée à la question « Que penser de la Nouvelle Messe, dite de Paul VI ? » de Monsieur l’Abbé Alain Delagneau :


Que penser de la Nouvelle Messe, dite de Paul VI ?
Certes, elle a perturbé nombre de bons prêtres et de bons catholiques au début, car elle modifiait profondément la manière de prier et la conception de la messe. Mais aujourd'hui, elle est entrée dans les usages, et donc il faut l'accepter.
D'ailleurs, depuis plus de quarante ans, tous les papes, les cardinaux et les évêques, les prêtres dans leur grande majorité, l'ont adoptée. C'est la manifestation claire que ce rite est bon !
Et puis, beaucoup de catholiques y ont vu des avantages certains : tout est en français et donc on comprend mieux, les fidèles sont invités à participer à la cérémonie alors qu'avant ils étaient passifs, il y a une plus grande richesse de textes de la sainte Écriture, on s'approche davantage de la sobriété du calvaire et des premiers siècles, nos frères protestants peuvent venir prier avec nous ...

CEPENDANT, dès sa parution, d'éminents cardinaux ont expliqué clairement, textes à l'appui, que ce rite mettait la foi des catholiques en danger. Ce qui est une accusation gravissime puisque la foi est le fondement de notre vie chrétienne. Et donc, personne ne peut nous demander de nous exposer au danger de compromettre ou de perdre notre foi.

« Comme le prouve suffisamment l'examen critique ci-dessous, le nouvel Ordo Missae s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe, telle qu'elle a été formulée au concile de Trente ... »

Sachant cela, pour l'honneur de Dieu auquel ce culte est adressé, et pour le bien de nos âmes qui doivent garder et nourrir la foi surnaturelle reçue au baptême, nous avons le devoir de réfléchir sérieusement à cette question.

Pour être complet, il nous faut étudier Cinq Questions :
1- Les intentions de ceux qui ont fait ce nouveau rite,
2- La nouvelle définition de la messe,
3- Les changements apportés au rite en lui-même,
4- Les effets de cette réforme sur la foi des prêtres et des fidèles,
5- Ce rite honore-t-il Dieu ?


1- Les intentions de ceux qui ont fait ce nouveau rite
Elles procèdent de la nouvelle conception de l'œcuménisme. Il ne s'agit plus pour l'Église catholique de prêcher l'intégralité de la foi définie par le Magistère - de cette foi qui est nécessaire au salut-, mais de chercher des points communs entre chrétiens en laissant de côté ce qui nous divise, afin de progresser vers une unité perdue.

Cette nouvelle conception de l'œcuménisme est erronée ! L'unité des chrétiens ne peut être rétablie que par la conversion des non-catholiques.

« L'union des chrétiens ne peut être procurée autrement qu'en favorisant le retour des dissidents à la seule et véritable Église du Christ, qu'ils ont eu jadis le malheur d'abandonner »
PIE XI, Mortalium animos

Cette intention œcuménique est pourtant celle des réformateurs ! Tous, nous connaissons la photo de Paul VI avec cinq pasteurs protestants qui ont collaboré à l'élaboration du nouveau rite.

Jean Guitton, ami intime de Paul VI, confiait le 19 décembre 1993 : « Il y a chez Paul VI une intention œcuménique qui l'a conduit à assouplir ce qu'il y avait de trop catholique dans la messe, pour se rapprocher du culte calviniste ».

Mgr Bugnini qui a été la cheville ouvrière de cette réforme écrit : « Nous devons enlever de nos prières catholiques tout ce qui peut être l'ombre d'un achoppement pour nos frères séparés »
Documentation catholique, avril 1965


2 - Nouvelle définition de la messe
« La Cène du Seigneur dite encore "messe" est l'assemblée ou réunion du peuple de Dieu groupé sous la présidence du prêtre afin de célébrer le mémorial du Seigneur. C'est pourquoi, à ce rassemblement local de l'Église s'applique éminemment la promesse du Christ : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux ».
INSTITUTIO GENERALIS, art. 7 du 3 avril 1969.

Cette définition est plus protestante que catholique ! En effet, le prêtre devient un président, la messe est réduite à un mémorial, et la présence du Christ est seulement spirituelle. Et c'est ce qui a guidé les réformateurs du rite de la messe !

À la suite d'un grand nombre de réclamations, on a, en 1970, modifié cette définition pour rajouter la notion de sacrifice, mais on n'a rien changé dans le rite, et Mgr Bugnini dit : « La nouvelle définition qui a été faite ne change rien à l'essentiel » (mars 1986)

Rappelons ce qu'est la messe pour un catholique et ce qu'est la cène ou eucharistie pour un protestant.

• Pour le catholique, la messe est un sacrifice réel, non sanglant, et un mémorial, car elle rend présent l'unique sacrifice de la croix qui est offert, en particulier, pour la réparation des péchés.
C'est pourquoi, il faut :
- le sacrificateur, le prêtre, qui participe au sacerdoce du Christ ;
- la présence réelle de la victime dans son état de victime.

• Pour le protestant, la cène est un repas eucharistique, un mémorial de la Passion.
C'est pourquoi, il faut :
- un président qui dirige, rappelle, anime ;
- la présence spirituelle de Notre-Seigneur.

La foi catholique sur le sacerdoce et sur la messe est radicalement opposée à la doctrine protestante !

Pourtant, le nouveau rite veut concilier l'inconciliable !


3 - Les changements apportés au rite en lui-même
Pour que ces changements soient significatifs et nous permettent de conclure, il faut qu'ils soient nombreux et aillent tous dans le même sens. C'est, hélas ! le cas.

Le prêtre, le sacrificateur : c'est le Christ, le prêtre éternel qui agit à travers une personne consacrée par le sacrement de l'ordre.

Le prêtre catholique, revêtu des ornements qui rappellent la Passion, après avoir prié, s'arrête et disparaît en quelque sorte pour laisser le Christ agir à travers lui. C'est pourquoi, il dit : « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang ».

Au moment de la consécration, Notre-Seigneur est présent réellement dans son corps, son sang, son âme, sa divinité. Au moment de la double consécration est réalisé le sacrifice non sanglant qui actualise l'unique sacrifice du Vendredi saint.

Voilà la foi catholique de toujours ! Et cette foi est entretenue par des gestes significatifs :
- Le prêtre est à part des fidèles (Confiteor et Domine non sum dignus indépendants) ; il est face à Dieu ; il prononce les paroles de la consécration sur le mode d'une action ; il manifeste son adoration dès la consécration et souvent; il fait attention aux parcelles d'hostie et se purifie les doigts.
- Le fidèle manifeste son adoration devant le sacrifice rendu présent en se mettant à genoux ; il communie, par respect, à genoux et sur la langue.

Dans la nouvelle messe :
- Le prêtre n'est plus à part, (unique Confiteor et Domine non sum dignus avec les fidèles) ; il est face au peuple ; il prononce les paroles de la consécration sans s'arrêter, sur un mode narratif; il ne génuflecte qu'après avoir élevé l'hostie et le calice, comme si la présence du Christ était le fruit de la foi de l'assemblée ; il ne fait plus attention aux parcelles d'hostie.
- Les fidèles restent debout et communient dans la main.

Tous ces changements inclinent à penser que le prêtre n'est qu'un président, et qu'il n'y a qu'une présence spirituelle du Christ, fruit de la foi des fidèles (Là où deux ou trois sont réunis en mon nom...), et que la communion est une participation à ce mémorial, à cette cérémonie en souvenir de la Passion.

Le sacrifice pour le péché
Cette réalité était exprimée en particulier par l'offertoire : « Recevez, Père saint, cette hostie que je vous offre … pour mes innombrables péchés, offenses et négligences ... »
Cet offertoire, dans son ensemble, a été remplacé par les prières de bénédiction juive avant le repas. Comment ne pas penser que la messe n'est plus qu'un repas sacré en souvenir du Christ, repas auquel tout le monde peut participer sans se confesser !
Ajoutons enfin que les paroles de la consécration ont été changées pour plaire aux protestants qui refusent la tradition orale.
Il est facile de conclure maintenant que tous les changements ont été faits dans un sens protestant.


4 - Les effets de cette réforme sur la foi des prêtres et des fidèles
En voyant les cérémonies extravagantes d'un certain nombre de prêtres, on est obligé de penser qu'ils ne croient plus à la présence réelle, au sacrifice. Dès lors, leur messe est invalide.
Les vocations sacerdotales se raréfient car le prêtre a perdu son identité. De nombreux fidèles ont abandonné la pratique religieuse, ne trouvant plus dans la messe l'esprit surnaturel. Le respect des lieux saints et l'esprit de sacrifice ont grandement diminué. La conception protestante de la messe et de l'œcuménisme protestant se retrouvent chez beaucoup de catholiques.


5 - Ce rite honore-t-il Dieu ?
Toute l'étude que nous venons de faire montre que ce rite est, au moins, équivoque : pour plaire aux protestants, on l'a amputé de tout ce qui est proprement catholique.
Offrir à Dieu un culte qui, intentionnellement permet une négation des vérités éternelles, des vérités catholiques, c'est se moquer de Dieu.
Dans la sainte Écriture, Dieu dit « detestor bilingue », « je déteste le langage double » Pr 8, 13. Et donc, ce rite ne peut être source de grâces abondantes de la part de Dieu, au moins pour ceux qui ont les moyens de connaître le problème de fond.
La piété et la foi du prêtre n'y changent rien, c'est le rite lui-même qui est en cause !

Conclusion
Ce nouveau rite, par son aspect volontairement équivoque, est indigne de la sainteté de Dieu ; il est dangereux pour la foi, la piété et l'esprit catholique des fidèles, il conduit à l'invalidité de nombreuses messes.
Aussi, NOUS NE DEVONS JAMAIS Y PARTICIPER.
Une assistance passive est permise seulement pour des raisons sociales graves.
En cas d'impossibilité de participer à la messe traditionnelle, on satisfera au troisième commandement de Dieu en priant chez soi pendant 3/4 d'heure (lire sa messe et réciter son chapelet, par exemple).

Réponse aux objections
• Une loi doit être ordonnée au bien commun, sinon elle n'a pas de force juridique. Or, ce nouveau rite favorise les messes invalides, met en danger la foi et la piété des fidèles, offense Dieu.
Dès lors, ce n'est pas une loi de l'Église ! Qu'elle soit promulguée par le pape et pratiquée par la plupart des chrétiens n'y change rien.

• Quant à la question du français, il faut rappeler trois choses : d'abord, la messe est un culte sacré qui s'adresse à Dieu, il est donc normal d'employer une langue sacrée qui manifeste que nous quittons le profane pour entrer dans le sacré.
D'autre part, le latin manifeste bien l'unité de l'Église puisque c'était la langue de l'Église dans tous les pays.
Enfin, s'il y a des traductions à côté du latin, reconnaissons que la messe de toujours nous offre beaucoup de prières en silence, afin que les âmes puissent se recueillir et prier.
Ce silence porteur de prières marque beaucoup les âmes.
Notons pour mémoire que c'est le protestantisme qui a introduit la langue vernaculaire dans le culte. Cela se comprend puisque, pour les protestants, la cène est une assemblée de prières et non un sacrifice offert à Dieu.

• Beaucoup apprécient la participation active des fidèles dans le nouveau rite. Ils oublient que la vraie participation est intérieure ; c'est l'union de nos âmes avec le grand mystère qui se réalise sur nos autels.
La vraie participation, c'est celle de Notre-Dame de Compassion au pied de la croix !

• Quant à la sobriété des lieux et des cérémonies, elle n'est pas éducative. Le culte s'adresse à la Majesté divine, il est donc normal que tout soit beau, digne, solennel. Dès lors, on réalise mieux que ces cérémonies s'adressent à Dieu.

Ainsi soit-il.


Monsieur l’Abbé Alain Delagneau - Prieur et Directeur de la Maison d’Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola au Prieuré de Notre-Dame du Pointet de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X à Broût-Vernet

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